Par Julie Baret

La chambre des députés chilienne a adopté mercredi 12 septembre une loi "historique" pour les droits des personnes trans : le changement de nom et de sexe à l’état civil, et ce dès l’âge de 14 ans.

©REUTERS/Rodrigo Garrido

"Mon identité, mon droit." Voici ce qu’on pouvait lire sur le carton brandi par plusieurs députés chiliens, mercredi 12 septembre, dans la salle du Congrès de Valparaiso, au milieu de plusieurs drapeaux bleu-blanc-rose. Cette pancarte, c’est une fausse carte d’identité. Car avec 95 voix contre 46, la chambre des députés a donné son feu vert à un projet de loi débattu au Parlement depuis 2013 et qui autorise le changement de nom et de sexe à l’état civil.

5 ans de lutte parlementaire

Le texte fixe une procédure relativement simple pour les adultes qui n’exige ni traitements hormonaux ni opération chirurgicale, comme c’est le cas dans certains pays, mais qui nécessite la présence de deux témoins. Les adolescents âgés de 14 à 18 ans devront en revanche passer devant le tribunal des familles avec un représentant légal – ou seuls si un juge l’accorde – qui examinera leurs antécédents familiaux.

"Nous assistons à un événement historique, a réagi Alvaro Troncoso, chef de file de l’association LGBTQ chilienne Movilh, cela va améliorer la qualité de vie de milliers de personnes qui avaient vu le respect de leur dignité et de leurs droits mis à l’écart à cause de préjugés sur l’identité de genre." Son association estime en effet que 52,1 % des personnes transgenres au Chili ont déjà subi des préjudices physiques ou psychologiques et que pour la moitié d’entre elles, ces sévices ont débuté entre 11 et 15 ans.

Les défenseurs des droits des personnes trans regrettent toutefois que la loi ne concerne pas les enfants de moins de 14 ans et qu’elle réclame le célibat des requérants : les personnes mariées seront donc tenues de divorcer avant d’entamer leur changement de sexe à l’état civil, car le pays ne reconnaît aux couples homosexuels que l’union civile.

Bouger les lignes

L’avancée s’inscrit dans l’impulsion des réformes progressistes menées par la socialiste Michelle Bachelet, présidente du Chili jusqu’en mars 2018, laquelle a dépénalisé l’avortement en 2017 et soutenu un projet de loi pour le mariage des personnes de même sexe la même année.

Selon Alessia Injoque, une activiste trans de 35 ans citée par l’AFP, l’avancée tient également du succès du film Une Femme fantastique. Sacré par l’Oscar du meilleur film étranger au mois de mars, le long-métrage de Sebastián Lelio suit le combat d’une femme transgenre suite au décès de son compagnon ; selon la militante, il a permis "que les gens connaissent notre réalité et aient une certaine empathie".

L’actrice principale du film, Daniela Vega, elle-même transgenre, avait d’abord été invitée sur le plateau en tant que consultante sur la transidentité. Ce n’est qu’après avoir fini l’écriture du scénario que le réalisateur Sebastián Lelio avait décidé de lui attribuer le premier rôle.

La loi sur l’identité de genre doit encore être promulguée par le président de droite Sebastian Piñera, lequel a publiquement soutenu le texte, dans un délai de 30 jours. Les militants de Movilh espèrent une entrée en vigueur dans l’année, ce qui alignerait le Chili aux côtés de l’Argentine, de l’Uruguay du Pérou et de la Colombie sur la question du changement de sexe, rappelle RFI. Mais des parlementaires conservateurs n’écartent pas l’hypothèse de saisir le Tribunal constitutionnel.