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Au Brésil, des milliers d’indigènes manifestent pour leurs terres

Publié le

par mguillot

© CARL DE SOUZA / AFP

Ce mercredi, la Cour suprême du Brésil doit rendre un jugement plus qu’attendu sur le droit aux terres ancestrales des indigènes.

Quelque 6 000 membres de 170 tribus manifestent en tenue traditionnelle, en plein cœur de Brasilia. Beaucoup portant des coiffes en plumes et brandissant des arcs et des flèches occupent l’immense esplanade près des édifices du pouvoir de la capitale, afin de faire pression sur les juges de la plus haute juridiction brésilienne.

Il s’agit de la plus importante manifestation d’indigènes jamais organisée au Brésil, selon l’Association des peuples indigènes du Brésil (Apib) qui coordonne la mobilisation.

Depuis dimanche, des milliers d’autochtones au corps souvent peint ont dressé des tentes, chantent et dansent près des édifices modernistes du palais présidentiel, de la Cour suprême et du Parlement. Ces rassemblements chatoyants se tiennent pour l’instant dans le calme, sous la vigilance de policiers anti-émeutes. En juin, des manifestations pour leurs terres d’indigènes avaient dégénéré. Trois manifestants avaient été blessés, de même que trois policiers, par des flèches.

Mardi soir, les manifestants ont fait une veillée. Ils devaient marcher mercredi à partir de 13 h 30 (16 h 30 GMT*) jusqu’au siège de la Cour suprême quand ses onze juges commenceront à se pencher sur leurs terres. La décision de la Cour pourrait ne pas être connue dans la journée, ni même cette semaine.

Les juges doivent confirmer ou rejeter la "thèse temporelle" qui ne reconnaît comme ancestrales que les terres qui étaient occupées par les indigènes quand a été promulguée la Constitution, en 1988.

Or de nombreuses tribus ont été déplacées lors des soubresauts de l’histoire brésilienne, notamment sous le régime militaire (1964-1985). De retour sur leurs terres, celles-ci réclament la protection du statut accordé aux réserves, auquel est opposé le puissant lobby brésilien de l’agronégoce.

C’est en tranchant sur le cas spécifique d’une réserve de l’État de Santa Catarina (sud), (décider si la "thèse temporelle" s’y applique ou non) que la Cour suprême rendra un jugement qui concernera par ricochet des dizaines d’autres réserves faisant l’objet de litiges depuis des années.

Le président Jair Bolsonaro a déjà averti que surviendrait "le chaos" si la "thèse temporelle", favorable aussi aux activités de déforestation et de prospection minière illégales, n’était pas confirmée par la Cour suprême.

"Invasions de terres"

"Si la Cour suprême accepte la 'thèse temporelle', cela pourrait légitimer la violence contre les peuples indigènes et exacerber les conflits dans la forêt amazonienne et d’autres régions", a averti Francisco Cali Tzay, rapporteur spécial de l’ONU pour les droits des peuples indigènes.

"Tout le Brésil est un territoire indigène", a déclaré à l’AFP Tai Kariri, 28 ans, chef de la tribu Kariri, dans l’État de Paraiba (nord-est), "nous avons toujours vécu là".

Les manifestants protestent également contre ce qu’ils estiment être des violations systématiques de leurs droits depuis la prise de fonction en janvier 2019 du président d’extrême droite. "Ce gouvernement attaque les peuples indigènes", déclare à l’AFP Syrata Pataxo, un chef de 32 ans des Pataxo, tribu de l’État de Bahia (nord-est).

"Aujourd’hui, toute l’humanité appelle à la protection de la forêt amazonienne. Mais le gouvernement veut que notre forêt, le poumon de la planète, soit remplacée par les cultures de soja et l’extraction d’or", dit l’indigène dont le corps est peint de motifs élaborés.

Jair Bolsonaro soutient un projet de loi qui ouvrirait les terres indigènes à l’exploitation des ressources naturelles. Deux autres propositions de loi sont décriées par les tribus comme encourageant "les invasions" de leurs terres. L’une prône la régularisation des occupations illégales de terres par des orpailleurs, bûcherons ou éleveurs.

Les quelque 900 000 indigènes du Brésil représentent 0,5 % des 212 millions d’habitants et leurs terres s’étendent sur 13 % du territoire de l’immense pays.

*Le temps moyen de Greenwich

Konbini news avec AFP

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