© FRANCK FIFE / AFP

Vaccin : l'avantage donné aux États-Unis par Sanofi crée la polémique

"Inacceptable" ou encore "scandaleux" : gouvernement, oppositions et associations n'ont pas manqué de réagir.

Sanofi réservera-t-il aux États-Unis la primeur d’un éventuel vaccin contre le Covid-19 ? Évoquée par le groupe, qui renvoie l’Europe à ses responsabilités, l’idée provoque l’indignation du monde politique français, jusqu’au gouvernement qui la juge "inacceptable".

"Pour nous, ce serait inacceptable qu’il y ait un accès privilégié de tel ou tel pays sous […] un prétexte pécuniaire", a déclaré jeudi Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d’État à l’Économie.

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Sanofi avait, en effet, prévenu la veille qu’il réserverait probablement aux États-Unis la primeur d’un éventuel vaccin contre le nouveau coronavirus, car les autorités américaines ont investi dans son développement.

Les États-Unis pourraient bénéficier d’une avance de plusieurs jours ou semaines, selon le directeur général de Sanofi, Paul Hudson, qui s’exprimait dans un entretien à l’agence Bloomberg.

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Des informations "scandaleuses" pour Oxfam

Ces déclarations ont suscité une série de réactions indignées dans le monde politique français, de l’opposition de gauche à celle d’extrême droite.

Dans le premier camp, le chef de file des socialistes, Olivier Faure, a dénoncé les "jeux du marché", évoquant le bien-fondé d’une nationalisation et appelant le gouvernement à l’action.

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Dans le second, Marine Le Pen, patronne du Rassemblement national, pose la question : "Est-ce qu’on pleure sur le patriotisme économique mis en place par les autres [les États-Unis, ndlr] ou est-ce que nous aussi on décide d’en faire un peu ?" Elle souligne aussi que Sanofi "n’est plus une entreprise française". De fait, les actionnaires du groupe sont, à plus de 60 %, des investisseurs étrangers.

La polémique a également débordé du monde politique, l’ONG militante Oxfam s’insurgeant contre des informations "tout simplement scandaleuses" et critiquant "les motivations financières et la recherche de profits par les géants de l’industrie pharmaceutique".

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Face à ces réactions indignées, le gouvernement français a rapidement adopté un ton ferme, Mme Pannier-Runacher assurant avoir immédiatement contacté Sanofi et obtenu de lui l’assurance qu’un vaccin serait accessible à tous.

Des centaines de millions d’euros promis par les États-Unis

C’est également le message que répète le groupe depuis mercredi soir, assurant qu’il n’y a aucune inquiétude à avoir quant au fait que certains pays seraient privés d’un tel traitement.

De fait, le monde "ne sera pas démuni" si un laboratoire comme Sanofi trouve un vaccin, a approuvé le virologue Bruno Lina, membre du conseil scientifique français, tout en regrettant de devoir systématiquement accéder à une "préférence nationale" aux États-Unis.

De fait, Sanofi n’exclut pas l’éventualité de distribuer d’abord un vaccin aux États-Unis et, seulement ensuite, dans les autres pays dont l’Europe.

Théoriquement, "l’objectif, c’est que le vaccin soit disponible à la fois aux USA en France et en Europe de la même manière", a promis jeudi le patron du groupe pour la France, Olivier Bogillot, dans un entretien à BFM TV.

Mais, dans les faits, cela sera possible "si les Européens travaillent aussi rapidement que les Américains", a-t-il précisé.

Le responsable de Sanofi a ainsi renvoyé les autorités européennes à leurs responsabilités, soulignant que les États-Unis avaient déjà promis plusieurs centaines de millions d’euros, en plus de faciliter les démarches réglementaires pour permettre les recherches.

"Pourparlers" avec l’Europe

"Les Américains sont efficaces en cette période. Il faut que l’Union européenne soit aussi efficace en nous aidant à mettre à disposition très vite ce vaccin", a-t-il insisté, rapportant en être au stade de "pourparlers" avec les autorités européennes ainsi que des pays comme la France et l’Allemagne.

Quant aux recherches elles-mêmes, où en sont-elles ? Le responsable de Sanofi a confirmé qu’il tablait toujours sur un vaccin prêt d’ici à 18 à 24 mois, soulignant à quel point un tel calendrier était rapide par rapport à la normale.

En temps normal, "développer un vaccin, ça prend dix ans", a conclu Olivier Bogillot, ajoutant : "On essaie d’accélérer toutes les phases."

Konbini news avec AFP

Par Astrid Van Laer, publié le 14/05/2020