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"Bien fait pour ta gueule" : violences et maltraitances dans un élevage de veaux en France

Publié le

par Clothilde Bru

Pas d’accès à l’extérieur, absence de litière, cages individuelles… en France, 91 % des veaux de boucherie sont élevés dans des conditions similaires.

"Bien fait pour ta gueule" : violences et maltraitances dans un élevage de veaux en France

© L214

Les veaux que vous voyez sur ces images sont âgés de quelques semaines. Parqués dans de minuscules cages individuelles sans litière, sans nourriture et même sans eau, ils arrivent dans cet élevage à moins de deux semaines. Ils ont vocation à séjourner là-bas jusqu’à leur sixième mois, date à laquelle ils seront abattus pour être ensuite vendus en boucherie.

Pour obtenir ces images, l’association de défense des animaux L214 s’est infiltrée dans cet élevage du centre de recherche et d’innovation du groupe agroalimentaire Denkavit, numéro 2 du veau en France.

Le groupe Denkavit est néerlandais. Il possède deux centres comme celui-ci. Le premier est aux Pays-Bas et le second est en France, à Montreuil-Bellay en Maine-et-Loire. C’est dans celui-ci que L214 s’est infiltré cette année.

Il "dispose de divers systèmes de logement pour l’élevage de veaux", précise le site Internet du groupe agroalimentaire et a vocation à "réaliser des études sur la nutrition ainsi que le logement, le matériel et le bien-être des animaux".

Ça, c’est pour la théorie. Dans la pratique, les images de L214 montrent assez peu d’égard pour la nutrition, le logement ou encore le bien-être animal.

Les conditions d’élevage des veaux sont glaçantes. Sur plusieurs vidéos, on peut voir les jeunes animaux lécher leurs barreaux ou le fond des mangeoires vides, uriner et déféquer à même le sol, à l’endroit où ils doivent aussi dormir.

Selon L214, ils restent enfermés dans ces cages individuelles sans eau à disposition, nourris et abreuvés 2 fois par jour, jusqu’à leurs 8 semaines. Ils sont ensuite placés en groupes jusqu’à leur abattage vers 6 mois.

Fièvre, toux et diarrhées

L’enquête publiée ce mercredi 20 avril, révèle également que les veaux sont souvent malades. Sur d’autres images, on entend les toux et on voit les corps secoués par des quintes déchirantes. L214 rapporte aussi de la fièvre, des écoulements nasaux, des diarrhées… "Certains souffrent aussi d’otite ou de méningite", soignés à coups d’antibiotiques, précise-t-elle.

© L214

Mais ça n’est pas tout. Certains veaux subissent également des violences de la part d’employés de l’entreprise qui usent de la force pour les manipuler. Les lancés, coups de pied, de poing ou encore de bâton sont parfois accompagnés d’insultes. "Bien fait pour ta gueule", balance un homme en blouse bleue à un veau qu’il tient pour mort. Il gît au sol alors qu’il continue de lui infliger des coups de pied. Dans un autre extrait, on peut voir ce même employé asséner plusieurs gifles à un animal.

"C’est horrible et en même temps, ça trahit un immense mal-être chez les employés", déplore Brigitte Gothière porte-parole de L214, contactée par Konbini news.

Selon l’association, cet élevage accueille 300 veaux dits "laitiers". Il s’agit de veaux mâles inutiles au renouvellement du cheptel ou bien de veaux femelles en surnombre.

© L214

Selon le ministère de l’agriculture et de l’alimentation, la France est le 2producteur européen de viande de veau.

Mais cette industrie ferait naître trop de veaux par rapport aux besoins de la filière. "C’est pourquoi la France exporte 350 000 veaux chaque année, essentiellement vers l’Espagne", explique L214.

91 % des veaux de boucherie sont élevés en élevage intensif, dans des conditions similaires à celles de l’élevage de Montreuil-Bellay, épinglé aujourd’hui par L214 qui a décidé de "porter plainte auprès du procureur du tribunal judiciaire de Saumur pour sévices graves et mauvais traitements."

"Il y a 10 ans, quasiment toutes nos plaintes étaient classées sans suite et aujourd’hui, on a obtenu la condamnation d’un élevage de porcs à 50 000 euros d’amende notamment pour le coupage des queues des porcelets jusque-là tolérés par les services vétérinaires", nous confie Brigitte Gothière.

Contacté par Konbini news, Denkavit, expert autoproclamé de l’alimentation pour les jeunes animaux, n’a pas donné suite à notre demande d’interview à l’heure où nous bouclons cet article.

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