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5 ans après, que reste-t-il de l'accord de Paris ?

Publié le

par Astrid Van Laer

Le Bourget, 12 décembre 2015. © REUTERS/Stephane Mahe

"Les chefs d’État de l'Union européenne restent fossilisés dans un ordre économique responsable de la crise climatique."

Gigantesques ouragans, feux de forêts ravageurs, inondations multiples, fonte des glaces à vitesse grand V ou encore extinction d’espèces menacées… Alors que l’accord de Paris fête son cinquième anniversaire ce samedi, les catastrophes naturelles dues au changement climatique se sont multipliées et paraissent s’accélérer ces dernières années. Pour rappel, l’objectif affiché était de limiter le réchauffement climatique en dessous des 2 °C et d’essayer de le contenir à 1,5 °C.

Si la pandémie a eu une incidence positive sur les émissions de gaz à effet de serre dans le monde et a laissé entrevoir l’espoir d’une amélioration côté climat, c’est malheureusement insuffisant pour espérer une quelconque répercussion sur le réchauffement climatique à l’œuvre. En effet, il y a quelques jours, dans son rapport annuel, le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) alertait à ce propos.

Il a estimé que cette baisse significative des émissions aurait seulement un effet "négligeable" à long terme, avec simplement environ 0,01 degré de réchauffement évité d’ici 2050 et a dressé un bilan sans appel : "Pour garder un espoir de limiter le réchauffement de la planète à 1,5 °C, il faudrait réduire les émissions de gaz à effet de serre de 7,6 % par an, chaque année de 2020 jusqu’à 2030, selon l’ONU."

Pour la patronne du PNUE, Inger Andersen, "la pandémie est l’avertissement que nous devons d’urgence quitter notre chemin de développement destructeur, moteur des trois crises planétaires : changement climatique, perte de biodiversité et pollution. Mais elle constitue aussi clairement une opportunité […] pour protéger notre climat et la nature pour les décennies à venir".

"Pas de plan B"

L’un des changements de l’année à venir pourrait se trouver outre-Atlantique avec la défaite de Donald Trump à sa réélection et, par conséquent, l’investiture prochaine de Joe Biden à la Maison-Blanche. Ce dernier avait promis qu’en cas de victoire, il reviendrait dans l’accord de Paris que Donald Trump a quitté comme il l’avait lui aussi promis en campagne.

Le 5 novembre, le futur chef d’État américain avait assuré le retour de la première puissance mondiale, en déclarant : "Aujourd’hui, l’administration Trump a officiellement quitté l’accord de Paris sur le climat. Et dans exactement 77 jours, l’administration Biden le rejoindra."

La France, qui n’est pas une très bonne élève, a quant à elle récemment été rappelée à l’ordre. Le 19 novembre dernier, le Conseil d’État a en effet donné trois mois à l’État pour démontrer qu’il prenait bien les mesures nécessaires pour parvenir à ses engagements en matière de réduction des gaz à effet de serre.

Plus largement, en ce qui concerne l’Union, le Conseil européen a annoncé hier que les vingt-sept pays qui la composent s’étaient accordés pour réduire a minima de 55 % leurs émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030. Emmanuel Macron s’en est félicité dans un tweet. Le président français a déclaré : "Mettons tout en œuvre pour réussir. Maintenant. Tous ensemble. Car il n’y a pas de plan B."

Un accord européen "sans réelle ambition"

Une annonce qui ne semble pas à la hauteur de l’enjeu et des recommandations scientifiques. C’est en tout cas ce que considère Greenpeace, qui a estimé dans un communiqué que cet accord européen était "sans réelle ambition [et] victime des intérêts nationaux et industriels" et qu’il "révèle la réticence des gouvernements à endosser les recommandations des scientifiques et à s’attaquer aux causes profondes de l’urgence climatique".

Pour l’ONG, l’objectif affiché est insuffisant car "une baisse d’au moins 65 % serait pourtant nécessaire pour respecter l’accord de Paris, selon les dernières données scientifiques". Clément Sénéchal, chargé de campagne climat pour la branche française Greenpeace, a argué :

"Emmanuel Macron aura beau qualifier cet accord d’historique, le nouvel objectif déterminé pour l’Union européenne implique en réalité une réduction des émissions de gaz à effet de serre très éloignée des recommandations scientifiques, et trop peu d’efforts supplémentaires.

Alliée aux mauvais élèves européens, la France a affaibli la bonne tenue des négociations par son obstination à promouvoir le nucléaire."

Et de poursuivre :

"Malgré de belles paroles, les chefs d’État n’ont pas eu le courage de prendre des engagements qui bousculeraient les industries polluantes et entraîneraient une révision complète de notre modèle de production.

Ils préfèrent s’accorder sur des objectifs en trompe-l’œil, au détriment des plus vulnérables, qui payent aujourd’hui très cher les démissions qui s’accumulent sur le front climatique."

Et Greenpeace martèle : "Les chefs d’État de l’Union européenne restent fossilisés dans un ordre économique responsable de la crise climatique."

"Le véritable espoir vient du peuple"

Même son de cloche du côté de la jeune militante pour le climat Greta Thunberg. Dans une vidéo publiée à l’occasion de l’anniversaire de l’accord de Paris, elle fustige les "promesses vides" des dirigeants politiques. "Quand il s’agit des actions immédiates dont nous avons besoin, on est toujours dans un déni complet", a-t-elle dit, avant d’affirmer que "le véritable espoir vient du peuple".

Et les citoyens, justement, se sont mobilisés activement ces cinq dernières années pour mettre en lumière leurs revendications climatiques. Manifestations, actions coup de poing, "vagues vertes" aux élections ou mouvements sur les réseaux sociaux : les moyens pour faire entendre leurs voix ont été multiples.

La dernière en date est le mouvement "Taxons la spéculation", avec pour chef de file un élu au Parlement européen. À l’approche de cette réunion européenne des 10 et 11 décembre, l’eurodéputé Pierre Larrouturou avait tout tenté en entamant une grève de la faim.

Son objectif ? "Alerter les citoyens" sur les coupes du budget de l’Union européenne, entre autres dans le domaine du climat. Il militait pour l’application d’une taxe sur les transactions financières pour rapporter quelque "50 milliards d’euros" et financer notamment la transition climatique.

"On nous dit qu’il n’y a pas d’argent mais les marchés financiers n’ont jamais été aussi élevés", argue-t-il. Il nous avait accordé une interview pour nous expliquer son combat : "On est en train de négocier le budget européen pour les sept prochaines années. Donc s’il n’y a pas d’argent pendant sept ans, on est foutus."

"Les médecins du Parlement m’ont demandé avec insistance d’arrêter" : mais après dix-huit jours et plus d’une dizaine de kilos perdus, l’élu avait finalement été contraint d’arrêter sa grève de la faim sans avoir obtenu gain de cause. Toutefois, mercredi soir, la mobilisation persistait devant le Conseil européen :

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