TO GO WITH AFP STORY BY CELINE CORNU
A handout picture released by BirdLife Cyprus and taken in the Larnaca district on September 27, 2013 shows a Red-backed Shrike (Lanius collurio) caught on a lime stick. Two million birds were killed by poachers on the Mediterranean Island in 2013 according to nature conservationists. AFP PHOTO / RSPB and BirdLife Cyprus
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Chasser les oiseaux à la glu ? C’est OK pour le Conseil d’État

"La cruauté envers les oiseaux va continuer avec l’aval de la plus haute instance administrative", s’est insurgée la Fondation 30 millions d’amis.

(© RSPB et BirdLife Cyprus/AFP Photo)

Les chasseurs pourront continuer à appliquer de la glu sur des branches d’arbres pour capturer des oiseaux. Le 28 décembre, le Conseil d’État a validé cette pratique dans cinq départements français : les Alpes-Maritimes, les Bouches-du-Rhône, le Var, le Vaucluse ainsi que les Alpes-de-Haute-Provence.

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En rejetant le recours déposé par la Ligue de protection des oiseaux (LPO), le Conseil d’État a, pour l’association, "nié le caractère cruel et non sélectif" de cette chasse. Il "s’en est tenu à sa précédente décision en date du 16 novembre 1992 affirmant que si des oiseaux protégés sont retrouvés blessés ou morts c’est uniquement dû au manque de contrôle de la part de la police de la nature et à une mauvaise pratique de cette 'chasse'", rapporte la LPO.

Les chasseurs défendent cette pratique ancestrale en arguant qu’elle n’a pas pour visée de tuer les oiseaux, mais d’en faire des "appelants", c’est-à-dire des appâts vivants pour attraper d’autres espèces, plus grosses, lors de la chasse à tir. Une stratégie de défense qu’on peut entendre dans cette vidéo, où l’on voit un chasseur placer un oiseau dans un minuscule pochon fermé.

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"L’animal peut mourir d’épuisement"

L’association de défense des oiseaux s’appuie pourtant sur des expertises vétérinaires pour pointer du doigt les conséquences de cette pratique : "même si l’animal semble capable de repartir immédiatement, il peut présenter des dommages et séquelles mettant en jeu son pronostic vital", explique le rapport disponible en ligne, qui ajoute :

"Les deux plus gros problèmes de l’usage de cette technique résident dans les symptômes et lésions induits par le fait que :

- l’animal 'reste collé' : il peut se blesser en tentant de se libérer et/ou mourir d’épuisement 'collé' ;

- la libération de l’oiseau par les chasseurs se fasse avec des solvants en quantité beaucoup plus importante que dans la colle, ces solvants pouvant alors être, à ce moment-là, à l’origine d’intoxications."

L’autre argument réfuté par le Conseil d’État, mais régulièrement avancé par la LPO pour combattre ce type de chasse, est qu’il s’agit d’une pratique non sélective. Cette chasse vise surtout les merles noirs et les grives, mais piège évidemment d’autres volatiles, qui se prennent eux aussi dans le piège de colle. Pourtant, la réglementation européenne concernant la conservation des oiseaux sauvages stipule depuis 2009, à l’article 8 :

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"En ce qui concerne la chasse, la capture ou la mise à mort d’oiseaux dans le cadre de la présente directive, les États membres interdisent le recours à tous moyens, installations ou méthodes de capture ou de mise à mort massive ou non sélective ou pouvant entraîner localement la disparition d’une espèce."

"Une décision consternante"

Dans un communiqué, la LPO s’est insurgée contre cette décision et a fait savoir qu’elle porterait plainte auprès de la Commission européenne :

"Pour Allain Bougrain-Dubourg [son président, ndlr], 'les chasses dites 'traditionnelles' appartiennent au passé. À l’heure où la biodiversité s’effondre, et en particulier les oiseaux, s’amuser à coller (glu), étrangler (tenderie) ou écraser (tendelle) des dizaines de milliers d’entre eux, en plus du fusil, est juste irresponsable'."

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La Fondation 30 millions d’amis a également fait part de sa déception : "la cruauté envers les oiseaux va continuer avec l’aval de la plus haute instance administrative. Une décision consternante alors que les effectifs ne cessent de chuter dans nos campagnes…"

L’Association nationale de défense des chasses traditionnelles à grives, quant à elle, s’est lavé les mains de cette décision. Elle s’est "félicitée" de cette décision, déclarant : "ces campagnes de dénigrement doivent cesser". Ceux qui sont contre sont sobrement désignés par l’association d'"Ayatollahs" et d'"apôtres de la pensée unique" :

"Il est grandement temps que toutes les personnes prenant part à ces campagnes anti-glu, le plus souvent mal documentées voire mensongères, réalisent qu’elles ne seront plus crédibles et qu’elles se rendront ridicules en continuant à intervenir dans les médias à tort et à travers."

Par Astrid Van Laer, publié le 03/01/2019

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