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Témoignage : en transition, pour les autres, je ne "passe" pas pour un mec

Publié le

par La Zep

Image d’illustration. © Vika Aleksandrova / Unsplash

Se faire mégenrer dans les magasins, être agressé en allant prendre son train… être perçu comme femme est pour Kyle un danger.

Le passing, c’est être reconnu au premier coup d’œil dans le genre auquel on s’identifie. Le passing, je l’aurai quand on arrêtera de me dire : "Désolé, mais ici ce sont les toilettes des hommes."

Assigné femme à la naissance, vingt ans plus tard, avec mes joues bien rondes, mon mètre 50, mes hanches apparentes, mes bras fins et – malgré les injections de testostérone – ma voix encore assez douce et claire, je le suis toujours au regard des autres. Le passing, j’en ai besoin pour me sentir mieux dans mon corps et dans ma tête. Et pour pouvoir dire haut et fort qui je suis, en ayant moins peur, et pour que le miroir ne soit plus mon pire ennemi.

J’ai commencé les hormones à 19 ans, mais des épreuves plus complexes encore m’attendent, notamment la mammectomie, l’ablation de la poitrine. Je fais de mon mieux en portant des jeans regular et des sweats amples. Je me suis coupé les cheveux courts, je laisse pousser mes trois poils de barbe pour pouvoir dire "si, regarde, ça pousse !", j’essaie de rendre ma voix encore plus grave qu’elle ne l’est, d’avoir des poses ou une démarche masculine pour m’aider.

Ça finit toujours en "mademoiselle"

Pour l’instant, quand les gens ne savent pas quoi dire, au lieu de demander, ça finit en "mademoiselle" ou en "elle". Un jour, j’accompagnais ma chérie dans un magasin de lingerie et la vendeuse s’est tournée vers nous en commençant les salutations et s’est arrêtée net, figée comme une statue devant nous pendant un dixième de seconde, sondant mon être de haut en bas. Je suppose que ma voix claire lui disant "bonjour" a fini par lui faire conclure que j’étais une femme.

Je ne cherche pas à être à 100 % comme un homme cisgenre. Être un homme transgenre, c’est avoir connu les règles, pour certains l’avortement ou la grossesse, les agressions, les attouchements, le viol. Jamais je n’oublierai mon vécu, c’est ce qui fait l’homme transgenre pour moi ; un homme qui sait et comprend les galères de la misogynie, qui l’a vécue et qui jamais ne fera de même.

Parfois, répondre c’est mettre ma vie en jeu

Quand on me mégenre, je souris timidement en disant : "Par contre, c’est il." Parfois, cela peut mettre ma vie en jeu de prononcer ces quelques mots. À la gare de Rennes, j’ai repris deux hommes qui me demandaient une cigarette et parlaient de moi au féminin. Ça les a fait rire. Voyant que j’étais sérieux, l’un d’eux s’est mis à genoux pour voir "le paquet" pendant que l’autre s’est collé à moi, à mon oreille, pour me dire qu’ils allaient me suivre, me baiser comme la catin que je suis et m’égorger comme un porc.

Je ne suis même pas considéré comme une vraie personne transgenre par certaines personnes de la communauté parce que je ne fais pas assez "mec". Un côté extrémiste de la communauté voudrait que les hommes transgenres soient comme le "mâle alpha" stéréotypé : grand, fort, musclé, qui braille sur les femmes dans la rue.

Il y a six mois, j’ai posté sur les réseaux sociaux une photo de moi en débardeur et en jean. Beaucoup de membres de cette communauté sont venus me parler en message privé ou commenter sous la photo pour me dire que je ne pouvais pas me revendiquer homme trans si j’avais toujours mes seins. Mais parmi cette vague de haine où je me sentais seul, j’ai pu apercevoir quelques commentaires me soutenant ou me disant que j’étais courageux.

Kyle, 20 ans, en formation, Brest

Ce témoignage provient des ateliers d’écriture menés par la ZEP (la zone d’expression prioritaire), un média d’accompagnement à l’expression des jeunes de 15 à 25 ans, qui témoignent de leur quotidien comme de toute l’actualité qui les concerne.

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