© Bertrand GUAY / AFP

Retraite : le nouveau système sera "le même pour tous les Français", assure Philippe

"Le temps du régime universel est venu, celui des régimes spéciaux s’achève."

Alors que l’important mouvement de grève dure depuis maintenant sept jours, le Premier ministre a dévoilé sa réforme des retraites lors d’une prise de parole depuis le Conseil économique, social et environnemental (Cese).

"Le temps est venu de construire un système universel de retraite", a-t-il lancé, rappelant qu’Emmanuel Macron l’avait annoncé pendant la campagne présidentielle. "Nous proposons un nouveau pacte entre les générations, un pacte fidèle dans son esprit à celui que le Conseil national de la Résistance a imaginé et mis en œuvre après-guerre", a déclaré le chef du gouvernement en précisant toutefois : "il en refonde profondément les règles pour corriger les injustices".

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Puis d’ajouter :

"La France n’a pas fait le choix […] du 'chacun pour soi' et du 'tant pis pour les autres'. Nous ne voulons pas laisser le soin de nos anciens à l’argent roi. […]

Nous cherchons tous à préserver ce lien indéfectible entre les générations qui constitue l’illustration la plus éloquente de ce qu’est le pacte social."

"Il n’y a pas d’agenda caché"

Ensuite, le Premier ministre a assuré que la réforme n’était pas une "bataille". "Je connais la culture de la lutte et je la respecte", a-t-il poursuivi, ajoutant : "mais je ne veux pas fragmenter, hésitant entre optimisme et déclinisme, […] entrer dans la logique du rapport de force." "Je ne veux pas de cette rhétorique guerrière", a assuré ensuite le chef du gouvernement.

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Puis il a déclaré, évoquant les nombreuses manifestations de ces derniers jours : "j’entends les inquiétudes qui s’expriment depuis plusieurs jours hors de cette enceinte", poursuivant : "il n’y a pas d’agenda caché, […] nous ne voulons léser personne, nous proposons une transformation respectueuse des intérêts de chacun".

Et de poursuivre : "La question n’est pas de savoir si le gouvernement va tenir, si certains syndicats vont gagner. Il n’y aura ni vainqueur ni vaincu". Avant d’évoquer trois principes qui devraient dessiner l’architecture de la réforme du système de retraite, selon lui. 

D’abord, un principe d’universalité pour "une protection sociale plus forte, plus durable", assurant vouloir "redonner confiance" en notre système "qui privilégierait certains". 

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"Universalité, ça veut dire pour tout le monde"

"Il sera donc le même pour tous les Français", "toujours pas répartition", réfutant ainsi toute possibilité pour les régimes spéciaux de subsister. Édouard Philippe a ensuite promis "des lois incontestables sur la valeur des points pour garantir le niveau des retraites". "Nous nous engageons à ce que la valeur du point ne soit pas fixée à la sauvette et ne puisse pas baisser", a-t-il déclaré, promettant "une indexation non pas sur les prix mais sur les salaires qui dans notre pays augmentent plus vite".

"Pas d’exception à l’universalité du régime. Universalité ça veut dire pour tout le monde", a-t-il donc annoncé, évoquant "le député ou le conducteur de train", ou encore "le plombier ou le douanier". "Ce sera notamment le cas pour le personnel politique", a-t-il ajouté. 

Puis il a insisté : "la mise en place d’un régime universel implique la suppression des 42 régimes existants, dont les régimes spéciaux", ajoutant : "nous le ferons progressivement, sans brutalité", "avec calme, détermination, respect pour les organisations syndicales". Et de conclure : "le temps du régime universel est venu, celui des régimes spéciaux s’achève."

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L’âge légal fixé à 62 ans

Ensuite, Édouard Philippe a annoncé la mise en place d’une pension minimale de 1 000 euros net par mois, soit 85 % du Smic, pour une carrière complète au Smic. Une mesure qui figurait dans la loi de 2003 sur la réforme des retraites. Celle-ci précisait :

"La Nation se fixe pour objectif d’assurer en 2008 à un salarié ayant travaillé à temps complet et disposant de la durée d’assurance nécessaire pour bénéficier du taux plein un montant total de pension lors de la liquidation au moins égal à 85 % du salaire minimum de croissance net lorsqu’il a cotisé pendant cette durée sur la base du salaire minimum de croissance."

L’âge légal a été fixé à 62 ans. Il a assuré que les Français forcés à travailler à temps partiel "ne seraient plus pénalisés", "le mécanisme de trimestre" les obligeant selon lui aujourd’hui à "travailler toujours plus longtemps". Le nouveau système permettrait "quand même d’obtenir des points", malgré "une carrière hachée".

Il a assuré que "les femmes seront les grandes gagnantes du système universel". Aujourd’hui, elles sont les perdantes. "Qui peut l’accepter ? Personne", a-t-il déclaré, assurant qu’un rattrapage des salaires pourrait y remédier. "Notamment, en compensant la maternité à 100 %, évidemment". Puis en accordant des points supplémentaires, "dès le premier enfant".

Il a ensuite assuré qu’il "préserverait et améliorerait la pension de réversion", en assurant au conjoint survivant au moins 70 % des ressources du couple (du couple, et non du conjoint). "Notre système a besoin des familles nombreuses", a-t-il également déclaré. Puis il a évoqué les hauts salaires et promis :

"Au-delà de 120 000 euros de revenus annuels, les plus riches paieront une cotisation de solidarité plus élevée qu’aujourd’hui qui financera des mesures de solidarité pour tout le monde."

Concernant les métiers pénibles, le chef du gouvernement a déclaré : "les personnes exerçant des métiers usants pourront partir deux ans plus tôt que les autres. Le compte pénibilité sera ouvert au service public, notamment aux hôpitaux."

Seules les personnes nées après 1975 seront concernées

"Les personnes nées avant 1975", "toutes celles qui se projettent déjà dans leur retraite dans l’ancien système", "comme les retraités actuels", ne seront pas concernées par le nouveau système. "La transition sera très progressive", a-t-il promis. Et de détailler : "la génération 2004 sera la première à intégrer le système universel de retraites". 

Enfin, aux personnes s’occupant des fonctions régaliennes telles que les pompiers, gendarmes, policiers et gardiens de prison : "ils conserveront le bénéfice de dérogation d’âge". "Les gains représentés par les bonifications de durée dans ces régimes seront préservés", a ajouté l’ancien maire du Havre.

Aux personnels de l’Éducation nationale, "il serait inacceptable que les enseignants perdent le moindre euro", "cela ne se produira pas", a-t-il assuré, promettant une revalorisation de leur salaire dès 2021.

Édouard Philippe a conclu sa prise de parole en expliquant notamment que le projet de loi serait prêt à la fin de l’année 2019, qu’il serait présenté en Conseil des ministres le 22 janvier et présenté aux parlementaires fin février, assurant : "au 1er janvier 2022, les nouveaux droits seront mis en place et la réforme des retraites sera alors irréversible".

Nous, on laisse la conclusion à un certain Corentin, pour qui, après visionnage de la prise de parole du Premier ministre "eh bah putain, on n’est pas prêts de prendre le métro" :

Par Astrid Van Laer, publié le 11/12/2019

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