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#DoublePeine : le silence du gouvernement malgré les nombreux témoignages de femmes

Publié le

par Clothilde Bru

© Capture doublepeine.fr

Ce hashtag désigne la double peine subie par les victimes de violences sexuelles lors de leur dépôt de plainte.

Hier, dimanche 10 octobre, des dizaines de personnes se sont rassemblées devant le commissariat de Montpellier. À l’appel de plusieurs associations, une manifestation a eu lieu pour dénoncer la mauvaise prise en charge des victimes de violences sexuelles par les forces de l’ordre lors de leur dépôt de plainte.

Le scandale concernant ce commissariat a éclaté il y a environ trois semaines, grâce à la militante féministe Anna Toumazoff qui a relayé sur les réseaux sociaux un témoignage glaçant.

Sauf que des histoires comme celle de cette jeune femme qui a souhaité rester anonyme, il y en a pléthore. Anna Toumazoff s’en est rendu compte dans ses DM dans les jours qui ont suivi. 

Dans la foulée, la journaliste Constance Vilanova, également victime de violences sexuelles et d’un accueil déplorable dans un commissariat parisien, a participé au lancement du hashtag #DoublePeine pour mieux nommer et visibiliser ce mal.

Depuis, Twitter bruisse de récits de femmes qui prennent la parole pour raconter leur vécu. Nous avons eu la chance de récolter le témoignage de trois d’entre elles. Du refus de prendre leurs plaintes jusqu’aux remarques déplacées en passant par les moqueries, tous leurs récits attestent d’un sérieux problème de prise en charge en matière de violences sexistes et sexuelles en France. 

Parallèlement la réponse des pouvoirs publics laisse à désirer. C’est le moins qu’on puisse dire. D’abord, Anna Toumazoff a reçu des menaces de la préfecture de l’Hérault.

Puis, ce sont les syndicats policiers qui sont montés au créneau.

L’insupportable déni

Il y a aussi eu la sortie de la directrice départementale de la police nationale (DDSP) de Meurthe-et-Moselle, Laetitia Philippon :

"Concernant les femmes victimes de GHB , je vais peut-être être un peu dure, mais je n’ai jamais vu une femme 'victime' de GHB dans ma carrière qui buvait de la Badoit ou du Coca. C’est-à-dire que c’est toujours une question d’alcool à la base"

Enfin, interrogé par France 3 Occitanie, Bruno Bartocetti, secrétaire national délégué de la zone Sud de l’unité SGP police FO, a déclaré hier : "Rien ne les empêchait de se diriger vers un autre commissariat, vers un service de gendarmerie, de s’adresser directement à l’IGPN ou directement au procureur."

Décevant ? C’est le moins qu’on puisse dire, quand on se souvient que la lutte contre les violences faites aux femmes a été érigée en "Grande cause nationale" du quinquennat d’Emmanuel Macron qui touche à sa fin.

Contactée par Konbini News, Anna Toumazoff confirme qu’elle n’a, à ce jour, toujours rien reçu de la part dudit gouvernement malgré une large couverture médiatique de l’affaire. Parallèlement, elle continue à recevoir chaque jour des témoignages en messages privés.

Contacté par Konbini news, le ministère chargé de l’égalité entre les hommes et les femmes n’a pas donné suite à notre demande d’interview à l’heure où nous écrivons ces lignes.

De même, Constance Vilanova qui a apostrophé la ministre sur Twitter, nous confirme que son adresse est restée sans réponse.

Seule petite éclaircie dans ce marasme : la tribune publiée ce dimanche 10 octobre par le Journal du Dimanche cosignée par 100 avocats pour dénoncer les failles lors du dépôt de plainte en matière de violences sexuelles.

"La somme des témoignages apparus ces dernières semaines doit faire naître une prise de conscience nationale immédiate. Nous attendons des pouvoirs publics que les textes soient clarifiés et mis en œuvre de manière à garantir la prise en charge effective des victimes", conclut le texte.

Trois semaines après le début de l’affaire, on attend toujours. Pour continuer à témoigner, n’hésitez pas à vous rendre sur le site doublepeine.fr