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Yoga, cannabis et Pédalib' : les listes européennes les plus étonnantes depuis 1994

Aux élections européennes, il y a les listes menées par les ténors classiques de la politique, et il y a les autres.

Pour plus de méditation dans l’Union : le Parti de la loi naturelle

"Nous pouvons faire baisser les maladies de 50 % en 3 ans, c’est notre programme" : d’entrée de jeu, avec un tel discours, cette liste des élections européennes de 1994 ne pouvait que nous plaire. Le projet est simple : un peu de méditation, beaucoup de yoga, et les problèmes du chômage et de la guerre dans le monde seront résolus.

C’est du moins ce que la tête de liste de l’époque, Benoît Frappé, à l’humour tordant, assurait dans un clip sur fond d’arcs-en-ciel :

"La politique menée depuis des années aggrave le chômage, l’insécurité et démoralise les Français. Le programme du Parti de la loi naturelle repose sur la science védique Maharishi. En créant des groupes utilisant la technique du vol yogique, il rétablit la cohérence avec les lois de la nature et fait baisser le chômage et la délinquance."

"Nous faisons baisser immédiatement de 3 0% la criminalité", promettait également ce dernier lors d’un entretien avec un journaliste venu suivre leur entraînement à la campagne. Et de poursuivre :

"Nous restimulons les lois naturelles qui régissent l’économie et renforçons la créativité. Le chômage baissera de la même sorte. Nous pouvons faire baisser les maladies de 50 % en trois ans, c’est notre programme."

À la question du journaliste "En Yougoslavie, il y a la guerre, qu’est-ce que vous pouvez faire ?", Benoît Frappé rétorquait en fixant la caméra : "Au lieu d’apporter des troupes armées qui coûtent cher à la société, il faut apporter un groupe de cohérence et à partir du moment où il y aura un groupe de cohérence en nombre suffisant, la guerre s’arrêtera du jour au lendemain."

Un point de vue qui n’avait pas permis à Benoît Frappé et ses colistiers de dépasser le pourcent au scrutin : ils n’ont recueilli que 0,53 % des suffrages.

Pour des Pédalib’ : l’Europe de Marrakech à Istanbul

En 2014, une liste nommée "L’Europe de Marrakech à Istanbul" était emmenée par l’artiste Gaspard Delanoë et le Parti faire un tour (dont l’acronyme doit se prononcer "pfffft").

Le point majeur du programme de cette liste fantaisiste : "Oui au Maroc, non à la Suisse." Ce programme, bien fourni en fumisteries, proposait également, comme le rapportait à l’époque le Huffington Post, la "création d’îles flottantes en Méditerranée, s’appuyant sur l’existence actuelle de masses rocheuses caractérisées par une forte biodiversité" ou "l’installation de stations Pédalib’ – pédalos Lib’ – dans l’ensemble des villes portuaires de Méditerranée".

Le but ? "Encourager un mode de transport respectueux de l’environnement, non-stressant et incitant au dialogue entre l’humain et la faune aquatique."

Aux élections municipales de la même année, Gaspard Delanoë s’était également fait remarquer pour ses propositions décalées, parmi lesquelles l’interdiction totale du cumul des pandas et l’accès libre toute la nuit aux cimetières de Paris.

Malheureusement, aucune candidature du trublion cette année – et ça nous déçoit beaucoup. Pour comprendre le personnage, on vous conseille cette interview complètement loufoque, qui nous fait grandement penser à l’humour pince-sans-rire de Groland :

"Weed like to talk" avec Cannabis sans frontières

En 2014, une liste réclamant l’arrêt de la prohibition des drogues a émergé sur la scène politique sous le nom de Cannabis sans frontières. Sans discours sur l’Europe, la santé, l’écologie ou encore l’immigration, son seul cheval de bataille, c’était le cannabis. Une drogue que la liste défendait ainsi :

"Nos revendications politiques au niveau national sont axées sur deux thèmes : l’urgence médicale pour des centaines de milliers de personnes qui se soulagent au quotidien avec du cannabis ; et la lutte active contre les discriminations, en particulier à l’égard des usagers de drogues illicites qui subissent le harcèlement policier, engorgent les tribunaux et surchargent les prisons."

À l’époque, Cannabis sans frontières avait pour ambition de réunir un million de signataires européens pour une pétition intitulée… "Weed like to talk". La formation n’avait pas atteint ce but et n’a pas non plus réussi à entrer au Parlement européen (n’ayant recueilli que 0,23 % des votes).

From Versailles to Bruxelles : l’Alliance Royale

L’une des listes les plus étonnantes prône… le retour de la monarchie en France. Et si on ne peut s’empêcher de rire en parcourant son site, on rit plutôt jaune, car elle n’a nullement une visée humoristique.

Il s’agit de la liste "Une France royale au cœur de l’Europe", emmenée par le parti Alliance royale, qui a tenté sa chance à plusieurs reprises déjà, mais sans jamais dépasser les 0,4 % aux élections. Et elle présente à nouveau des candidats cette année.

L’un de ses arguments majeurs est le suivant : "Les rois ont fait la France, elle se défait sans roi." Quant à son programme, il prévoit, pour permettre de "sortir du sortilège républicain", un sacre, le retour à la monarchie constitutionnelle et du drapeau à fleur de lys, l’apposition des armes de France au drapeau tricolore, mais également la création du statut de "mère au foyer".

Oui, oui, selon l’Alliance Royale, "la question est de savoir comment rendre aux femmes un droit fondamental : celui d’élever leurs enfants". Et le parti de développer cette idée :

"Il faut à tout prix éviter de polariser le débat en opposant d’un côté la femme aux casseroles (conception républicaine puisque c’est le Code civil qui a rendu les femmes mineures) et la femme 'égale' de l’homme (l’égalitarisme est une autre invention républicaine)."

Ben voyons.

Un peu de Secret Story au Parlement avec Alliance jaune

Cindy Lopes et Francis Lalanne. (© Getty Images/Éric Feferberg/AFP)

Pour finir, parlons d’Alliance jaune. Celle-ci ne surprend pas tant par son programme que par les personnes qui la composent – ou plutôt par un duo médiatique stupéfiant qui fait couler beaucoup d’encre ces derniers jours.

Alliance jaune est menée par Francis Lalanne. Le chanteur a été rejoint par Cindy Lopes, candidate de la troisième saison de l’émission de téléréalité Secret Story, a-t-on appris hier. Cette dernière a réagi à l’annonce de sa candidature, expliquant au journaliste people Stéphane Larue :

"J’ai choisi la liste de Francis Lalanne parce que c’est la seule liste gilets jaunes qui n’a pas de couleur politique, qui n’est pas un parti déguisé en gilets jaunes comme d’autres listes du même style.

J’ai été gilet jaune quand j’étais en Bourgogne et j’ai manifesté avec quelques manifestants en jaune. Je suis très concernée par ce sujet parce que maintenant j’ai deux enfants et que je ne roule pas sur l’or."

La jeune femme, qui s’était déjà présentée lors des élections municipales de 2014, précise aussi : "J’ai toujours admiré Francis Lalanne parce qu’il a un côté très spirituel […]. J’aime beaucoup les gens qui pensent autrement, qui ont une sensibilité différente."

D’après les sondages, cette liste pourrait recueillir entre 1 et 1,5 % des suffrages.

Par Astrid Van Laer, publié le 14/05/2019

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