Le Japon appelé à cesser les stérilisations forcées des personnes transgenres

"La loi est basée sur un postulat dépassé, selon lequel la transsexualité est une maladie", rappelle l'ONG Human Rights Watch.

Pour que leur changement de sexe soit officiellement reconnu, les Japonaises et Japonais transgenres sont actuellement obligés de se faire stériliser. C’est pour lutter contre cette loi que Human Rights Watch publie ce mardi 19 janvier un rapport intitulé "Un obstacle majeur : la loi abusive permettant la reconnaissance des personnes transgenres au Japon".

L’association de protection des droits de l’homme enjoint le gouvernement japonais à en finir avec cette pratique abusive, entrée en vigueur en 2004.

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"Exiger une intervention comme condition légale à la reconnaissance de la nouvelle identité des transgenres viole les engagements du Japon en matière de droits de l’homme et va à l’encontre des normes médicales internationales", précise-t-elle dans un communiqué de presse.

Le rapport de 84 pages a été élaboré grâce aux témoignages de 48 personnes transgenres, présentés à côté d’avis émis par des avocats, des professionnels de la santé et des universitaires.

"La loi est basée sur un postulat dépassé, selon lequel la transsexualité est une maladie, qui doit être révisé au plus vite", précise Kanae Doi, l’un des responsables japonais de Human Rights Watch.

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"L’opération de stérilisation est tellement risquée que je ne sais pas encore"

Plusieurs prérequis sont nécessaires à tout changement de sexe au Japon. D’une part, il faut prouver que l’on est célibataire et que l’on n’a pas d’enfant de moins de 20 ans. D’autre part, il faut se soumettre à un examen psychiatrique au terme duquel le patient est diagnostiqué victime d’un "trouble lié à l’identité sexuelle".

Refuser de se faire stériliser revient à conserver des papiers de l’autre sexe – une contrainte qui a des conséquences nombreuses sur la vie quotidienne, comme l’embauche.

"Je veux changer de sexe sur mon état civil, mais l’opération de stérilisation est tellement risquée que je ne sais pas encore", témoigne une femme japonaise transgenre de 27 ans dans les pages du rapport de l’ONG.

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L’ONU s’en était déjà ému en 2013, considérant qu’exiger une stérilisation forcée comme prérequis à un changement de statut légal constituait une violation des droits de l’homme.

Dans une décision de justice rendue en janvier dernier, deux juges de la Cour suprême du Japon ont semblé vouloir infléchir la loi. Ils examinaient le cas d’un homme transgenre de 43 ans qui refusait d’être stérilisé. Dans leurs conclusions, ils reconnaissaient l’importance de la reconnaissance légale d’un tel changement pour la santé des personnes transgenres. Serait-ce le signe que le Japon est peut-être prêt pour le changement ?

Par Clothilde Bru, publié le 20/03/2019

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