Avec l’aval d’Erdogan, Erdogan a nommé Erdogan à la tête du fonds souverain turc

Tout de suite, ça va plus vite.

Le président turc continue sa conquête des pleins pouvoirs. Le 12 septembre, Recep Tayyip Erdogan a approuvé sa propre nomination à la tête du fonds souverain turc, qui pèse quelque 40 milliards de dollars (soit un peu plus de 34 milliards d’euros), comme le rapporte l’agence de presse allemande Deutsche Welle (DW).

La publication du décret de nomination du président par le président, n’a pas manqué de faire réagir sur Twitter, certains allant même jusqu’à se moquer de la manœuvre :

Traduction : "Représentant : Recep Tayyip Erdogan.
Électeur : Recep Tayyip Erdogan.
Membres : Recep Tayyip Erdogan.
Approuvé par : Recep Tayyip Erdogan."

Si le document ci-dessus est faux, il a le mérite d’illustrer la situation pour le moins ubuesque que connaît la Turquie. Depuis plusieurs mois, le président œuvre pour avoir la mainmise sur l’économie – entre autres choses.

Aussitôt nommé à la tête dudit fonds, le président Erdogan en a profité pour faire un peu de ménage dans le conseil d’administration de l’organisme. Sept nouvelles personnes ont ainsi été désignées par ses soins, comme le rapporte l’agence de presse britannique Reuters.

Et comme un peu de népotisme n’a jamais fait de mal, il a choisi Berat Albayrak (qui est déjà ministre des Finances et surtout marié à sa fille), comme vice-président. Le motif invoqué pour ce grand chambardement est lié aux mauvais résultats de l’institution : "Nous avons décidé que les choses ne pouvaient pas continuer ainsi", a déclaré Recep Tayyip Erdogan.

Crise économique

Comme le rappelle DW, la Turquie fait face à une crise économique importante : la livre turque a perdu 40 % de sa valeur depuis le début de l’année 2018.

Institué après le coup d’État manqué de juillet 2016, ce fonds a pour objectif de "développer et accroître la valeur des actifs stratégiques turcs et assurer des ressources pour les investissements", comme l’explique Reuters. En temps de crise, il sert aussi à assurer les systèmes de retraite et de sécurité sociale.

Le fonds a énormément d’influence dans le pays. Il détient la moitié de la compagnie aérienne Turkish Airlines et des actions dans plusieurs grosses entreprises turques, comme Türk Telekom, ainsi que des banques.

Depuis sa réélection en juin dernier, Recep Tayyip Erdogan multiplie les réformes pour renforcer son pouvoir. "À vouloir tout contrôler, on finit par ne plus rien contrôler du tout. Et c’est le pays tout entier qui va en payer le prix", a déploré l’un de ses opposants politiques, Muharrem Ince.

Par Clothilde Bru, publié le 17/09/2018