People wear face masks as they wait at Hankou Railway Station on January 22, 2020 in Wuhan, China. Xiaolu Chu/Getty Images

Chine : face à l'épidémie, plus de 18 millions de personnes mises en quarantaine

C'est presque comme si tous les habitants des Pays-Bas ou du Chili étaient mis à l'isolement...

La Chine prend les grands moyens contre le virus qui a commencé à se répandre dans le reste du monde, mettant de facto en quarantaine à compter de jeudi la métropole de Wuhan, au cœur de l’épidémie, ainsi qu’une ville voisine.

Aussi, la ville de Pékin a annoncé ce jeudi annuler les festivités du Nouvel An chinois et la fermeture jusqu'à nouvel ordre de la Cité interdite, le monument historique le plus célèbre de Chine. L'ancien palais des empereurs fermera ses portes à compter de samedi "afin d'éviter des contaminations liées au rassemblement de visiteurs", a annoncé le musée dans un communiqué.

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11 millions d’habitants cantonnés à Wuhan

Depuis 10 heures heure locale, plus aucun train ni avion ne doit en principe quitter Wuhan, ville de 11 millions d’habitants en plein centre de la Chine. Les péages aux sorties autoroutières de la ville sont fermés.

Cette métropole des bords du Yangtsé est au cœur de l’épidémie qui, depuis décembre, a contaminé plus de 570 personnes et fait 17 morts, selon un dernier bilan de mercredi soir. Toutes les personnes décédées ont succombé à Wuhan ou dans sa région. "Les habitants ne doivent pas quitter Wuhan sans raison spécifique", a annoncé le Quartier général chargé de la lutte contre l’épidémie au niveau municipal.

Cette décision est prise afin "d’enrayer efficacement la propagation du virus", a-t-il expliqué, alors que la Chine s’apprête à entrer vendredi dans son long congé du Nouvel An qui occasionne chaque année des centaines de millions de voyages. À Wuhan, les habitants n’ont pas pu planifier un éventuel départ, la décision ayant été annoncée pendant la nuit.

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La ville voisine de Huanggang, à 70 km à l’est, qui compte 7,5 millions d’habitants, fait l’objet de mesures similaires. La circulation des trains devait y être interrompue jusqu’à nouvel ordre à compter de la fin de journée… Tout près, la ville d’Ezhou de 1,1 million d’habitants, a déjà fermé sa gare.

Les taxis triplent les prix

Il était encore possible de gagner la ville par le train ou l’avion, même si de nombreux vols étaient supprimés. Mais trains comme avions à destination de Wuhan étaient presque vides, spectacle étrange à la veille du congé du Nouvel An lorsqu’ils sont habituellement pris d’assaut.

Dans le centre de Wuhan, les transports publics étaient à l’arrêt et les festivités du Nouvel An ont été annulées. Les taxis ont multiplié leurs prix par trois. "Il est très dangereux de sortir en ce moment mais on a besoin d’argent", a expliqué un chauffeur à l’AFP.

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La quasi-totalité des commerces, y compris cafés et restaurants, étaient fermés. Les livreurs à scooter, habituellement omniprésents dans les grandes villes chinoises, étaient aux abonnés absents. Sous la pluie, la ville était plongée dans un calme surréaliste pour une métropole chinoise, habituellement débordante de vie à l'approche du Nouvel an.

La mairie a aussi imposé le port du masque respiratoire, que la plupart des habitants avaient de toute façon commencé à mettre depuis le début de la semaine. Le branle-bas de combat a commencé lorsqu’un scientifique chinois a admis que la transmission du virus pouvait se faire d’humain à humain et pas seulement de l’animal à l’homme.

Le président Xi Jinping a donné le signal de la mobilisation lundi en appelant à enrayer "résolument" l’épidémie, qui jusque-là ne faisait pas les grands titres des journaux.

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Des mesures "très, très fortes"

À Genève, le directeur de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, a salué mercredi les mesures "très, très fortes" prises par la Chine, estimant qu’elles allaient "diminuer" les risques de propagation hors de ses frontières. Elles sont intervenues alors que l’OMS réunissait son comité d’urgence pour décider si le nouveau virus constituait une "urgence de santé publique de portée internationale". Les experts n’étant pas parvenus à se mettre d’accord sur la question, l’OMS devait poursuivre la réunion jeudi.

L’OMS n’a jusqu’ici utilisé le terme "d’urgence internationale" que pour de rares cas d’épidémies requérant une réaction mondiale vigoureuse, dont la grippe porcine H1N1 en 2009, le virus Zika en 2016 et la fièvre Ebola, qui a ravagé une partie de l’Afrique de l’Ouest de 2014 à 2016 et la République démocratique du Congo depuis 2018.

À Washington, un porte-parole du Département d’État a souligné les "signes encourageants qui montrent que le gouvernement chinois a compris la gravité de ce problème".

Le virus, de la même famille que le Sras (Syndrome respiratoire aigu sévère), a gagné plusieurs pays d’Asie et même les États-Unis où quelques cas ont été recensés. Les contrôles de température corporelle se sont généralisés dans plusieurs aéroports d’Asie, du pourtour du Pacifique ainsi qu’au Royaume-Uni, au Nigeria et en Italie.

Les contrôles de température corporelle se sont généralisés dans plusieurs aéroports d'Asie, du pourtour du Pacifique ainsi qu'au Royaume-Uni, au Nigeria et en Italie.

Aux portes de la Chine, Hong Kong a transformé deux camps de vacances en zones de quarantaine destinées aux personnes susceptibles d'avoir été en contact avec des porteurs du virus.

Des animaux sauvages vendus illégalement comme origine du virus ?

Le virus a été repéré en décembre sur un marché de gros de produits de la mer à Wuhan. On ignore encore son origine exacte, mais sa période d’incubation serait d’environ 14 jours. Des ventes illégales d’animaux sauvages avaient lieu dans ce marché, a reconnu le Centre national de contrôle et de prévention des maladies, sans pouvoir dire avec certitude si du gibier était à l’origine de l’épidémie.

La souche incriminée est un nouveau type de coronavirus, une famille comptant un grand nombre de virus. Ils peuvent provoquer des maladies bénignes chez l’homme (comme un rhume), mais aussi d’autres plus graves comme le Sras.

L’OMS avait, à l’époque du Sras, en 2002-2003, vivement critiqué Pékin pour avoir tardé à donner l’alerte et tenté de dissimuler l’ampleur de l’épidémie. Le Sras avait tué 774 personnes dans le monde dont 648 en Chine, y compris à Hong Kong.

Konbini News avec AFP

Par Lila Blumberg, publié le 23/01/2020