Affaire Benalla : le préfet de police dénonce des "copinages malsains"

Après Gérard Collomb, c'est au tour du préfet de police de Paris, Michel Delpuech, de se défendre. Il assure ne pas avoir été informé de la présence d'Alexandre Benalla le 1er mai, dénonçant "des dérives inacceptables et condamnables". 

La chaise où était assis le ministre de l'Intérieur ce lundi 23 juillet est encore chaude lorsque Michel Delpuech arrive devant la Commission des lois de l'Assemblée nationale. Quelques heures plus tôt, Gérard Collomb expliquait qu'il ne connaissait pas Alexandre Benalla, rejetant la responsabilité de l'affaire sur le cabinet du président de la République et la préfecture de police. Mais le préfet refuse de jouer le rôle de fusible. 

Lors de son audition, Michel Delpuech dit avoir été informé le 2 mai de l'affaire Benalla par un "collaborateur du cabinet du président de la République". Selon lui, l'affaire aurait été traitée par l'Elysée.

"J’ai été informé le 2 mai. (...) j’ai reçu un appel d’un collaborateur du cabinet du président de la République. Il venait aux nouvelles sur 'l’affaire Benalla'. Je ne comprends pas de quoi il parle, et ma réponse est toute de surprise. Je n’ai jamais, à cette heure-là, entendu parler de cette affaire", déclare-t-il. 

Devant les députés, le préfet de police indique avoir lancé des investigations pour comprendre comment Alexandre Benalla s'était retrouvé sur la place de la Contrescarpe et affirme ne pas en avoir été informé. 

Pour lui, l'Élysée est responsable  

Michel Delpuech assure avoir informé le ministère de Gérard Collomb dès qu'il a eu connaissance des faits :  "J’ai informé le ministère de l’Intérieur. Il m’a informé que le cabinet du ministre était déjà informé, et qu’il était en lien avec le cabinet de l’Élysée. Il était établi pour moi que le sujet Benalla était traité par l’autorité hiérarchique dont il dépendait. C’est ce qu’il s’est passé, puisqu’il a été sanctionné par le cabinet de la présidence de la République."

Concernant l'absence de signalement à la justice après le 1er mai, il est reproché au ministre Gérard Collomb un manquement à l'article 40 du Code de procédure pénale : "On m’a reproché de ne pas avoir saisi le procureur de la République (...) Mais ce n’est pas au ministre qu’il appartient de le faire", a souligné le locataire de la place Beauvau. 

Mais pour le préfet de police, aucun doute n'est possible, la responsabilité politique et judiciaire lié au non-usage de l'article 40 incombe l'exécutif. 

"Pas mal de personnes étaient informées. La liste serait longue s'il fallait dresser le nombre des autorités qui auraient pu faire usage de l'article 40..."

Le haut fonctionnaire n'était pas non plus au courant de la présence d'Alexandre Benalla place de la Contrescarpe le 1er mai dernier. 

"J'ai lancé des investigations internes pour savoir comment M. Benalla s'était retrouvé sur l'opération de la place de la Contrescarpe alors que je n'en étais pas informé (...) J'ai interrogé le directeur de l'ordre public et de la circulation, le DOPC, pour savoir comment il s'était retrouvé place de la Contrescarpe. Il m'a dit ne pas avoir été informé." 

Cependant, s'il avait été informé, l'ex-collaborateur d'Emmanuel Macron n'aurait pas été refusé en tant qu'observateur. 

"Si j’avais été sollicité – je ne l'ai pas été – pour cette demande, l’aurais-je refusé ? L'honnêteté m’oblige à dire que non, je n'avais aucune raison de la refuser pour un collaborateur de l’Élysée qui travaille quotidiennement avec mes services. En revanche, je l’aurais mis en garde contre les risques que présentait cette manifestation, compte tenu des informations dont nous disposions.

Ce n'est pas la place d'un observateur (Alexandre Benalla) de faire lui même le maintien de l'ordre. Si c'est un observateur raisonnable, sage et intelligent, il reste à sa place, en retrait."

Alexandre Benalla était connu

Inconnu pour Gérard Collomb mais pas pour le préfet, "monsieur Benalla était un interlocuteur connu" déclare-t-il. 

Le haut fonctionnaire évoque une scène survenue dans la soirée du 1er mai dans la salle de commandement en présence de Gérard Collomb :  "J'ai découvert avec étonnement la présence dans la salle de monsieur Benalla" 

"Dérives inacceptables sur fond de copinages malsains"

Pointé du doigt par le ministre de l'Intérieur à plusieurs reprises ce matin, le préfet de police consterné se défend sur un ton grave :

"Cette affaire, comme le dit la presse, n'est évidemment pas sans conséquences sur la préfecture de police. Fondamentalement, ces événements résultent de dérives individuelles inacceptables, condamnables, sur fond de copinages malsains."

Par Laura Bartoux, publié le 23/07/2018