Rencontre entre Donald Trump et Kim Jong-un : qui l’eût cru ?

"Petit gros", "Américain gâteux mentalement dérangé"… L’histoire entre les deux hommes n’avait vraiment pas bien commencé.

(Photo by Kevin Lim/The Strait Times/Handout/Getty Images)

"Une rencontre fantastique", "un honneur"… Que de chemin parcouru entre le président des États-Unis Donald Trump, et le dirigeant de la Corée du Nord Kim Jong-un. Mardi 12 juin l’impensable s’est produit : les deux ennemis se sont rencontrés pour un sommet "historique" à Singapour.

Il y a quelques semaines encore, Kim Jong-un et Donald Trump n’étaient bons qu’à échanger des invectives, faisant peser sur le monde la menace d’une guerre nucléaire (on exagère à peine).

Au terme de cette rencontre, les dirigeants sont même parvenus à un accord ! En réalité, dans la lettre du texte, Washington et Pyongyang se limitent à des formules déclaratoires. Aucun calendrier n’a été fixé, pas plus que les modalités pour atteindre l’objectif de "dénucléarisation complète de la péninsule coréenne."

Qu’à cela ne tienne ! Ce mardi 12 juin, les deux anciens ennemis jurés ont mis les choses à plat, entre deux parts de tropézienne. Durant cette rencontre qui a duré quelques heures à peine, les deux leaders ont certainement eu l’occasion de revenir sur ces longs mois de tensions entre Washington et Pyongyang.

En cause : le programme nucléaire et balistique nord-coréen que Donald Trump a depuis longtemps dans le collimateur. Avant même sa prise officielle de fonctions il tweetait :

"La Corée du Nord vient d’annoncer qu’elle était en train d’atteindre le stade final du développement d’une arme nucléaire capable d’atteindre les États-Unis. Cela n’arrivera pas."

L’été de tous les dangers

Les tensions entre la Corée du Nord et les États-Unis sont antérieures à l’élection de Donald Trump. Seulement le caractère impulsif du dirigeant américain a fait prendre au conflit une tout autre ampleur, entre épisodes de terreur et séquences franchement triviales.

Ce qui est chouette avec Donald Trump c’est qu’il documente toutes ces humeurs sur Twitter. Retour donc, sur une année de tensions.

Quelques mois après son élection, l’escalade militaire commence. En avril 2017, les États-Unis envoient une flotte dans la péninsule coréenne. De son côté Kim Jong-un choisit le 4 juillet, date de la fête de l’Indépendance américaine, pour faire une annonce fracassante. La Corée du Nord affirme alors être en mesure de frapper n’importe quel endroit du globe après avoir testé avec succès un missile balistique intercontinental (ICBM).

La communauté internationale retient son souffle. Imperturbable, Donald Trump choisit Twitter pour répondre.

"La Corée du Nord vient de lancer un nouveau missile. Ce type n’a-t-il rien de mieux à faire de sa vie ?"

Pendant tout l’été 2017, les deux dirigeants multiplient les provocations et les menaces nucléaires se font de plus en plus pressantes.

"Des solutions militaires sont maintenant totalement en place, déverrouillées et opérationnelles, la Corée du Nord a tout intérêt à agir sagement. Avec un peu de chance, Kim Jong-un fera le bon choix"

"Rocket man" vs "gâteux mentalement dérangé"

Et puis à l’occasion de la 72e Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies (ONU), le 45e président des États-Unis menace carrément de "détruire totalement la Corée du Nord." C’est aussi à ce moment-là qu’il accouche du fameux sobriquet "Rocket man" (Monsieur missile) utilisé pour désigner le leader nord-coréen âgé de 34 ans.

Sa réponse ne se fait pas attendre. Dans un rare communiqué rédigé à la première personne il opte pour la surenchère : "Je disciplinerai par le feu l’Américain gâteux mentalement dérangé." Les hommes multiplient alors, dans un tout autre registre, les attaques personnelles sous les yeux du reste du monde, bien souvent consterné.

"Le Coréen Kim Jong-un, qui est clairement un fou et qui se fiche d’affamer ou de tuer son peuple, va être testé comme jamais jusqu’ici !"

"Pourquoi Kim Jong-un me traiterait-il de 'vieux' alors que je ne me permettrais JAMAIS de le traiter de 'petit gros' ? À vrai dire, j’essaie tellement d’être son ami – et peut-être qu’un jour cela arrivera."

"Le leader nord-coréen Kim Jong-un vient juste de déclarer que 'le bouton nucléaire [était] toujours sur son bureau'. Est-ce que quelqu’un de son régime appauvri et affamé pourrait l’informer que moi aussi j’ai un bouton nucléaire, mais il est beaucoup plus gros et plus puissant que le sien, et il fonctionne !"

Prudence toujours

Et puis finalement, faisant mentir, l’adage selon lequel il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis, Donald Trump a accepté la main tendue par le dirigeant nord-coréen.

Un "happy ending" dont il faut profiter, mais qui n’est certainement pas fait pour durer. Il y a quelques semaines à peine Donald Trump menaçait encore d’annuler cette rencontre, jouant à nouveau avec les nerfs de son homologue nord-coréen (et de la communauté internationale.)

"Au regard de l’énorme colère et de l’hostilité affichée dans votre dernière déclaration en date, je trouve qu’il serait inapproprié, à l’heure actuelle, de tenir cette rencontre prévue depuis longtemps."

Une chose est sûre l’équilibre entre les deux hommes est fragile. D’aucuns diraient qu’entre l’amour et la haine, il n’y a qu’un pas.

Par Clothilde Bru, publié le 12/06/2018