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Alsace : les déchets dangereux de StocaMine resteront définitivement sous terre

Publié le

par Astrid Van Laer

23 novembre 2019. © SEBASTIEN BOZON / AFP

Élus locaux et militants dénoncent une "décision terrible et affligeante".

Après des années de débats et de tergiversations, la ministre de la Transition écologique Barbara Pompili a tranché lundi pour enterrer définitivement les déchets industriels dangereux dans les entrailles de StocaMine, ancienne mine de potasse de Wittelsheim, dans le Haut-Rhin, soulevant la colère de ceux qui plaidaient pour en retirer un maximum avant de fermer le site.

"La ministre de la Transition écologique décide de lancer la réalisation du confinement du site sans déstockage complémentaire", est-il indiqué dans un communiqué du ministère.

Le sort de cette mine, située sous l’importante nappe phréatique d’Alsace et qui renferme encore 42 000 tonnes de déchets dangereux, est sujet à polémique depuis des années.

En complément, Barbara Pompili a choisi d’allouer une enveloppe de 50 millions d’euros "pour permettre un plan de protection de la nappe d’Alsace sur les cinq prochaines années", avec la dépollution, sous le pilotage de l’Ademe, de "plusieurs anciens sites industriels situés au-dessus de la nappe d’Alsace" et non en dessous comme StocaMine. 

"Premier écocide ?"

Co-auteur d’un rapport parlementaire sur le sujet, le député LR du Haut-Rhin Raphaël Schellenberger a "déploré cette décision" de Mme Pompili, dénonçant :

"Toujours en première ligne pour mettre en avant le principe de précaution, la Ministre se trouve ici incapable de transformer ses paroles en actes. Encore une fois le cynisme a décidé. L’écologie et le principe de précaution c’est pour se faire élire."

L’État "ne va-t-il pas se rendre responsable du premier écocide qu’il entend punir par la loi ?", a fustigé pour sa part Frédéric Bierry le président LR de la nouvelle Collectivité européenne d’Alsace, qui avait encore vendredi réclamé unanimement "le déstockage immédiat et le plus total possible des déchets enfouis à StocaMine".

À 550 mètres de profondeur, alors que les plafonds de certaines galeries de la mine s’effondrent, sont encore stockées quelque 42 000 tonnes de déchets industriels dangereux non radioactifs. Lorsqu’il a été décidé à la fin des années 1990 de reconvertir la mine de potasse en décharge industrielle souterraine, 320 000 tonnes de déchets devaient y être entassées pour trente ans.

Ce stockage souterrain devait être "réversible", précisait l’arrêté d’autorisation, un mot sujet à de multiples interprétations depuis. Au final, StocaMine a enfoui ses premiers déchets en 1999 et l’apport en déchets a été arrêté après l’incendie en septembre 2002 d’un des lieux de stockage, le "bloc 15" : 44 000 tonnes de déchets avaient alors été déjà enterrées.

Depuis, au gré des différentes décisions des gouvernements successifs, environ 2 000 tonnes de déchets contenant du mercure, donc particulièrement dangereux pour les sols, ont été extraites.

Risques pour les mineurs

Le 5 janvier, la ministre était descendue dans StocaMine et avait promis de rendre sa décision sur le sort de la mine d’ici la fin du mois, sans cacher sa préférence déjà pour un confinement des déchets restants. 

Au contraire, élus locaux et associations de défense de l’environnement, inquiets d’une éventuelle pollution de la nappe phréatique d’Alsace, plaidaient pour que les déchets encore accessibles soient sortis au maximum de la mine avant qu’il ne devienne trop dangereux d’y descendre.

Le porte-parole d’EELV Alsace et conseiller municipal de Mulhouse, Loïc Minery, a dénoncé sur Twitter "le cynisme d’un État menteur", critiquant une "décision terrible et affligeante".

Porte-parole du collectif Déstocamine, Yann Flory a déclaré "tomber des nues" face à cette décision prise plus rapidement que prévu et "doublement révoltante", car "elle va à l’encontre du bon sens" et "est assortie d’un odieux marché" avec cette enveloppe de 50 millions d’euros qui ne concerne pas StocaMine.

La ministre a considéré que "les avantages potentiels d’un déstockage complémentaire des déchets ne sont pas démontrés et [que] celui-ci présenterait des risques significatifs pour les travailleurs".

La décision prise est donc de confiner au plus vite les déchets restants, sous la supervision de l’entreprise publique MDPA (Mines de Potasse d’Alsace), d’ici 2024 pour un coût de 120 millions d’euros, a précisé à l’AFP le ministère.

"L’objectif est d’éviter que de l’eau arrive au contact des déchets", a-t-on ajouté. Du béton va être coulé dans les cellules où sont stockés les déchets, puis des "bouchons" vont être positionnés pour condamner l’accès aux zones de stockage et une "galerie de contournement" doit permettre à l’eau de s’évacuer sans s’approcher des déchets.

"Si Madame la ministre craint d’effectuer ces travaux de déstockage, la Collectivité européenne d’Alsace, elle, se propose d’en prendre la maîtrise d’ouvrage en demandant à l’État de lui verser les 456 millions d’euros prévus pour ce déstockage", a lancé Frédéric Bierry.

Konbini news avec AFP

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