High school students hold a pannel reading « High School diploma (Baccalaureat or Bac in French) in 2021, we are not guinea pigs » during a demonstration march from place Stalingrad to place de la Republique in Paris, on December 7, 2018 to protest against the different education reforms including the overhauls and stricter university entrance requirements. – Images of dozens of high-school pupils kneeling with their hands behind their heads during mass round-ups sparked an outcry on December 7, 2018. Protests at some 280 schools have added to a sense of general revolt in France. (Photo by Philippe LOPEZ / AFP)

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Réforme du bac : pourquoi certains lycéens ne veulent pas des spécialités

Voici une partie de l’explication à tous les blocages.

Manifestation de lycéens, à Paris, le 7 décembre. (© Philippe Lopez/AFP)

Depuis plusieurs semaines, des lycéens battent le pavé et bloquent des établissements un peu partout en France. Parmi leurs revendications : le report de la réforme du baccalauréat.

Si la dernière fois qu’on les a interrogés, on avait du mal à comprendre ce qui les chiffonnait exactement, aujourd’hui tout s’est éclairci.

Depuis ce mardi, les lycées ont commencé à dévoiler les enseignements de spécialités qui seront disponibles dans leurs établissements en 2019. C’est donc officiellement la fin des filières. Exit les S, ES, L et autres STG. Désormais, il y a un tronc commun où on trouve le français, l’histoire-géo, la philo, les langues vivantes, mais aussi l’enseignement scientifique, l’éducation morale et civile et l’éducation physique et sportive.

Tout le reste est laissé à la liberté de l’élève. Sur le papier, il y a trois spécialités à choisir parmi les douze au programme :

  • Arts
  • Biologie & écologie
  • Histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques
  • Humanités, littérature et philosophie
  • Langues, littératures et cultures étrangères
  • Littérature, Langues et cultures de l’Antiquité
  • Mathématiques
  • Numérique et sciences informatiques
  • Physique-chimie
  • Sciences de la vie et de la Terre
  • Sciences de l’ingénieur
  • Sciences économiques et sociales

Chaque spécialité représente trois heures de cours, en plus du tronc commun de 16 heures. En terminale, les lycéens n’auront plus qu’à choisir deux options, de six heures chacune, en plus des 15 heures et demie du tronc commun. À noter que rien n’oblige l’élève de terminale à poursuivre les spécialités qu’il aura commencé à étudier en première.

Sur le papier, il faut reconnaître que ça a l’air chouette. "Le lycée modulaire, c’est une bonne chose. Les filières S, ES et L hiérarchisaient les élèves", abonde Louis Boyard, président de l’Union nationale lycéenne (UNL), pourtant opposé à la réforme.

Seulement voilà : ce que les syndicats lycéens redoutaient est bien en train de se produire. Tous les établissements n’ont pas les infrastructures pour proposer les douze spécialités. Le gouvernement s’était engagé à un minimum de sept par établissement, quitte à ce que les élèves se rendent dans des lycées voisins pour une option indisponible dans leur établissement. D’après Louis Boyard, certains lycées n’en proposent pour l’heure que cinq.

Les maths absentes du tronc commun

"Demain, ils seront autour de 300 à ne pas avoir les sept spécialités," a confirmé Jean-Michel Blanquer au micro de BFM TV ce matin.

"J’habite à Mont-de-Marsan. Je ne sais pas si tous mes camarades lycéens vont avoir le choix des spécialités", confirme Nabil Hedar porte-parole du Syndicat général des lycéens (SGL). Les organisations lycéennes regrettent toutes que la mesure censée remédier aux inégalités territoriales ne fasse qu’accentuer le tri géographique, parce que les investissements ne sont pas à la hauteur.

Nabil Hedar s’inquiète aussi sur le fond des enseignements : "Les maths ont été enlevées du tronc commun, alors qu’on est déjà l’un des pays d’Europe les plus mal classés en la matière."

Si le gouvernement s’est engagé à proposer les douze spécialités par académie, dans certaines campagnes les lycées sont trop éloignés les uns des autres. Interrogé sur RTL ce matin, le père de la réforme, Pierre Mathiot, évoquait des cours par visioconférence pour remédier aux distances. "Cela va créer un déséquilibre entre les étudiants", déplore Louis Boyard.

Il s’inquiète également du fait que cette réforme soit pensée en corrélation avec Parcoursup, où la sélection est rude. "C’est sûr que l’étudiant qui ne prend pas SVT va être recalé en faculté de médecine, donc en fait ça n’est pas mieux qu’avant", avance-t-il.

Si cette réforme ne s’appliquera qu’en septembre 2019, elle concerne bien les lycéens actuellement en classe de seconde. Dès le mois de février à mars, ils pourront commencer à choisir quatre options, jusqu’à cinq si la spécialité de leur rêve n’est pas au programme de leur lycée. Une deuxième étape est prévue en juin pour arrêter la sélection définitive.

Parallèlement, les syndicats lycéens affirment qu’ils préparent de nouvelles actions, après les vacances de Noël.

Par Clothilde Bru, publié le 18/12/2018

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