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Selon Amnesty International, la France mène une politique "nocive" pour les droits humains

Publié le

par Pauline Ferrari

Recours excessif à la force, liberté d’expression limitée, mesures abusives… L’ONG épingle la France dans son rapport annuel.

La France est engagée dans une voie "nocive" pour les droits humains et détruit à "petit feu" les valeurs de solidarité et d’égalité. C’est le bilan dressé par Agnès Callamard, la nouvelle secrétaire générale d’Amnesty International. Dans son rapport annuel pour l’année 2020/2021, l’ONG a souligné les différentes conséquences économiques, sociales et écologiques de la pandémie de Covid-19.

Du côté de l’Europe et plus particulièrement de la France, Amnesty International a fait part de ses préoccupations en matière de respect des droits civiques et politiques. L’organisation a notamment pointé les conséquences des mesures prises par le gouvernement pour enrayer l’épidémie. On peut notamment lire que "le pouvoir a fait un usage abusif de lois existantes ou nouvellement adoptées pour limiter la liberté d’expression" en France, mais aussi dans des pays comme l’Azerbaïdjan, la Serbie ou le Kazakhstan.

"Cette utilisation de la violence par la police, ça crée de la peur"

Dans sa partie consacrée à la France, Amnesty International dénonce ainsi un recours excessif à la force de la part des autorités françaises : les cas de Cédric Chouviat, décédé après une clé d’étranglement par des policiers, ou des nouvelles stratégies de maintien de l’ordre lors de rassemblements mises en place à l’automne par le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin sont citées par l’organisation. Amnesty rappelle par ailleurs que très peu de forces de l’ordre ont fait l’objet de poursuites judiciaires à la suite d’allégations d’usage excessif de la force.

"Le cadre juridique s’est renforcé, mais contre les droits civiques et politiques : la loi de sécurité globale a renforcé le pouvoir des forces de l’ordre, a imposé une forme de surveillance. C’est une grande cause d’inquiétude tout comme l’est le projet de loi concernant le respect des principes de la République", a ainsi déclaré Agnès Callamard à l’AFP.

Amnesty pointe également des "mesures abusives" prises par l’État, et des entraves à la liberté d’expression : l’organisation s’appuie sur la série de mesures antiterroristes prises suite à l’assassinat du professeur Samuel Paty. Les enquêtes ouvertes pour "apologie du terrorisme" se baseraient sur une infraction assez floue.

"L’espace de débat public, l’espace pour la réalisation des droits civiques et politiques est en train d’être réduit. Pourquoi ? Parce que le droit de manifester a fait l’objet de nombreuses restrictions, parce que la France continue d’utiliser le gaz lacrymogène, les grenades de désencerclement, les LBD 40 de façon abusive et ça, cette utilisation de la violence par la police, ça crée de la peur", a souligné Agnès Callamard à l’AFP. De même, la liberté de se réunir et de manifester a été fortement contrainte dans le cadre de la lutte contre la pandémie.

Amnesty International adresse un carton rouge à la France

Dans son rapport annuel, Amnesty International décrit également les conséquences des différents confinements et des mesures gouvernementales sur les droits des réfugiés : renvois aux frontières, évacuations forcées de campements, absence de soins… "Nous parlons aussi des politiques migratoires, de la criminalisation des actes de solidarité : cette violence, ces arrestations continuent", a insisté la secrétaire générale d’Amnesty. Des mesures qui s’accompagnent d’un manque de protection des défenseurs des droits humains, notamment dans les camps de réfugiés et de migrants de Calais et de Grande-Synthe.

"C’est l’ensemble des valeurs de solidarité, de respect, les valeurs contre le racisme, les valeurs pour l’égalité qui sont attaquées par cet ensemble de mesures prises, on a l’impression, à la va-vite sans une grande réflexion", a ajouté Agnès Callamard dans son interview pour l’AFP.

Les discriminations ne sont pas non plus en reste selon l’ONG, qui dénonce le racisme des forces de l’ordre, les crimes de haine envers des communautés roms, le manque de luttes contre l’urgence climatique ou encore la lenteur d’adoption du texte de la loi bioéthique, qui vise à ouvrir la procréation médicalement assistée à toutes les femmes.

Enfin, Amnesty International pointe aussi le "transfert d’armes irresponsables" de la France, qui aurait continué à vendre des armes à l’Arabie saoudite ou aux Émirats arabes unis "malgré la forte probabilité" qu’elles soient utilisées dans le cadre de la violation de droits humains dans le cadre du conflit au Yémen. "La diplomatie française n’est plus ce qu’elle a été sur de nombreux dossiers liés aux droits, que ce soit par rapport à l’Arabie saoudite, que ce soit par rapport à la Chine", a déclaré Agnès Callamard.

L’organisation adresse ainsi un carton rouge à la France, selon sa secrétaire générale : "Il s’agit de dire 'attention, les derniers développements depuis quelques années et en particulier en 2020 vont dans une direction qui est extrêmement nocive, problématique, et possiblement même dangereuse pour l’ensemble des droits et libertés en France'", a-t-elle précisé à l’AFP. Chaque année, Amnesty International dresse le bilan des droits humains dans plus de 150 pays.

Konbini news avec AFP

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