(c) Guvendemir, Getty

La honte de prendre l’avion gagne du terrain

En suédois, il y a même un mot pour ça, c'est le "flygskam".

L’image avait marqué l’édition 2019 du Forum de Davos en janvier dernier. La jeune Greta Thunberg, 16 ans, avait choisi de prendre le train pour parcourir les quelque 1 800 kilomètres qui séparent la Suisse de sa Suède natale.

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"Je pense qu’il est insensé que des gens soient rassemblés ici pour parler du climat, alors qu’ils arrivent en jet privé. C’est juste fou", avait déclaré la jeune militante écologiste sous l’œil des caméras du monde entier.

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Il semble que l’adolescente ne soit pas la seule à questionner ce mode de transport. Selon France Inter, les Suédois sont de plus en plus nombreux à ressentir un sentiment de honte lorsqu’ils prennent l’avion.

Il y a même un mot pour ça, le "flygskam", et son pendant le "trainbrag" – fierté de prendre le train – qui se répandent sous forme de hashtags sur les réseaux sociaux.

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En France aussi ce sentiment gagne du terrain. “Aujourd’hui je me pose la question du surcoût énergétique, et de la nécessité d’aller passer des vacances à l’autre bout du monde alors qu’il y a plein de choses à voir ici”, témoigne Emmanuel, parisien de 28 ans interrogé par Konbini news. D’autant que plus un vol est long, plus il est polluant.

Le jeune homme a de plus en plus de mal à prendre l’avion sans se poser de questions. Quand c’est dans le cadre d’un voyage professionnel je culpabilise moins, parce que je me dis que si ce n’est pas moi qui m’y rends, ce sera quelqu’un d’autre”, ajoute l’ingénieur qui s’apprête à partir pour Hong Kong.

Cela pose la question de la responsabilité des entreprises sur l’augmentation du trafic aérien. En France, 45 % des vols internes correspondent à des déplacements professionnels. "C’est presque un vol sur deux", détaille Lorelei Limousin interrogée par Konbini news. Cette dernière est responsable des politiques Climat-Transports à Réseau Action Climat – une ONG qui milite pour limiter l’impact des activités humaines sur le climat.

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"Les émissions liées au trafic aérien augmentent partout"

Si le sentiment de culpabilité progresse, c’est encore loin d’empêcher les touristes de prendre l’avion. "Les émissions liées au trafic aérien augmentent partout", déplore Lorelei Limousin. Entre 2013 et 2018, elles ont progressé de 26 % en Europe.

Et ça ne risque pas de s’arranger. En France, l’année dernière, de nombreuses lignes de train ont été supprimées. En Europe on pourrait voyager sans avion avec des trains de nuit”, selon la spécialiste des transports de Réseau Action Climat.

Si de nombreux usagers continuent de préférer l’avion, c’est aussi parce que souvent c’est moins cher que le train. "En France il n’y a pas de taxe énergétique sur le kérosène contrairement au diesel ou à l’essence, et il n’y a pas de TVA sur les billets d’avion internationaux et européens. C’est à cause de ces avantages fiscaux et financiers que l’avion est trop souvent moins cher que le train", nous explique Lorelei Limousin.

Selon Réseau Action Climat, les politiques publiques ne sont pas à la hauteur ; l’une des premières choses à faire serait de taxer le kérosène au même titre que les autres carburants.

D’autres pays dans le monde l’ont déjà fait à l’instar de la Suisse, du Japon ou encore la Norvège. Aux Pays-Bas, la mise en place d’une telle mesure a même entraîné la disparition des vols internes. C’est d’ailleurs l’argument utilisé par les lobbyistes au Parlement européen pour freiner la mise en place d’une législation à l’échelle des 27 – taxer le kérosène ou les billets d’avion conduirait à terme à la destruction de la filière.

Pour le moment les compagnies low cost ont toujours la cote, chez certains touristes, mais pas tous. "Depuis quelque temps j’ai très envie d’aller à Rome mais s’y rendre en voiture c’est compliqué. Le fait de prendre l’avion pour deux jours – un week-end – c’est une abomination sur le plan énergétique”, s’insurge Emmanuel qui réfléchit désormais à son empreinte carbone avant chaque voyage.

Quelle part représente le transport aérien dans la pollution de l’air ? C’est 2 % des émissions mondiales de CO2. "Certes c’est moins que les voitures, mais c’est autant qu’un pays comme l’Allemagne qui est l’un des plus grands émetteurs de gaz à effet de serre au monde", s’empresse d’ajouter Lorelei Limousin.

Pour conclure, on donnera ces chiffres implacables : l’avion pollue 40 fois plus que le TGV, 15 fois plus qu’un train normal. C’est très clair : ne pas prendre l’avion fait une grande différence sur l’empreinte carbone, mais faute d’alternatives et de politiques publiques suffisantes pour réduire son utilisation, il a encore de beaux jours devant lui.

Par Clothilde Bru, publié le 01/04/2019

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