Alexandre Benalla, le "Monsieur sécurité" de l’Élysée va être licencié

Quarante-huit heures après le début de l’affaire Alexandre Benalla, l’Élysée a fini par céder à la pression : l’ex-collaborateur du président a été placé en garde à vue vendredi 20 juillet. Au même moment, une procédure de licenciement a été lancée.

Alexandre Benalla s’est présenté à 10 heures vendredi matin avec son avocate au siège de la PJ. Il a été placé en garde à vue pour violences en réunion, usurpation de fonction et complicité de détournement d’images de vidéo-protection. Jeudi 19 juillet, trois responsables policiers ont été suspendus pour avoir transmis à Alexandre Benalla des images de vidéosurveillance, alors qu’il n’est ni policier, ni gendarme. Il n’est donc pas autorisé à détenir ces images.

"Il a été porté à la connaissance de la présidence de la République des faits nouveaux, qui sont constitutifs d’une faute commise, et qui font l’objet d’une procédure judiciaire", déclare l’Élysée, qui précise qu’Alexandre Benalla "aurait été destinataire d’un document de la préfecture de police qu’il n’était pas autorisé à détenir".

On apprend que le collaborateur était domicilié depuis le 9 juillet dans une dépendance de la présidence quai Branly dans le 7e arrondissement de Paris. Il habitait auparavant à Issy-les-Moulineaux, dans les Hauts-de-Seine.

Pour l’exécutif, le vent de panique démarre mercredi 18 juillet après les révélations par Le Monde de cette première vidéo montrant Alexandre Benalla tabasser un manifestant… mais on n’y voyait pas ce qu’il se passait en contrechamps. Le même jour (1er mai 2018), il a aussi violenté une femme place de la Contrescarpe.

"C’est des malades !"

On y voit Alexandre Benalla plaquer une femme contre un mur. À deux reprises, il tente de la faire tomber avec un coup de jambe. Une cycliste cherche à s’interposer mais Alexandre Benalla l’écarte. Il traverse ensuite la rue vers les affrontements, laissant la victime sur le trottoir : "c’est des malades !" déclare la jeune femme choquée.

Sur cette même vidéo, le deuxième homme portant des lunettes s'appelle Philippe Mizerski. Il est membre de l’état-major de la direction de l’ordre public et de la circulation (DOPC). Ce policier aurait était chargé d’encadrer Alexandre Benalla le 1er mai dernier selon BuzzfeedS'il ne participe pas directement aux violences commises par l'ex-collaborateur de l'Élysée, il ne l'a pas empêché de violenter la manifestante. Allant même jusqu'à maintenir la tête de la jeune femme, assise de force sur le trottoir. 

"Alexandre Benalla est très connu dans le milieu policier."

Jeudi 19 juillet, David Le Bars, secrétaire général du syndicat des commissaires de la police nationale (SCPN), a déclaré que "Alexandre Benalla est très connu dans le milieu policier. […] Ce n’est pas la première fois qu’il vient sur un service d’ordre ou qu’il vient se mêler de services de police."

Avant d’être filmé en train de frapper un manifestant le 1er mai, le chargé de sécurité d’Emmanuel Macron cumulait déjà les boulettes.

Viré par Arnaud Montebourg

En 2012, Alexandre Benalla a été pendant une brève semaine le chauffeur d’Arnaud Montebourg. Il est licencié du PS pour avoir pris la fuite au volant de sa voiture après avoir provoqué un accident. Le jeune homme a ensuite atterri chez LREM.

D’après Le Parisien, le 26 novembre 2016, Alexandre Benalla escorte à scooter Emmanuel Macron alors candidat, sur le plateau de France 2. Après avoir déposé le futur président, un de ces pneus crève, il est alors aidé par des photographes présents sur place. "Tout à coup Benalla nous dit qu’il a oublié son arme sous sa selle de scooter" se souvient le photographe Fabien Klotchkoff. Ce dernier lui demande alors la raison pour laquelle il a une arme dans la selle de son scooter. "Il me répond que sa demande d’autorisation de port d’arme est en cours", déclare le photographe.

D’après Libération, le ministère de l’Intérieur s’était renseigné sur le jeune homme pendant la campagne d’Emmanuel Macron. Personne ne voulait accorder un permis de port d’armes à un "Rambo". Le trentenaire aurait tenté de se procurer un pistolet lanceur de caoutchouc, flash-balls et bouclier anti-émeute… La commande lui a été refusée.

Gérard Collomb était au courant

Selon les informations de France Inter, le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb a été mis au courant dès le 2 mai des images montrant Alexandre Benalla frappant un manifestant. Des sanctions auraient été prises dans les jours qui suivaient. Pendant tout ce temps, l’Élysée espérait étouffer l’affaire… c’est raté.

Par Laura Bartoux, publié le 20/07/2018