Agnes Thill candidate in the Oise 2 constituency for the party La Republique en Marche (LMA) poses at the entrance of the Quai Branly museum during an information day for La Republique En Marche party candidates for the upcoming legislative elections on May 13, 2017 in Paris. – The two-round parliamentary elections will take place in France on June 11 and June 18, 2017. (Photo by CHARLY TRIBALLEAU / AFP)

La députée Agnès Thill compare la souffrance des femmes voulant une PMA à celles des "droguées"

La députée de l’Oise avait déjà indigné en associant la PMA à "l’éclosion d’écoles coraniques". Elle persiste et signe.

© Charly Triballeau / AFP

Après les tweets compulsifs de Joachim Son-Forget, c’est au tour des sorties de la députée Agnès Thill d’embarrasser la République en marche. Non contente d’avoir évoqué un lien de cause à effet entre la procréation médicalement assistée (PMA) et "l’éclosion d’écoles coraniques", l’élue LREM de l’Oise, qui s’était déjà illustrée en novembre en pointant du doigt "le puissant lobby LGBT à l’Assemblée", a comparé les mères candidates à la PMA à des "droguées".

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Pour rappel, le 17 janvier, l’élue réagissait à l’apparition du statut de "parent d’intention" pour les couples homosexuels ayant recours à la PMA. Il s’agit d’une proposition figurant dans le rapport d’information rendu par la mission parlementaire sur la révision de la loi relative à la bioéthique. Selon Agnès Thill, cela favoriserait "l’éclosion d’écoles coraniques" :

"Le parent d’intention permet la multiplication des parents, le mot parent n’a alors plus aucun sens. Il en découle politiquement que cette absence de sens de genre dans le mot 'parent' favorise l’éclosion d’écoles coraniques et le départ de nos élèves vers celles-ci."

Elle avait justifié ainsi son propos :

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"Nos amis musulmans, que nous savons opposés à cet éloignement progressif des concepts de père-mère, homme-femme […] ne vont point dans la rue, ni dans les urnes, pour exprimer leur conception.

Mais ils vivent en créant un monde parallèle dans la République, où les choses sont comme ils veulent […] Il n’y a pas, chez nos amis musulmans, de parent 1 et de parent 2."

"STOP"

Les réactions politiques avaient rapidement fusé. Ses propos avaient entraîné la rédaction d’un courrier cosigné par trente députés LREM, adressé au président Gilles Le Gendre : "Nous te demandons solennellement, quelle réponse de fermeté vas-tu apporter à la suite du comportement inadmissible d’Agnès Thill ?"

Le député LREM du Val d'Oise Aurélien Taché avait immédiatement réagi, demandant l’exclusion d’Agnès Thill du groupe : "STOP. Homophobie, islamophobie, essentialisme insupportable… Agnès Thill doit, sans plus attendre, être exclue du groupe LREM."

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Gilles Le Gendre, président du groupe LREM à l’Assemblée, s’est montré plus nuancé. Il a assuré qu’elle "avait toujours sa place dans le groupe". Interviewé sur France Inter lundi, il a déclaré :

"Nous sommes constitués, traversés de très grandes diversités et sensibilités. Toute ma fonction, dont je suis le garant, est de rapprocher les positions politiques des députés LREM pour créer notre identité politique. Jamais je ne refuserai le débat interne : il donne corps au 'en même temps'."

"Si un drogué souffre, on lui donne de la drogue ?"

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Mais la polémique ne s’est pas arrêtée là. Interrogée dans Oise Hebdo, l’élue est revenue sur ses propos, indiquant avoir "compris" pourquoi ses dires avaient provoqué une polémique, qu’elle qualifie d'"insidieuse". Toutefois, elle ne retire rien : "Quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage", déclare-t-elle.

Et d’ajouter : "Je suis instit' et directrice d’école. Donc moi je protège les enfants. On entend le désir des mères, des femmes qui veulent un enfant, on entend leur souffrance. Mais est-ce qu’on entend la souffrance des enfants privés de père ?"

Après s’être dite favorable à l’adoption pour les couples homosexuels, elle a réitéré son opposition à la PMA, avant de demander à ceux qui la qualifient d’homophobe, raciste ou d’islamophobe, de le "prouver". C’est vers la fin de l’interview qu’intervient la douteuse comparaison entre les femmes désirant un enfant et les personnes droguées. À ce sujet, Agnès Thill a donc lancé :

"Quel argument on me met là ? 'Elles en ont envie'. Est-ce que la médecine a vocation à une envie ? Un enfant n’est pas un médicament, c’est un être humain. Elles souffrent, j’entends bien qu’elles souffrent.

Mais alors, qu’est-ce qu’on fait ? Si un drogué souffre, on lui donne de la drogue ? Vous voyez ? Est-ce que je lui donne un médicament ? Est-ce qu’on lui donne un enfant parce qu’elle souffre ?"

Pour Griveaux, "ça suffit"

Le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux a qualifié ses paroles "d’insupportables et méprisantes" : "ces mots blessent des familles et viennent nourrir tous les préjugés ignobles que je continuerai à combattre inlassablement", a-t-il ajouté avant de conclure : "ça suffit".

Loin de rétropédaler, Agnès Thill a rédigé un courrier adressé à Gilles Le Gendre ce mardi. Pour elle, "la limite du supportable est atteinte". Aurélien Taché ? "Un ennemi du débat", la députée ajoute :

"La limite du supportable est atteinte quand, toute honte bue, il n’hésite pas à me taxer de 'délire islamophobe, homophobe et paranoïaque', autant de propos qui, contraires à tout ce que je crois et défends, devraient valoir à leur auteur la sanction qu’il réclame à mon encontre."

Le groupe LREM, réuni ce mardi, doit débattre du cas d’Agnès Thill. À suivre donc.

Par Astrid Van Laer, publié le 22/01/2019

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