© Christian Sterk / Unsplash

Témoignage : je suis transgenre, pas une bête de cirque

"En rentrant au CP, mon père a brûlé toutes mes poupées et mes déguisements devant moi, en pensant que ça me rendrait plus dure."

Aujourd’hui, on va parler de mon parcours transgenre. Mon enfer a commencé en maternelle. J’avais trois ans et demi. Je me considérais déjà comme une petite fille. Je mettais les vêtements de ma mère, je jouais à la poupée. Quand je mettais ses vêtements, je me sentais tellement bien et à l’aise, rien à voir avec ceux des garçons. Je mettais des foulards sur la tête pour faire des cheveux. Pour moi, c’était ça que je devais mettre, je me sentais moi.

Ma mère me grondait, pas beaucoup. Elle me faisait comprendre que ce n’était pas "normal". Elle pensait que ça me passerait, donc elle me laissait. Après, ma mère ne me voyait pas souvent. Elle n’était pas contre car elle ne vivait pas ma différence au quotidien. Je vivais chez mon père et un week-end sur deux chez elle.

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En rentrant au CP, mon père a brûlé toutes mes poupées et mes déguisements devant moi, en pensant que ça me rendrait plus dure. Je n’avais plus le droit à rien de "fille", et quand je "faisais encore la fille", je me prenais une gifle et j’étais punie.

S’il me voyait, il me frappait : il voulait que j’arrête tous ces délires et que je devienne un vrai garçon. Mon demi-frère n’avait plus le droit de jouer avec moi car ma belle-mère ne voulait pas qu’il devienne comme moi. Ça a duré comme ça un an. J’avais 6, 7 ans. Chez ma mère, j’avais toujours le droit aux poupées, mais pas le droit de me déguiser, c’était la condition.

J’ai fini par mentir à tout le monde… et à moi-même

Alors j’ai créé une autre personnalité, de garçon, qui n’était pas moi. Je ne suivais plus les cours, j’insultais les profs, je me battais à la récré. Je me faisais quand même engueuler, mais beaucoup moins ! Mon père me préférait comme ça, et mon demi-frère pouvait jouer avec moi de nouveau.

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À l’adolescence, je me suis créé une carapace et un look sombre gothique. C’était plus facile à assumer et moins compliqué chez moi, car j’ai une tante qui a ce look-là, donc ça passait avec mon père. J’ai été comme ça durant trois ans. Je mentais autour de moi, à mes proches – mes parents, mon demi-frère, mes grands-parents, mes oncles, tantes et amis proches – qui pensaient que mon "idée" d’être une fille dans un corps d’homme m’était sortie de la tête.

Je mentais à mes amis aussi car j’ai intégré un groupe de mon collège qui avait le look punk : ils pensaient que j’étais comme eux, alors que pas du tout. Je me mentais aussi à moi-même car je me cachais derrière une apparence qui ne me plaisait pas du tout. Je me faisais quand même insulter au collège, donc ça ne servait pas à grand-chose mais chez moi, ça passait mieux. C’est ce qui comptait.

Ma dernière année de collège, le naturel est ressorti grâce à une personne comme moi que j’ai rencontrée sur Internet et qui assumait pleinement sa "transgenrité". On parlait du futur, de comment je me voyais plus tard et ça m’a bien fait comprendre que je voulais devenir une femme et rien d’autre.

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Marre que l’on me regarde comme une bête de cirque !

Je me suis féminisée : je portais des vêtements féminins, des couleurs flashy, je portais des extensions capillaires, je me maquillais, je marchais différemment. Ma mère et mes grands-parents ont fini par accepter mais disaient que je gâchais ma vie. Mon père, lui, ne comprenait pas et ma féminité l’insupportait. Notre relation était tendue tout le temps. Je me cachais du mieux que je pouvais, en me maquillant dehors, en me changeant dehors aussi, mais bon j’étais cramée la plupart du temps. Tout le temps, c’était des réflexions, des remarques…

Au collège, ils n’ont pas trop compris : mes amis m’ont tourné le dos donc j’ai passé ma dernière année seule. Et les autres m’ont beaucoup critiquée, rabaissée, insultée. On me bousculait dans les couloirs, on me crachait dessus en sport, dans les vestiaires on cachait mes affaires… Plein de petites choses comme ça. Pas vraiment de violences physiques, à part une fois où on m’a fait un croche-patte dans les escaliers, mais je n’ai pas eu de blessures graves. Au lycée, je me suis fait quelques amies avec qui je m’entendais super bien, on me laissait tranquille, les gens étaient plus matures.

Mais plus le temps passait, plus je voulais avoir une vie comme les autres, pas compliquée. J’en avais marre que l’on me regarde comme une bête de cirque, des insultes dehors, qu’on me prenne en photo, des réflexions de mon père, et de ma mère parfois. Pour moi, j’étais une erreur qui ne devait pas exister : je me taillais les veines, jamais souriante, tout le temps agressive dans ma manière de parler, je me dégoûtais moi-même. Tout ce qu’on a pu me dire, tels que : "sale pédé", "va en enfer", "crève", et tant d’autres insultes qui sont restées en mémoire, bah ça a créé un dégoût de moi-même.

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Je sais ce que je veux : devenir la femme que j’ai toujours été

Depuis l’an dernier, où j’ai intégré un centre de formation, je me sens mieux. J’ai fait beaucoup de belles rencontres, quelques mauvaises, mais vraiment très peu. Je ne me suis jamais sentie rejetée et je me suis assumée trois fois plus. J’ai une formatrice qui m’aide beaucoup, que je n’oublierai jamais. C’est comme une mère de formation. C’est la première personne à qui j’ai parlé du changement de sexe.

Maintenant, tout le monde est au courant. Hormis mes parents, le reste de ma famille s’en doutait. Je n’ai pas eu vraiment besoin de leur dire. Quand j’en ai parlé, ça me faisait peur, mais maintenant je suis bien contente, ça me fait un poids en moins ! Certains l’acceptent, d’autres non, mes parents… jamais, je pense.

Ma mère pense qu’avec cette opération, c’est comme si son fils mourait, ce qui n’est pas totalement faux. Surtout qu’elle n’a que moi. Puis elle a peur pour moi, car les gens comme moi sont en danger tous les jours et ça l’effraie : pour moi et pour mon avenir. Mon père, il m’a clairement fait comprendre qu’il me préférerait morte. Je vis actuellement chez lui et la vie est tellement compliquée…

Quoi que je fasse, il m’embrouille. Que je sois maquillée, que je mette du parfum de femme ou même ma perruque, ça part vite au clash. Et si je continue dans mon projet de changement, il ne voudra plus me voir et je ne pourrai pas rester chez lui. Mes grands-parents, ils aimeraient que je sois  "normale". Pour eux, je suis malade et je devrais me faire soigner.

Mais rien ne me fera changer d’avis maintenant. Je sais ce que je veux : devenir la femme que j’ai toujours été au fond, et rien ni personne ne m’en empêchera. J’ai d’ailleurs eu un rendez-vous en mai avec un docteur spécialisé dans le changement de sexe du réseau TransParis.

Voilà, je pense avoir fait le tour. Assumez-vous tel que vous êtes sans vous préoccuper des autres !

Anaëlle, 20 ans, salariée, Île-de-France

Ce témoignage provient des ateliers d’écriture menés par la ZEP (la Zone d’Expression Prioritaire), un média d’accompagnement à l’expression des jeunes de 15 à 25 ans, qui témoignent de leur quotidien comme de toute l’actualité qui les concerne.

Par La Zep, publié le 28/06/2019

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