François Hollande plaide pour la suppression du poste de Premier ministre

Pour François Hollande, "le président de la République doit être le seul chef de l’exécutif".

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La Ve République fête aujourd’hui son soixantième anniversaire. L’ancien Président français était invité de Public Sénat à cette occasion. Il a notamment questionné la pertinence et l’utilité du poste de chef de gouvernement.

Depuis 1958 se sont succédé au poste de Premier ministre vingt-et-un hommes, parmi les plus connus : Debré, Pompidou, Chaban-Delmas, Chirac, ou encore Villepin et Fillon, Ayrault, Valls, Cazeneuve et Philippe, et une femme, Edith Cresson. Ces derniers n’auraient donc servi à rien ? Pour François Hollande, ils ont tous permis une "défausse de la responsabilité" de la part du Président.

"Il y a ce personnage, le premier ministre, dont on ne sait pas s’il est encore le chef de la majorité, […] ou s’il est un collaborateur, c’est le mot utilisé à l’époque par Nicolas Sarkozy pour qualifier François Fillon", a-t-il expliqué. Et de développer son argumentaire favorable à la suppression :

"Je pense qu’il faut couper le nœud gordien. Il faut aller jusqu’au bout. Le président de la République doit être le seul chef de l’exécutif. Donc plus de premier ministre, plus de responsabilité devant le Parlement, plus de droit de dissolution."

"Tu veux me supprimer ?" "Je veux te faire entrer dans l’Histoire"

L’ex-ministre de la Culture Jack Lang avait lui aussi formulé la même idée dans un entretien accordé au Parisien. “Si on supprimait le poste de Premier ministre, le chef de l’État serait aussi chef du gouvernement. Il devrait responsable devant le Parlement.”

Il voyait notamment la possibilité pour le chef de l’État d’avoir comme un bouclier en cas de tempête médiatique ou populaire :

“Beaucoup sont attachés au rôle de Premier ministre, y compris le chef de l’État qui estime que c’est une bonne chose d’avoir un fusible. Mais les esprits sont prêts à ce que celui qui détient tous les pouvoirs ne soit pas comptable de ses actes qu’une seule fois, devant les électeurs, au terme de son quinquennat.”

Claude Bartolone l’avait également suggéré en mai 2016. Une proposition qui avait donné lieu à un drôle d’échange avec le Premier ministre de l’époque, Manuel Valls :

"- Alors, tu veux me supprimer ?

- Non je veux te faire entrer dans l’Histoire comme le dernier Premier ministre de la Ve République ?"

Peut-être Manuel Valls entrera-t-il finalement dans l’Histoire comme le premier Premier ministre français à remporter une municipalité étrangère

Par Astrid Van Laer, publié le 04/10/2018