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Bien-être animal : qu’est-ce qui a changé durant le quinquennat d’Emmanuel Macron ?

Publié le

par Astrid Van Laer

À gauche : © LPO via ABACAPRESS.COM et à droite : © ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP

Le mot d’ordre : "en même temps".

Aujourd’hui sur Konbini, nous avons choisi de parler des êtres vivants qui partagent la même planète que nous et sont parfois des compagnons de qualité : les animaux. 
Pour la Journée mondiale des animaux, Konbini(che) n’a d’yeux et d’oreilles que pour eux.

C’est le retour du "en même temps" si cher au président : alors qu’il visitait ce lundi un refuge de la SPA en Haute-Marne, Emmanuel Macron a déclaré : "tout le monde est attaché à la condition animale mais en même temps nos compatriotes sont attachés à la ruralité et à des traditions". Il faut dire qu’à l’approche des élections, il faut contenter tout le monde.

Des propos qui soulignent le bilan en demi-teinte de ce quinquennat concernant la cause animale, sujet qui constituera pourtant assurément un enjeu non négligeable lors de l’élection présidentielle. Car on peut tout autant se souvenir de l’interdiction de la castration à vif des porcelets à compter du 1er janvier 2022 qu’en même temps, de la baisse du prix du permis de chasse, entraînant par la suite une explosion du nombre de demandes de ce même permis.

Le bilan du gouvernement ressemble à ce constat : de grandes avancées – toutefois pas toujours imputables à la volonté de l’exécutif – mais en même temps sclérosées par des promesses non tenues ou positions opposées. Illustrations non exhaustives.

  • "Un nouveau tournant" pour les animaux sauvages…

L’an passé, le gouvernement a annoncé une série de mesures constituant "un tournant majeur pour les animaux sauvages dans notre société". Parmi elles : "la fin progressive de la faune sauvage dans les cirques itinérants", mais pas seulement : "la fin de la présence d’orques et dauphins dans des delphinariums inadaptés", ainsi que la "fin des élevages de visons pour leur fourrure".

La ministre de la Transition écologique Barbara Pompili avait alors indiqué le souhait du gouvernement d’instaurer un "rapport nouveau à l’animal sauvage". Des mesures novatrices et concrètes concernant le bien-être animal, qui viennent cependant d’être en partie retoquées par le Sénat lors de l’examen de la proposition de loi contre la maltraitance animale. 

  • … Mais, en même temps, on ne bouge pas d’un iota sur la corrida

Image d’illustration, Nîmes, 2014. (© ANNE-CHRISTINE POUJOULAT/AFP)

Pourtant, il est impossible d’ignorer qu’aucune avancée concernant la corrida n’a été observée depuis l’accession d’Emmanuel Macron à l’Élysée. Ce qui est assez peu étonnant si l’on s’intéresse aux propos qu’il avait tenus en 2017, alors candidat, dans La Provence.

"La corrida fait partie intégrante de la culture et de l’économie, y compris du tourisme, de la région", avait-il avancé, ajoutant : "Je suis à ce titre opposé à l’interdiction dans les territoires de tradition taurine."

Une opposition partagée par le gouvernement et la majorité puisqu’un amendement des Verts à la proposition de loi sur la maltraitance animale récemment déposé pour tenter de faire interdire cette pratique "a été rejeté après un avis défavorable du gouvernement et de la commission des affaires économiques", comme le rapporte Public Sénat.

  • La chasse à glu a été interdite… 

© LPO via ABACAPRESS.COM

L’une des avancées notables du quinquennat en la matière réside en outre en l’interdiction de la chasse à glu, une pratique régulièrement pointée du doigt par les associations de protection animale pour sa cruauté. En juin dernier, cette pratique avait définitivement été jugée illégale.

Toutefois, si l’on cherche les responsables de cette avancée, ce n’est pas vers le gouvernement français qu’il faut se tourner. Comme le disait elle-même la ministre de la Transition écologique Barbara Pompili, il s’agissait simplement d’une "mise en conformité avec le droit européen". Jugée "illégale" par le Conseil d’État, l’institution avait par ailleurs sommé la France de l’interdire.

  • … sauf qu’en même temps, le gouvernement veut réautoriser certaines chasses traditionnelles d’oiseaux

Il n’en reste pas moins que cette mesure constitue une grande avancée. Néanmoins, le 1er septembre dernier, peu avant la tenue de manifestations de chasseurs dans l’Hexagone, le gouvernement avait mis plusieurs arrêtés en consultation jusqu’au 6 octobre pour permettre certaines chasses traditionnelles d’oiseaux, faisant valoir que celles-ci respectent bien le droit européen.

Il s’agit de "sortir par le haut du débat sur les chasses traditionnelles en permettant au juge de se prononcer définitivement sur leur conformité au cadre légal européen sur la préservation des oiseaux", avait justifié le ministère auprès de l’AFP.
  • La suppression du broyage et du gazage des poussins mâles actée

Image d’illustration. (© Justine Bonnery / Hans Lucas)

En juillet dernier, une date avait finalement été fixée : au 1er janvier 2022, le broyage et le gazage des poussins mâles – éliminés car ne pondant pas d’œufs, ils sont jugés trop coûteux et pas assez rentables car peu fournis en viande – seront des pratiques désormais interdites, mettant fin à l’élimination de "50 millions de poussins mâles juste après leur naissance chaque année en France".

Non contente d’être déjà l’année de l’élection présidentielle, l’année 2022 sera, et on a du mal à croire à un hasard du calendrier, "l’année de la fin du broyage et du gazage des poussins mâles", s’était félicité le ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation Julien Denormandie.

  • Mais, en même temps, la fin des œufs provenant d’élevages en batterie : c’est pour quand les poules auront des dents ?

L’année 2022 aurait également dû être l’année de la fin de la vente d’œufs de poules élevées en batterie. Car il s’agissait de l’une des promesses figurant sur le programme de campagne du candidat Emmanuel Macron : "je prends notamment l’engagement d’interdire d’ici 2022 de vendre des œufs de poules élevées en batterie", avait-il alors assuré.

Il suffit pourtant de regarder les enquêtes régulières de L214 pour savoir que les élevages insalubres existent toujours et que les poules élevées dans des conditions de vie déplorables continuent de pondre des œufs fournissant nos supermarchés.

Le Conseil d’État a par ailleurs rappelé le gouvernement à l’ordre, sous peine de se voir infliger une astreinte financière. Dans une décision rendue le 28 mai dernier, l’institution lui a laissé six mois pour "prendre le décret permettant l’interdiction définitive des élevages de poules en batterie", arguant :

"Prévue par la 'loi Alimentation' (EGAlim) du 30 octobre 2018, l’interdiction progressive de l’élevage en cages de poules pondeuses concerne tous les nouveaux bâtiments mais également les 'bâtiments réaménagés'.

Toutefois cette notion est trop floue pour pouvoir être appliquée en l’état, et elle doit faire l’objet d’un décret du Premier ministre pour en préciser les contours." 

"Saisi par une association de défense du bien-être animal, le Conseil d’État ordonne au Premier ministre de publier ce décret d’ici six mois, sous peine d’une astreinte de 200 euros par jour de retard", ajoutait-il.

  • La proposition de loi pour lutter contre la maltraitance animale allégée

Enfin, les associations de protection animale sont loin d’être satisfaites par la version de la proposition de loi contre la maltraitance animale qui a été récemment adoptée en première lecture par le Sénat, dans une version, comme évoqué plus haut, allégée. En témoigne par exemple la suppression de l’interdiction programmée de la vente d’animaux de compagnie dans les animaleries ou l’interdiction des animaux sauvages dans les cirques itinérants et des delphinariums.

Pour la Fondation Brigitte Bardot, qui a réagi dans un communiqué, "ce texte particulièrement ambitieux pour la condition animale est sur le point d’être complètement détricoté par les sénateurs". Même son de cloche pour 30 millions d’amis, qui pointe du doigt "un recul inadmissible contraire au bien-être animal et aux attentes des citoyens !"

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