(c) Lora DiCarlo

Sexisme : le CES retire le prix de l’innovation à un sextoy jugé "immoral et obscène"

Sa créatrice dénonce une manœuvre sexiste.

(© Lora DiCarlo)

Lora Haddock a dû ressentir à peu près la même chose que le réalisateur de La La Land lorsqu’il a cru remporter l’Oscar du meilleur film en 2017.

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À la différence près qu’elle a vraiment remporté le prix de l’innovation du CES – célèbre salon de l’électronique américain – pour son sextoy "Osé", avant que cette récompense ne lui soit retirée.

Son entreprise de "sex tech" Lora DiCarlo est spécialisée dans le "blended orgasm" qui ne comporte pas vraiment de traduction en français mais qui désigne une sorte d’orgasme multiple.

Son dernier sextoy "Osé" imite la sensation d’une bouche, d’une langue et de doigts. Il est également capable de s’adapter aux différentes physiologies et particularités de chaque corps humain, ce qui permet d’avoir les mains totalement libres, précise Lora Haddock dans un communiqué publié sur le site internet de la marque.

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Deux poids, deux mesures

C’est pour ces performances que le jouet pour adultes a été choisi, avant que le CES ne se ravise au motif que le salon refuse de soutenir les projets "immoraux, obscènes, indécents, profanes." Une décision invraisemblable pour Lora Haddock, dans la mesure où de nombreuses créations tombant dans cette catégorie ont déjà été présentées au salon :

"Il est important de souligner qu’une poupée sexuelle pour homme a été montrée au CES en 2018, et que des entreprises spécialisées dans le porno en réalité virtuelle exposent tous les ans, permettant à des hommes de regarder du porno en public au milieu de tout le monde."

Elle raconte ensuite avoir reçu un second courrier signé du président du CES, expliquant qu’Osé ne rentrait finalement pas dans la catégorie robotique et drone et qu’à ce titre il ne pourrait même pas être présenté au salon.

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La jeune femme dénonce une manœuvre sexiste. Selon elle, une femme sur cent remporte généralement le prix de l’innovation. "C’est évident qu’il y a deux poids deux mesures, en matière de sexualité et de bien-être sexuel", déplore-t-elle. Et de conclure :

"Les hommes ont le droit d’avoir une sexualité explicite avec des robots sexuels qui prennent la forme de femmes aux courbes disproportionnées voire irréalistes […]. La sexualité féminine en revanche est hautement muselée quand elle n’est pas purement et simplement prohibée."

De quoi réfléchir en ce début d’année 2019.

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Par Clothilde Bru, publié le 11/01/2019

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