This handout picture released by France television shows French singer Bilal Hassani waving a French flag on January 26, 2019 in Paris during Destination Eurovision France television’s broadcast. – Hassani will represent France during the 2019 Eurovision contest in May. (Photo by Gilles SCARELLA / FRANCE TELEVISIONS / AFP) / RESTRICTED TO EDITORIAL USE – MANDATORY CREDIT « AFP PHOTO / GILLES SCARELLA/FRANCE TELEVISION » – NO MARKETING NO ADVERTISING CAMPAIGNS – DISTRIBUTED AS A SERVICE TO CLIENTS

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Déferlante d’insultes envers Bilal Hassani : Urgence Homophobie va déposer plainte systématiquement

"Ce matin, Bilal disait qu’il recevait en gros dix messages insultants par minute donc un toutes les six secondes."

Bilal Hassani © AFP PHOTO / GILLES SCARELLA/FRANCE TELEVISION

Twitter, Facebook, YouTube… il n’y a pas d’exception : toutes les plateformes sont bonnes pour insulter Bilal Hassani, le jeune homme qui a été choisi pour représenter la France au concours de l’Eurovision. Konbini a reçu le youtubeur à deux reprises pour les formats Interneteur et Pure Players et les haters ont donné du fil à retordre à notre Community Manager. Entre les appels au viol, au meurtre, les insultes homophobes et les commentaires racistes : on peut véritablement parler de cyberharcèlement.

"Tu gagneras pas grosse salope va, tu te caches derrière des associations gros pédé", "Ce sombre enculé qui finit premier juste parce que c un reubeu pédé et soumis" ou encore "j’aimerais bien te défoncer le cul…. peut-être chanterais-tu mieux….! Allez viens, je vais t’enlever le sourire de merde de ta face de PD", pour n’en citer que trois, sont des exemples de messages que reçoit Bilal Hassani, ou, pour un certain internaute "un fils de Satan qui a attrapé le Sida 29 fois et demi dans sa vie".

En septembre dernier, Bilal confiait déjà à Konbini : "C’est triste à dire mais je reçois des menaces, on me dit qu’on sait où j’habite. Je dois donc faire attention à ce qu’on ne me reconnaisse pas quand je sors." Mais avec la participation du jeune homme à l’Eurovision, les attaques n’ont fait que se multiplier.

L’association Urgence Homophobie a donc annoncé son intention de porter plainte systématiquement pour dénoncer les personnes à l’origine de messages de haine. Joint par téléphone, Guillaume Mélanie, son président, nous explique la démarche qui a été celle d’Urgence Homophobie, conjointement avec les associations Mousse et Stop Homophobie :

"On a décidé de faire ça avec Stop Homophobie, qui est spécialisée dans l'accompagnement des actions juridiques.
 
Bilal fait partie de la famille Urgence Homophobie, c'est le plus jeune donc c'est un peu le chouchou de la bande. Ça a été comme un réflexe de grand frère ou de grande sœur. Et puis, il fallait le faire."

"Un message insultant toutes les six secondes"

Et ce ne sera pas une mince affaire. Il y a cinq jours, l'association avait déjà décompté 1 500 tweets haineux et répréhensibles par la loi adressés au chanteur français. "Ce matin, Bilal disait qu'il recevait en gros dix messages insultants par minute donc un toutes les six secondes", rapporte Guillaume Mélanie. "Ça va donc être énormément de travail", explique-t-il, précisant la démarche qui va "prendre un temps de malade" :

"On relève tous les tweets et les publications discriminants, qu'ils soient homophobes ou racistes et on va les soumettre à la justice ; mais il y en a des milliers. Ça prend un temps de malade."

L'idée de ces associations est d'agir de manière groupée, "pour qu'on ne puisse plus les ignorer". Comme l'explique Guillaume Mélanie : "quand on dépose plainte au coup par coup, ça ne marche pas : les plaintes sont toujours classées. Donc l'idée est de réunir les plaintes par paquets de 200, 400. Pour qu'on ne puisse plus les ignorer."

"On n’est plus au Moyen-Âge"

Malheureusement, l’annonce de l’association ne semble pas effrayer les trolls, "ça les échauffe même" : "c’est là qu’on voit à quel point l’impunité est ressentie. Ça les incite à nous insulter, ils s’en amusent". "Ils nous narguent en nous disant 'vous n’allez rien faire', 'ouai, c’est ça on se voit chez le juge enculé'", relate le président de l’association, avant d’ajouter : "bah si en fait, on va faire quelque chose".

Le but est donc de rappeler que l’impunité n’existe pas et que les insultes de ce type sur les réseaux sociaux sont condamnables par la loi et passibles d’une peine de six mois de prison assortie d’une amende de 22 500 euros :

"Merde, ça suffit. Il faut qu’on se rappelle que Twitter, c’est comme la place publique. Si on était place de la Concorde, on ne laisserait pas mille personnes insulter un gamin de 19 ans devant tout le monde. On les arrêterait. Ben, là c’est pareil. Il faut les arrêter. Les lois existent, il faut les appliquer."

Et Guillaume Mélanie, qui assure qu’ils ne "laisseront rien passer", de conclure en rappelant que les accusations de "propagande", que Konbini s’est également vu reprocher sous chacune de ses publications concernant Bilal Hassani, sont totalement infondées :

"Stop, maintenant, ça suffit. Ce jeune homme a 19 ans, il est en pleine construction. C’est déjà très courageux ce qu’il fait. Stop, on n’est plus au Moyen Âge, il faut laisser les gens tranquilles maintenant. Il n’impose rien à personne, il n’y a pas de propagande de notre part. Il ne demande à personne de porter une perruque. Si on n’aime pas, on change de chaîne."

Par Astrid Van Laer, publié le 28/01/2019