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Des profs en grève de la faim depuis 9 jours pour alerter sur leurs conditions de travail

Publié le

par Astrid Van Laer

© Florent Bardos/Abacapress.com via Reuters

"Ça peut paraître excessif mais on a fait des grèves, on a fait des manifs, on a fait des pétitions qui n’ont pas abouti."

Voilà déjà neuf jours que deux professeurs d’un collège de Givors, entre Lyon et Saint-Étienne, sont en grève de la faim. Cette action a été entamée après des agressions de collègues, mais s’inscrit dans un combat ancien pour que l’établissement soit classé Rep+.

Les quelque 540 élèves de ce collège font partie d’un réseau d’éducation prioritaire (Rep). "En 2015, nous avions tous les critères nécessaires pour passer en Rep+ [dispositif renforcé, ndlr] mais cela ne nous a toujours pas été accordé, alors que les indicateurs se sont dégradés depuis" en raison d’une nouvelle sectorisation, regrette Leïla M., qui y enseigne les arts plastiques depuis dix ans.

Elle et son collègue d’histoire géographie, Pierre R., en poste depuis 25 ans, ont entamé une grève de la faim le 25 janvier. "Ça peut paraître excessif mais on a fait des grèves, on a fait des manifs, on a fait des pétitions qui n’ont pas abouti. Alors on s’est dit qu’on allait frapper un grand coup", explique ce dernier.

"Le triste aboutissement d’une dégradation du climat scolaire depuis plusieurs années"

Tous deux ne s’alimentent que de bouillons et passent leurs nuits dans l’établissement. Avec des collègues réunis au sein du Collectif Aubrac, ils diffusent quotidiennement des vidéos sur YouTube pour expliquer leur action qui a démarré après une série d’agressions.

Lors d’un cours, un délégué de classe mécontent de la remarque d’un enseignant a lancé des ciseaux qui se sont plantés dans le tableau ; à la sortie du collège, une professeure a été prise à partie et insultée par des élèves ; enfin, un collègue a manqué d’être écrasé par une voiture qui l’a poursuivi un soir de réunion tardive.

Le collectif n’y voit que "le triste aboutissement d’une dégradation du climat scolaire depuis plusieurs années" face à laquelle il réclame plus de moyens, ce qu’un classement Rep+ permettrait selon lui d’obtenir. Pour l’heure, la mobilisation a permis de gagner un demi-poste de conseiller principal d’éducation (CPE) et un poste d’assistant d’éducation (AED) supplémentaire. Des avancées "insuffisantes" pour les enseignants. Selon le rectorat, elles dotent cependant le collège de moyens comparables à ceux d’un établissement Rep+.

Obtenir des garanties pour l’avenir

Obtenir ce classement ne changerait pas grand-chose et reste de toute façon impossible pour l’heure, souligne Guy Charlot, directeur académique des services de l’Éducation nationale dans le Rhône. La carte nationale de l’éducation prioritaire, figée de 2015 à 2019, est en cours de refonte et lors d’une réunion lundi soir, "le recteur leur a clairement dit qu’elle ne changerait pas à la rentrée 2021", pas avant 2022, précise-t-il.

Les profs, qui interpellent directement le gouvernement dans leur dernière vidéo, n’en démordent pas : passer en Rep+ permettrait de dédoubler les classes de grande section de maternelle dans les écoles du réseau et pas seulement celles de CP et de CE1, comme c’est le cas actuellement.

Ce classement apporterait aussi 18 demi-journées par an de concertation collective, décomptées sur le temps de travail, ainsi qu’une prime aux enseignants. Ils y gagneraient surtout, expliquent-ils, des garanties pour l’avenir, à l’heure où la réforme annoncée de l’éducation prioritaire prévoit de remplacer les Rep par des dispositifs locaux – sans toucher aux Rep+.

Konbini news avec AFP

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