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Manifestations au Venezuela : opposants et soutiens du régime s’apprêtent à défiler

Quatre personnes sont mortes au cours de troubles dans la nuit.

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Le gouvernement et l’opposition vont compter leurs forces, mercredi 23 janvier, dans les rues au Venezuela où des manifestations pour et contre le gouvernement sont organisées, dans un climat très tendu, deux jours après un soulèvement militaire réprimé.

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Au moins quatre personnes sont mortes au cours de troubles dans la nuit, ont annoncé la police et une ONG. Un mineur de 16 ans a été mortellement blessé "par arme à feu pendant un rassemblement" dans le quartier populaire de Catia, dans l’ouest de Caracas, selon l’ONG Observatorio Venezolano de Conflictividad Social (OVCS).

Trois autres personnes sont mortes lors de pillages à Ciudad Bolivar, dans le sud-est de l’État de Bolivar (sud), frontalier avec le Brésil, a indiqué la police. L’une des victimes est un homme de 30 ans.

Une statue de l’ancien président socialiste Hugo Chávez (1999-2013) a aussi été brûlée dans la nuit par plusieurs dizaines de manifestants dans la ville de San Felix, également dans l’État de Bolivar.

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Ce mercredi, les opposants au président socialiste Nicolás Maduro sont appelés à se mobiliser pour réclamer l’installation d’un "gouvernement de transition" en vue de l’organisation de nouvelles élections.

"Nous avons un rendez-vous historique avec notre pays, avec l’avenir de nos enfants", a lancé mardi en pleine session parlementaire Juan Guaido, le président du Parlement, unique institution contrôlée par l’opposition.

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Juan Guaido avait appelé le 11 janvier, au lendemain de l’investiture de Nicolás Maduro pour un deuxième mandat contesté, à une "grande mobilisation dans tous les coins du Venezuela".

"L’unique transition au Venezuela est celle vers le socialisme", a rétorqué mardi Diosdado Cabello, le président de la puissante Assemblée constituante, composée de fidèles au régime, qui a également appelé les partisans du gouvernement à manifester en nombre dans différentes régions du pays.

Ces mobilisations sont organisées dans un climat explosif, deux jours après le bref soulèvement d’un groupe de 27 militaires qui se sont retranchés quelques heures dans une caserne du nord de Caracas, en lançant des appels à l’insurrection.

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Dans sa première allusion à cet événement, plus de 24 heures après l’arrestation des militaires rebelles, Nicolás Maduro a déclaré mardi que l’armée "avait donné d’innombrables preuves de discipline, de cohésion, de préparation pour affronter n’importe quelle menace des ennemis de la patrie".

"Soutien" américain aux opposants

Au cours d’une allocution radiotélévisée, il a accusé le gouvernement américain à travers son vice-président Mike Pence d’avoir ordonné "un coup d’État fasciste". En représailles, il a demandé à son ministre des Affaires étrangères Jorge Arreaza d’engager une "révision totale des relations" diplomatiques avec les États-Unis.

Au même moment, Washington a affiché sa solidarité avec la manifestation de l’opposition. Mike Pence a exprimé "le soutien indéfectible des États-Unis au moment où vous, le peuple du Venezuela, donnez de la voix pour réclamer la liberté" dans une vidéo diffusée sur Twitter.

Dans la foulée du soulèvement des militaires, une trentaine d’émeutes, avec blocages de routes, pillages de magasins, et heurts avec les forces de l’ordre, ont été enregistrées des quartiers populaires de la capitale et de sa banlieue, selon l’ONG Observatorio de Conflictividad Social.

Cette insurrection, au cours de laquelle les militaires sont parvenus à dérober des armes, avant de se retrancher dans une caserne dans le quartier de Cotiza, s’est produite alors que l’opposition ne cesse d’appeler l’armée, considérée comme le principal soutien de Maduro, à rompre avec le régime.

Le Parlement a promis une "amnistie" aux membres de l’armée qui refuseraient de reconnaître le nouveau mandat du chef de l’État. Mardi, les députés ont approuvé cette proposition, défiant la décision de la Cour suprême, accusée par ses détracteurs d’être inféodée au régime, qui a déclaré nulles toutes leurs décisions.

Pour la spécialiste des questions militaires Sebastiana Barraez, l’amnistie "a mis en alerte le pouvoir" et "ouvre une porte de sortie aux soldats qui en ont assez de ce qui se passe à l’intérieur" de l’armée.

Les mobilisations de mercredi, dans un pays toujours plus asphyxié par la crise économique, seront le premier retour à la rue après les violentes manifestations qui avaient fait 125 morts en 2017.

Konbini news avec AFP

Par Clothilde Bru, publié le 23/01/2019

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