(c) urfingus, Getty

7e continent de plastique, mythes et réalités

En fait ce n'est pas vraiment un continent, c'est bien pire.

État des lieux de l’urgence sur le plastique, tour d’horizon des alternatives et bonnes pratiques à adopter : c’est #leplastiquenonmerci, par France Inter et Konbini.

Combien de continents y a-t-il ? Si on compte celui formé par les amas de plastiques qui jonchent les océans (et qu’on considère que Zelandia ne compte pas) ça ferait 7.

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Il y a tellement de déchets plastiques dans les océans que depuis quelques années on parle d’un 7e continent. En réalité c’est énoncer un contresens. Dans notre inconscient cette appellation renvoie à un amas compact et tellement grand qu’il pourrait être comparé à l’Afrique, l’Asie ou encore l’Europe.

Utiliser cette image permet de souligner l’ampleur du phénomène. Toutefois, contrairement à un continent ce n’est pas une vaste étendue dure sur laquelle on pourrait poser le pied. C’est bien plus insidieux que ça. Le "continent de plastique" est partout, disséminé aux quatre coins du monde.

 Plongeurs Tara en baie de Sorong - Indonésie © Eric Rottinger - Fondation Tara Expeditions

Plongeurs Tara en baie de Sorong - Indonésie © Eric Rottinger - Fondation Tara Expeditions

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Romain Troublé est directeur de la Fondation Tara Expéditions qui étudie les océans en menant des explorations scientifiques sur sa goélette éponyme. Il a observé le phénomène "continent de plastique."

“En réalité, ce ne sont pas des gros plastiques comme on peut voir dans les baies d’Indonésie par exemple, ce sont de tout petits fragments” explique-t-il à Konbini news. C’est pourquoi de nombreux scientifiques lui préfèrent le terme de "soupe de plastiques", "concentrations de plastique" ou encore tout bonnement "océan de plastique".

Plancton et microplastiques prélevés au cours de l’expédition Tara Pacific dans le Gyre du Pacifique Nord © Samuel Bollendorff - Fondation Tara Expéditions

Plancton et microplastiques prélevés au cours de l’expédition Tara Pacific dans le Gyre du Pacifique Nord © Samuel Bollendorff - Fondation Tara Expéditions

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Si le plastique est partout, certaines zones de nos océans inquiètent plus que d’autres. Des phénomènes naturels vont en effet accentuer le regroupement des détritus, à l’instar des gyres - ces gigantesques tourbillons d’eau formés par les courants marins. Les déchets ont tendance à s’accumuler à chacun d’entre eux.

Découvert en 1997 par le navigateur américain, Charles Moore, celui de l’océan pacifique nord est le premier à avoir hérité du surnom de "continent de plastique."

La pollution vient de la terre

Il y a 22 ans déjà, le marin était saisi : "Jour après jour, je ne voyais pas de dauphins, pas de baleines, pas de poissons, je ne voyais que du plastique", se souvient-il dans les colonnes du Monde.

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Quelque 1 800 milliards de morceaux de plastiques y sont agglutinés. C’est 80 000 tonnes de plastiques réparties sur une zone grande comme trois fois la France, située entre Hawaï et Los Angeles.

Le navigateur et explorateur Patrick Deixonne est l’un des fondateurs de l’Expédition 7e continent, une des premières ONG à s’être rendue sur place.

"On est revenu avec des microparticules, mais les médias ont préféré diffuser des images de plaques de déchets qu’on trouve à la sortie des fleuves. En réalité ce n’est qu’au regard de la superficie des zones polluées qu’on peut parler de continent," raconte-t-il à Konbini news.

Si ces gyres océaniques constituent bien des zones de concentration de déchets, la pollution est partout. “En réalité il y en a autant dans la mer Méditerranée”, confirme le directeur de Tara Expéditions.

D’où viennent ces quantités astronomiques de plastique ? On peut en attribuer 20 % à la pêche : fils de nylon et autres caisses de polystyrène que l’on peut parfois voir flotter.

Tout le reste vient de la terre. "Toute la pollution des océans vient des fleuves. En réalité, la solution est à terre", confirme Romain Troublé. Chaque année on rejette entre 8 et 15 millions de tonnes de plastiques en mer - un chiffre impressionnant qui varie selon les études.

"Dans l’océan on trouve en large majorité du polypropylène et du polyéthylène qu’on retrouve dans les emballages" détaille le navigateur.

"C’est complètement farfelu de dire qu’on peut nettoyer l’océan"

À une époque où les prises de conscience écologiques se multiplient, on est pris d’une envie coupable de nettoyer, de se dire qu’on peut défaire ce qui a été fait. Seulement c’est loin d’être aussi simple. "C’est complètement farfelu de dire qu’on peut nettoyer l’océan, ça représente les trois quarts de la planète", déplore Romain Troublé.

"Les gens focalisent sur les macrodéchets, mais c’est totalement utopique. Ce qui est à la surface c’est 1 % du problème", ajoute Patrick Deixonne.

D’autant que dans l’océan contrairement à certaines baies ou certaines plages, il ne suffit pas de se baisser pour ramasser.

© Fondation Tara Expéditions

"Si on ramasse ces microplastiques on ramasse tout l’écosystème avec, comme les planctons par exemple" précise le navigateur. On serait donc condamné à vivre entouré d’un océan pollué au plastique ?

Plancton et microplastiques © Samuel Bollendorff - Fondation Tara Expéditions

“Ces particules de plastiques vont finir par sédimenter au fond de la mer… Mais d’ici deux générations et à condition de changer complètement notre système de consommation", espère Romain Troublé.

Si pour ce qui est déjà dans l’eau il est trop tard, cela ne veut pas dire qu’on ne peut rien faire. Les opérations de nettoyage et de filtrage des fleuves ont du sens, tout comme le fait d’arrêter de consommer du plastique.

“Je ne pense pas qu’il faille stigmatiser les mauvais industriels, les mauvais consommateurs, les mauvais politiques, en fait on est tous dans le même bateau”, conclut le navigateur qui s’apprête à partir pour une nouvelle mission à la découverte des fleuves justement.

De son côté l’Expédition 7e continent prépare un voyage dans le gyre de l’Atlantique nord : "On va essayer de savoir où vont les nanoparticules. Est-ce qu’elles coulent ? Est-ce qu’elles s’évaporent ? On n’a pas encore fait le tour de la question scientifique."

Par Clothilde Bru, publié le 27/03/2019

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