Par Julie Baret

L’homosexualité est un délit passible de cinq ans de prison au Cameroun.

Homosexualité, fellation, inceste, cunnilingus, viol, zoophilie… Voilà l'aperçu d’une liste complètement hallucinante dénonçant des "pratiques sexuelles déviantes" publiée dans un manuel scolaire au Cameroun, L’Excellence en sciences, destiné aux élèves des classes de 5e du pays. À l’intérieur, un module censé traiter d’éducation sexuelle est intitulé "Lutte contre les comportements émergents néfastes à la santé de la reproduction".

On y apprend, page 59, que les "pratiques sexuelles déviantes prennent des proportions inquiétantes" dans la société camerounaise. Il s'en suit un recensement desdites pratiques : "sodomie, fellation, cunnilingus, homosexualité, viol, pédophilie, zoophilie, inceste et rapports sexuels précoces." "Les raisons avancées par les auteurs [de ces pratiques] sont nombreuses", précisent les rédacteurs de l’ouvrage : "La recherche du plaisir, du pouvoir, les pratiques occultes, la richesse…" 

"Un complot des sectes pernicieuses occidentales"

Introduites depuis deux ans dans les programmes scolaires selon le site Cameroon Info, ces pages agitent seulement depuis cette rentrée les réseaux sociaux et la société camerounaise, comme le rapporte AfricaNews. Mais les réactions donnent la nausée dans un pays où l’homosexualité reste un délit passible de cinq ans de prison.

Un internaute assure que le gouvernement camerounais "enseigne la sodomie aux enfants de 10 ans". Un autre dénonce "un complot des sectes pernicieuses occidentales […] pour [faire] dévier" les enfants camerounais. Une pétition publiée le 6 septembre demande quant à elle le retrait du livre qui ferait l’apologie de "pratiques sexuelles non adaptées à des enfants en bas âge".

"Dépravation des mœurs"

Signe de l’ampleur de la controverse, la figure de l’opposition et candidat aux prochaines élections présidentielles d’octobre 2018, Maurice Kamto, y est aussi allé de son commentaire éclairé. Le 7 septembre, sur Facebook, ce dernier a déploré "un enseignement qui (lui) semble des plus suspects" et critiqué une "volonté d’initiation déguisée de la jeunesse camerounaise aux dérives propres à certaines pratiques sexuelles ouvrant la voie à la dépravation des mœurs".

Pour rappel, derrière les mots, l’homophobie tue au Cameroun. Mi-août, un jeune homme de 20 ans a été lynché à mort par son frère dans les rues de Douala, rapporte le blog 76crimes, consacré au bilan humain dans les pays réprimant l’homosexualité. Sa famille le suspectait d’être gay.