Par Julie Baret

Ingérence, piratage, trahison… Les liens supposés entre le président des États-Unis et Moscou suscitent de vives inquiétudes. On vous résume le "scandale russe" qui colle à Donald Trump depuis plus de deux ans.

(© Mikhail KlimentyevTASS via Getty Images)

Le piratage russe contre les démocrates

Été 2016. La course à la Maison-Blanche bat son plein à l’approche des investitures des candidats et le Washington Post révèle un nouveau piratage contre le parti démocrate, déjà fragilisé par la fuite des mails de Hillary Clinton au printemps précédent : des hackers russes ont piraté le Comité national démocrate et se sont emparés des informations collectées sur Donald Trump pour cerner le milliardaire, soupçonne la CIA.

À l’origine du piratage, deux groupes payés par Moscou, dont un affilié aux services de renseignement militaires russes. Un mois plus tard, 20 000 mails du parti démocrate sont publiés sur Wikileaks, révélant la guérilla interne entre Hillary Clinton et Bernie Sanders pour l’investiture démocrate. Le FBI ouvre une enquête contre la Russie mais Donald Trump ironise : "Russie, si tu m’écoutes, j’espère que tu arriveras à retrouver les 30 000 mails manquants." Il le répète à qui mieux mieux pendant sa campagne, rappelle Franceinfo : selon lui, la Russie n’a rien à voir avec le piratage.

En parallèle, le directeur de campagne du milliardaire est mouillé par un autre scandale. Le New York Times révèle en août 2016 que Paul Manafort a illégalement touché plusieurs millions de dollars de la part d’un parti pro-russe en Ukraine.

L’ingérence étrangère confirmée

Au vu de ses positions politiques, en particulier vis-à-vis de l’Otan, Donald Trump apparaît rapidement comme le candidat préféré du Kremlin face à Hillary Clinton. C’est aussi le concurrent préféré des citoyens russes qui le perçoivent comme le "candidat de la paix".

Le milliardaire n’a jamais caché sa sympathie pour Vladimir Poutine dont il salue le "très bon travail". Lors du dernier débat entre les deux candidats à l’élection présidentielle américaine, Hillary Clinton parle de son adversaire comme d’un "pantin" du Kremlin. Ce dernier est élu le 8 novembre 2016 et son investiture est calée pour le 8 janvier suivant.

Entre-temps, les services du renseignement américain s’accordent sur leurs suspicions : il y a bien eu une ingérence russe dans la campagne pour mener Donald Trump jusqu’au bureau Ovale.

Révélations à répétition

Deux jours après l’investiture de Donald Trump, BuzzFeed lâche une bombe lourde de 35 pages de notes "compromettantes" contre le nouveau président des États-Unis, rassemblées par un ancien agent secret britannique.

Non confirmée, la source assure pêle-mêle que Donald Trump et ses équipes échangeraient des informations avec le Kremlin depuis plusieurs années, que ce dernier lui a fourni des informations sur ses concurrents – Hillary Clinton en tête – et que les services secrets russes disposeraient d’une sextape de Donald Trump, en pleine orgie en Russie, et s’en serviraient pour le faire chanter.

Un mois plus tard, le New York Times, assène un nouveau coup au président américain en révélant les échanges entre un collaborateur de Donald Trump, Michael Flynn, et l’ambassadeur russe aux États-Unis, Sergueï Kisliak, en décembre 2016, alors que Michael Flynn n’était pas encore officiellement conseiller à la Sécurité nationale. Reconnaissant la Russie coupable d’ingérence, l’administration Obama avait infligé des sanctions au pays de Vladimir Poutine : Michael Flynn, alors simple citoyen, aurait évoqué auprès du représentant étranger l’idée de les faire sauter.

Ce dernier est écarté quelques jours après la publication du papier du New York Times, mais le lendemain le journal sort un nouveau scoop : quatre proches du président, dont son ancien directeur de campagne, Paul Manafort, ont entretenu des contacts répétés et secrets avec de hauts responsables russes pendant la campagne de 2016.

Au printemps 2017, le Washington Post révèle que le gendre de Donald Trump, Jared Kushner, s’est entretenu à plusieurs reprises avec l’ambassadeur Sergueï Kisliak, à l’hiver 2016, dans le but d’établir un "canal de communication secret" avec la Russie, puis avec le président de la banque russe Vnesheconombank.

Les enquêteurs dans le viseur de l’administration Trump

En mars 2017, James Comey, directeur du FBI, assure devant la Chambre des représentants que son administration poursuit son enquête sur le rôle de la Russie dans la victoire de Donald Trump. Deux mois plus tard, il est limogé par le président américain.

Délié de toute obligation, James Comey dénonce au Sénat les requêtes "dérangeantes" de Donald Trump (il avait d’ailleurs demandé à ne plus s’entretenir seul avec lui) et le chantage implicite que le président américain avait instauré : sa "loyauté" pour "rester directeur du FBI".

Le 17 mai 2017, c’est une plus grosse épine qui s’installe dans le pied de Donald Trump. Robert Mueller, ancien directeur du FBI, est nommé par le procureur général comme procureur spécial chargé de rechercher "tout lien et/ou coordination entre le gouvernement russe et des individus associés à la campagne de Donald Trump" en 2016. Le président américain dénonce alors une "chasse aux sorcières".

On apprend au début de 2018 qu’il avait ordonné le limogeage de Robert Mueller deux mois après la nomination du procureur spécial, mais qu’il avait plié sous l’avis de son propre avocat, Donald McGahn.

31 personnes inculpées

Le 27 juillet 2017, un ancien conseiller en politique étrangère de Donald Trump accusé d’avoir entretenu des liens avec des émissaires du Kremlin, George Papadopoulos, est arrêté par le FBI. Le 30 octobre, Robert Mueller inculpe deux proches du président : Paul Manafort et Rick Gates sont visés par 32 chefs d’inculpation, dont "activité de lobbying à l’étranger". Le premier risque 305 ans de prison : il annonce en février 2018 sa volonté de collaborer avec Robert Mueller.

En face, Donald Trump rend coup sur coup : son avocat demande la fin de l’enquête de Robert Mueller au printemps suivant, et en mai 2018 il accuse le FBI d’avoir "infiltré" sa campagne "à des fins politiques".

De l’autre côté de l’Atlantique, le locataire du Kremlin avait exprimé son désintérêt face aux accusations de collusion, devant les caméras de NBC.

Dans le cadre de son enquête, Robert Mueller a inculpé 31 personnes, dénombre Le Point, dont 12 agents des renseignements russes inculpés le 13 juillet 2018 pour avoir piraté les ordinateurs du parti démocrate, trois jours avant la rencontre entre Donald Trump et Vladimir Poutine à Helsinki.

"Trahison" devant les caméras du monde entier

Le 16 juillet, lors du sommet entre les deux dirigeants, le président Trump a refusé de reconnaître – malgré la question directe posée par un journaliste américain – une quelconque ingérence russe dans les élections américaines de 2016, rejetant les conclusions de ses propres services de renseignement.

La déclaration fait l’effet d’une bombe outre-Atlantique : Trump est accusé au mieux de faiblesse, au pire de trahison, de chaque côté de l’échiquier politique américain. Empêtré dans la polémique, Donald Trump plaide l’erreur de prononciation dès le lendemain du sommet : il ne fallait pas entendre "je ne vois pas pourquoi la Russie serait coupable" mais "je ne vois pas pourquoi ça ne serait PAS la Russie".

La parade marche mal. Le 18 juillet, le président américain change de stratégie et affirme sur CBS qu’il tient Vladimir Poutine comme "personnellement responsable" de l’ingérence russe. Et d’ajouter : "Aucun président n’a été aussi ferme que moi sur la Russie."

Et voilà qu’un vieux dossier remonte à la surface

Il concerne une rencontre entre une avocate russe, le fils et le gendre de Donald Trump le 9 juin 2016, lorsque ce dernier était encore candidat à l’élection présidentielle. Jared Kushner, Donald Trump Jr., mais aussi Paul Manafort, ont rencontré Natalia Veselnitskaya, qu’ils croyaient envoyée par le gouvernement russe, dans la Trump Tower afin d’obtenir des informations sensibles sur Hillary Clinton. La réunion dure 30 minutes mais n’est dévoilée qu’à l’été 2017, attisant encore les soupçons de collusion avec le gouvernement étranger.

Le gendre et le fils, respectivement entendus par une commission parlementaire et par le Congrès, ont tous deux assuré que Donald Trump n’avait pas eu vent de la rencontre. Cette version a été contredite le 26 juillet par l’ancien avocat du milliardaire, Michael Cohen, qui assure avoir été présent lorsque le futur président américain a appris et approuvé la rencontre. Michael Cohen ne détient néanmoins pas de preuve physique de ses dires. Ce sera donc parole contre parole. En attendant, Donald Trump a déjà nié sur Twitter.