(c) FRANCOIS NASCIMBENI / AFP

Renaud Camus, théoricien du "grand remplacement", présente une liste aux européennes

Proposition 1 : arrêt immédiat de toute immigration.

La théorie du "grand remplacement", c’est lui. Cette idée nauséabonde selon laquelle les populations non-européennes (originaires en premier lieu d’Afrique noire et du Maghreb) se substitueraient aux Français et autres Européens "de souche", par l’immigration et des taux de fécondité plus élevés.

L’écrivain accouche en 2010 de cette théorie, très populaire dans les milieux d’extrême droite. Il arrive même qu’elle soit reprise par certains élus du Rassemblement national.

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Lundi 8 avril, Renaud Camus a annoncé prendre la tête d’une liste pour les élections européennes, lors d’une conférence de presse qui n’a pas vraiment déplacé les foules.

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Et pour cause, l’écrivain n’en est pas à son premier coup médiatique du genre. Il avait déjà annoncé sa candidature aux élections présidentielles en 2007, 2012 et plus récemment en 2017. À chaque fois, il ne parvient pas à réunir le nombre de signatures nécessaires. En 2007 et 2012, il rallie donc la cause de Marine Le Pen, qui de son côté n’aime pas trop qu’on l’associe à lui.

Interrogée sur la théorie de Renaud Camus, elle déclarait en mars dernier : "Je ne connais pas cette théorie du 'grand remplacement' […]. Moi, je n’ai jamais utilisé ce terme-là", rapporte Libération.

Socialiste, puis écolo, c’est un parcours atypique que celui de cet ancien militant pour la cause homosexuelle, soixante-huitard qui vit aujourd’hui reclus dans son château de Plieux dans le Gers.

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Depuis une dizaine d’années, l’écrivain de 72 ans défend des idées très différentes, qui lui ont d’ailleurs valu une condamnation en 2014 pour provocation à la haine contre les musulmans, qu’il avait traités de "voyous" et de "colonisateurs".

"L’Europe, il ne faut pas en sortir, il faut en sortir l’Afrique"

Aujourd’hui, il se lance donc dans la course aux européennes avec un certain Karim Ouchikh, président du micro-parti identitaire Siel (Souveraineté, identités et libertés).

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Les principaux intéressés ne semblent rien voir d’ambigu dans le choix du nom de leur liste : "La ligne claire", qu’ils auraient choisi pour marquer leur opposition à "l’opacité" des autres listes.

Le programme comprend 101 propositions. La première est en effet claire comme de l’eau de roche, voire risible tant elle est impraticable : "arrêt immédiat de toute immigration".

"L’Europe, il ne faut pas en sortir, il faut en sortir l’Afrique", écrivent Renaud Camus et Karim Ouchikh dans leur programme, façon lettre adressée aux Européens.

L’autre idée phare des deux hommes, c’est la "remigration", citée comme le point central de ce programme à la proposition 13. Il s’agit de renvoyer "pacifiquement" les "ressortissants extra-européens" ou "descendants d’immigrés extra-européens qui auront fait le choix, par leurs comportements, leurs propos, leurs écrits, de ne pas se plier à la Charte de la civilisation européenne". Charte définie à la proposition 15 comme incluant, entre autres, le christianisme, le judaïsme, l’héritage gréco-romain, les traditions celtes, la liberté sexuelle ou encore l’indépendance des femmes.

Comme lors de ses tentatives précédentes, cette candidature a peu de chances d’aboutir. Le manque de financement pourrait bien empêcher Renaud Camus et son colistier de figurer au scrutin du 26 mai prochain.

Et on a envie de dire heureusement. Les idées de Renaud Camus ont récemment été associées à un incident tragique. Le terroriste responsable de l’attentat de Christchurch en Australie semblait en effet pétri de culture camusienne. Avant de rentrer dans les mosquées où il a tué 49 personnes, le jeune homme de 28 ans publiait un manifeste au titre sans équivoque : "Le grand remplacement".

Par Clothilde Bru, publié le 10/04/2019

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