Aide aux migrants : 19 jours qu’aucun navire humanitaire ne patrouille entre la Libye et la Sicile

En l’absence de ces navires de sauvetage affrétés par les ONG, les risques de naufrage et de noyades des migrants qui tentent de rejoindre l’Europe sont multipliés.

© Javi Julio/SOPA Images/LightRocket via Getty Images

Pas un navire humanitaire n’a traversé la bande de mer qui sépare la Libye et la Sicile depuis le 26 août 2018. Après que The Guardian a annoncé ce terrible constat le 12 septembre, deux journées supplémentaires se sont écoulées sans sauvetage en Méditerranée centrale, diminuant les chances de survie des personnes en détresse.

"On rapporte des naufrages depuis le début du mois et une centaine de personnes disparues" déplore Frédéric Penard, directeur des opérations à SOS Méditerranée, "les embarcations qui quittent les côtes libyennes aujourd’hui sont pour la plupart en plastique, surchargées avec une centaine de personnes à bord, et pas faites pour la haute mer. Elles peuvent se casser à tout moment, d’autant plus lorsqu’elles sont amenées à faire des traversées de plus en plus longues." Une distance de 250 miles marins dans le cas présent, soit environ 450 km, généralement surveillée par dix navires humanitaires. Mais diverses raisons les retiennent actuellement à quai : trois embarcations sont détenues à Malte à cause d’un litige autour de leur pavillon, l’équipage d’un autre affronte des accusations de trafic de personnes en Sicile et d’autres bateaux ont quitté la Méditerranée centrale après la fermeture des ports italiens et ignorent quand ils pourront retourner en mer, relate The Guardian.

Enfin l’Aquarius, affrété par Médecins sans frontières et SOS Méditerranée, est en escale à Marseille. Il devrait reprendre la navigation dans les prochains jours mais "il ne peut pas couvrir l’ensemble des besoins de cette zone immense", tempère Frédéric Penard. Ni même les navires humanitaires seuls, selon les ONG, qui appellent les gouvernements européens à mettre en place un "service robuste de sauvetage" en mer Méditerranée.

Moins de migrations, plus de morts

D’après The Guardian, qui dénonce la plus longue absence des navires humanitaires en Méditerranée centrale depuis 2015, la faute revient aux politiques anti-migration portées par les gouvernements italiens et maltais, lesquels refusent régulièrement l’entrée de navires qui secourent les migrants.

Mais alors que le nombre d’arrivants diminue comme peau de chagrin, celui des victimes reste stable, voire augmente. En 2017, plus de 100 000 personnes migrantes avaient atteint l’Italie par la mer et 2 383 étaient mortes noyées lors de leur traversée. Cette année, le nombre de disparus en mer s’élève déjà à 1 130 tandis que le nombre d’arrivées sur la côte italienne dépasse faiblement les 20 000 personnes. D’après le Haut-commissaire des Nations unies pour les réfugiées, une personne sur 18 meurt en mer Méditerranée centrale.

Actuellement, les seules patrouilles sont assurées par les garde-côtes libyens, mais Frédéric Penard s’inquiète : "leur objectif, c’est de contrôler les frontières et d’empêcher les départs : ils interceptent les personnes en mer ce qui ne peut pas être interprété comme un sauvetage en mer puisque les personnes sont ramenées en Libye et ne sont pas mises à l’abri." Il soulève un autre problème : "en cherchant à éviter les gardes-côtes libyens, les personnes migrantes se mettent encore plus en danger."

Au début de l’été, lorsque aucun navire humanitaire n’a circulé en Méditerranée entre le 28 juin et le 8 juillet, plus de 300 personnes sont mortes noyées d’après The Guardian.

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