Souriez, c’est pour la vie extraterrestre !

Dans le cadre du projet spatial Sanctuary, une capsule temporelle va être envoyée sur la Lune l’année prochaine. Chaque internaute peut d’ores et déjà y uploader un selfie, qui sera stocké comme témoignage de l’humanité.

© David McNew/Getty Images

Le projet final ne devrait pas mesurer plus de 9 cm de diamètre mais a l’ambition de résumer l’Homo sapiens à un instant T : le nôtre. Une pépite de la mémoire terrienne condensée sur plusieurs disques de saphir industriel ultrarésistant. Trois milliards de pixels par support, gravés par microlithographie pour loger un maximum de données sur la vie humaine.

© Sanctuary Project / Facebook

Prêt à alunir

Cet objectif fou a pris racine dans la tête d’un Français, Benoît Faiveley. Gamin fasciné par le cosmos, il a gardé la tête dans les étoiles en devenant ingénieur et entraîné d’autres scientifiques dans son sillage, réunis sous le projet Sanctuary.

Dans cette arche de l’humanité couchée sur CD, l’équipe a déjà incorporé plusieurs données scientifiques, schémas, textes, photographies, et même le génome humain de deux inconnus, un homme et une femme sélectionnés à l’aveugle, soit notre "recette biologique", résume l’équipe sur son site internet.

Le Congrès américain prend l’initiative au sérieux : sa bibliothèque devra sélectionner une trentaine de cartes géographiques couvrant l’exploration humaine sur la Terre pour figurer sur les disques de saphir, précise Le Monde. Le projet Sanctuary invite aussi tout un chacun à s’approprier cette missive interstellaire en y ajoutant son petit mot ou son dessin par internet. Ceux de Solal, 6 ans, Paul, 7 ans, et Tamara, 13 ans, tous trois hospitalisés en France, font par exemple partis du projet. Un des disques sera même exclusivement consacré aux selfies envoyés par les internautes.

© sanctuaryproject.eu

"Philosophiquement et anthropologiquement, c’est extrêmement fort, s’émeut Benoît Faiveley pour le quotidien français. Ce sera la première fois qu’une espèce arrivera à se sauvegarder sur un autre monde que celui où elle est née."

Allô l’espace

Bien sûr, l’idée n’est pas neuve. En 1977 déjà, la Nasa envoyait dans l’espace les sondes Voyager 1 et 2, avec à leur bord le Golden record : un vinyle en or équipé d’un stylet afin de lire pléthore d’informations spatiales, anatomiques, zoologiques, culturelles ou sociétales, sous forme de sons et d’images, et dresser un portrait de l’humanité auprès d’une audience extraterrestre. En franchissant les frontières du système solaire en 2013, Voyager 1 est devenu l’artefact humain le plus éloigné de la planète Terre.

En 2017, l’agence spatiale américaine lançait un concours pour enrichir cette "bouteille à la mer interstellaire" d’un message plus contemporain et choisi via les réseaux sociaux, rallongeant ainsi la liste des tentatives de contacter l’extra-voie lactée.

2019 : l’Odyssée de l’espace ?

Contrairement aux précédentes initiatives, le Sanctuary, qui n’a besoin que d’un microscope pour livrer ses richesses, sera déposé sur la Lune sans lecteur. Mais Roland Lehoucq, astrophysicien participant au projet et cité par Le Monde, n’est pas inquiet : "Si une intelligence les trouve, en y passant du temps, elle aura le moyen de les comprendre", théorise-t-il.

Avec ses collègues de Sanctuary, ils sont parvenus à se faire une petite place — d’exactement 700 grammes — à bord d’une mission lunaire privée allemande pour déposer leurs disques sur la Lune. Le voyage spatial retournera sur les traces d’Apollo 17, dernière foulée de l’homme sur la Lune en 1972. Il sera accompli par l’atterrisseur lunaire Alina, conçu par PTScientists ; deux rovers construits par Audi seront du voyage et transmettront des images à la Terre grâce à un réseau de télécoms mobile 4G, précisait Le Figaro en avril.

L’alunissage de la capsule est prévu pour 2019, cinquante ans pile après la mission Apollo 11, au cours de laquelle le petit pas de Neil Armstrong avait offert un bond de géant à l’humanité.

Par Julie Baret, publié le 14/08/2018