(c) Clothilde Bru, Konbini news

Paris : une immense fresque à la gloire du boxeur Christophe Dettinger et des gilets jaunes

L’ancien double champion de boxe de France, accusé d’avoir frappé plusieurs gendarmes, est devenu l’une des figures de proue du mouvement de contestation.

(© Clothilde Bru/Konbini news)

À Paris, une fresque longue de plusieurs mètres sur le thème des gilets jaunes a été peinte sur un mur de la rue d’Aubervilliers, à la frontière entre le XVIIIe et le XIXe arrondissements.

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Ce mercredi 23 janvier, à 11 heures du matin, les passants s’arrêtaient pour admirer l’œuvre réalisée dimanche dernier. Les automobilistes freinaient et prenaient des photos. D’abord parce que le tag représente des gilets jaunes et dénonce les violences policières, mais aussi parce qu’il a pour sujet Christophe Dettinger.

Cet ancien boxeur professionnel de 37 ans est accusé d’avoir cogné des gendarmes le 5 janvier dernier, lors de l’acte VIII de la mobilisation des gilets jaunes, à Paris. Depuis, l’ancien double champion de France est devenu une figure emblématique des violences devenues habituelles en marge des rassemblements des gilets jaunes. Héros pour certains, voyou pour d’autres, il est toujours incarcéré dans l’attente de son procès.

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Selon Le Parisien, la fresque a été réalisée par une trentaine d’artistes faisant partie d’un mouvement "artistique et révolutionnaire" baptisé "Black Lines".

Sur leur dessin, Christophe Dettinger est présenté comme un héros, qui se dresse face à un État coupable de laisser les forces de l’ordre s’en prendre aux manifestants.

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On peut également voir des références aux soulèvements de 2014 et 2015 en Ukraine, considérés par certains gilets jaunes comme une référence depuis la mise en ligne du documentaire Winter on Fire : Ukraine’s Fight for Freedom sur Netflix.

"Incitation à la violence"

Pour Philippe, 64ans, un retraité et amateur de street art qui vient régulièrement photographier ce mur dédié aux graffitis, il faut en profiter parce que l’œuvre ne va pas tarder à disparaître. "Les tags comme ça, très politiques, ne restent jamais très longtemps", souligne-t-il. Et qu’est-ce qu’il en pense ? "Au début, je n’ai pas compris, je pensais que c’était Stallone. Moi, je trouve que ce monsieur a déconné. Après, ce tag, c’est une idée."

"Incitation à la violence !", balance un passant à l’intention du sexagénaire occupé à shooter la fresque sous tous les angles. À l’image de la figure de Christophe Dettinger, l’œuvre d’art divise.

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(© Clothilde Bru/Konbini news)

Dans le bar-tabac situé de l’autre côté de la rue, la fresque ne dérange pas plus que ça. "La violence est des deux côtés. Avant qu’il ne tape sur les flics, il a protégé une femme", rappelle Mohammed, un agent de service qui travaille dans le quartier. "Il en faudrait plus des comme lui, argue Jean-Claude, chauffeur livreur. La police n’a pas tous les droits."

Quoi qu’il en soit, polémique ou pas, la fresque n’a pas vocation à rester très longtemps. Les dessins changent très souvent sur ce mur réservé à l’expression artistique. Interrogé par Le Parisien, le maire du XVIIIe arrondissement, Éric Lejoindre, a déclaré de son côté :

"Je suis contre la mise en avant de la violence. Mais je n’ai pas encore vu cette fresque. Le street art a vocation à se saisir de l’actualité. On n’est pas sur une phrase antisémite ou insultante. Reste à voir si on est dans l’art ou non. Je vais me rendre sur place pour regarder cette œuvre dans son ensemble. Mais cela s’est fait sans nous consulter, car on n’aurait pas souhaité afficher Christophe Dettinger ainsi."

En attendant, il est toujours possible de l’admirer rue d’Aubervilliers.

Par Clothilde Bru, publié le 23/01/2019

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