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Objectif zéro glyphosate fin 2020 ? La promesse d'Emmanuel Macron ne sera pas tenue

Publié le

par Astrid Van Laer

© DENIS CHARLET / AFP

Pour le ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation, "on n'y arrivera pas". "Il faut dire la réalité", a-t-il ajouté.

"J’ai demandé au gouvernement de prendre les dispositions nécessaires pour que l’utilisation du glyphosate soit interdite en France dès que des alternatives auront été trouvées, et au plus tard dans trois ans", avait déclaré Emmanuel Macron, quelques mois après son accession au pouvoir, le 27 novembre 2017. Sauf que "dans trois ans", maintenant, c’est dans moins de six mois. Et ça n’est pas près d’arriver.

On ne va pas se mentir, on le savait un peu. En 2018 déjà, les députés avaient voté contre l’inscription dans la loi de l’interdiction du glyphosate en 2021. Et janvier 2019, le chef de l’État avait annoncé son rétropédalage en déclarant :

"Est-ce qu’on peut dire qu’il n’y aura plus du tout de glyphosate dans trois ans ? Impossible. Je ne vais pas vous mentir, ce n’est pas vrai. Pourquoi ? Parce que si je le fais, […] c’est simple, je tue complètement certaines filières."

Mais le sujet est revenu sur la table ce matin puisqu’on a eu la confirmation, de la part du ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation lui-même, que cet objectif n’en était plus un. Pourtant, pour rappel, cet herbicide puissant a été classé en 2015 dans la liste des "cancérogènes probables" par le Centre international de recherche sur le cancer, une agence de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

"Dire que nous devrions tout arrêter, c’est tromper les gens"

Et donc à la question "arrivera-t-on au zéro glyphosate l’an prochain ?", Didier Guillaume, interrogé sur Franceinfo ce matin, a répondu tout simplement "non". En octobre 2019 pourtant, il disait lui aussi que c’était un but que s’était fixé le gouvernement. Au micro de France Inter, il avait affirmé : "Au 1er janvier 2021, on sort du glyphosate mais on ne va pas laisser les filières sans solution."

Le ministre a donc revu ses objectifs à la baisse ce matin, déclarant : "On n’y arrivera pas, il faut dire la réalité." Avant d’affirmer :

 "Dire que nous devrions tout arrêter, c’est tromper les gens, c’est partir dans une aventure qui serait dramatique. Pourquoi ? Parce que si on dit 'zéro glyphosate' on arrêtera de produire de l’alimentation."

Didier Guillaume s’est toutefois félicité qu'"entre 2019 et 2018, la baisse des produits phytosanitaires et du glyphosate" avait été de 35 % (après avoir tout de même fortement augmenté en 2018), précisant que ce chiffre n’avait "pas encore été communiqué". Et le ministre de poursuivre :

"Le président de la République a été le premier chef de l’État d’un pays européen à dire que nous allions arrêter le glyphosate en 2021, mais en même temps, il a ajouté qu’il n’était pas possible de laisser des filières sans solutions. C’est la différence que nous avons entre une écologie dogmatique et une écologie pragmatique."

"Le gouvernement procrastine"

Il a également demandé à l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) et à l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) d'"avancer" et d’aller "plus vite dans les alternatives".

Celui qui déplorait en février dernier que "le gouvernement procrastine" sur la question, le député européen Europe Écologie-Les Verts Yannick Jadot, se désolait ce matin en rappelant que Bayer, la firme anciennement connue sous le nom de Monsanto qui commercialise le glyphosate sous le nom du Roundup, avait tout bonnement et simplement déboursé plus de 10 milliards de dollars pour solder près de 125 000 plaintes concernant les risques sanitaires engendrés par l’utilisation de ce produit.

Et Yannick Jadot de regretter : "En novembre, nous arriverons à l’échéance fixée par Emmanuel Macron pour éliminer le glyphosate et pourtant rien n’a changé", ajoutant : "Il faut changer de politique." Et certains ont déjà commencé : en janvier, le Luxembourg a annoncé que le glyphosate serait interdit sur son territoire fin 2020.

Pour cela, le gouvernement luxembourgeois a établi un plan progressif en trois phases, que rappelait Le Figaro : "Un retrait de l’autorisation de mise sur le marché au 1er février, un délai d’écoulement des stocks jusqu’au 30 juin puis un délai de grâce pour l’utilisation de ces produits fixé au 31 décembre 2020."

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