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Qui est Rachid Nekkaz, le Franco-Algérien qui veut prendre la place de Bouteflika ?

En France, le millionnaire traîne une réputation sulfureuse. En Algérie, il séduit les jeunes.

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Ils étaient plusieurs dizaines de milliers vendredi 22 février, au pic de la mobilisation. Pendant trois jours, des milliers d’Algériens sont sortis dans la rue pour marquer leur opposition à la candidature et donc à la victoire prévisible du président sortant Abdelaziz Bouteflika.

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C’est un chiffre d’autant plus impressionnant que le droit de manifester est très restreint en Algérie. À Alger, sa capitale, les manifestations sont tout bonnement interdites. Derrière cette mobilisation sans précédent, plusieurs forces politiques sont à la manœuvre. Il y a le Mouwatana, ce mouvement d’opposition citoyen fondé en 2018 et composé d’intellectuels, militants associatifs, journalistes, avocats…

Et un homme : le très médiatique Rachid Nekkaz. Aspirant candidat à l’élection présidentielle du 18 avril prochain, l’homme d’affaires franco-algérien a été contraint par la police de quitter Alger samedi 23 février, après avoir mobilisé plusieurs centaines de personnes dans la capitale, a indiqué son directeur de campagne à l’AFP.

Le promoteur immobilier, né en France où il a passé une bonne partie de sa vie, tente pour la deuxième fois de participer aux élections présidentielles en Algérie. En 2014, il avait finalement renoncé, après que ses "parrainages ont été volés," nous raconte-t-il.

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C’est à ce moment-là qu’il se fait connaître du peuple algérien. À la même période, il entreprend de longues marches à travers le pays. "J’ai marché à pied 3 124 km dans le désert, dans les montagnes, sur les plaines. C’est grâce à ces marches que le peuple algérien m’a adopté. Parce qu’il a vu que je marchais pour le bien de l’Algérie" raconte-t-il à Konbini News.

Aujourd’hui, celui qui a fait fortune dans l’immobilier veut faire tomber "la mafia des 40 voleurs" comme il les appelle : "Ce sont des membres du gouvernement, des hommes d’affaires et des personnes faisant partie du complexe militaro-industriel algérien."

En Algérie, la mobilisation est d’autant plus forte que l’état de santé du président sortant fait jaser. Depuis son AVC en 2013, on compte sur les doigts de la main les apparitions d’Abdelaziz Bouteflika, 81 ans, à la tête du pays depuis 1999. "Le président algérien est mort, et ça tous les Algériens le savent", tranche-t-il – une rumeur propagée par beaucoup d’Algériens.

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Le "Voltaire du Niqab"

C’est pour l’empêcher d’accéder à un cinquième mandat que Rachid Nekkaz se bat, mais cela fait plusieurs années qu’il nourrit des ambitions présidentielles. En 2007, il briguait déjà le fauteuil en France, mais il n’arrive pas à réunir le nombre de signatures nécessaires pour se présenter à l’élection.

À cette époque, il se bat pour défendre l’image et les droits des musulmans de France. Depuis cette époque le promoteur immobilier de 47 ans fait régulièrement la une de la presse française. Son premier vrai coup d’éclat c’est en 2010, lorsqu’il crée un fond de "défense de la liberté et de la laïcité" qu’il dote d’un million d’euros.

Il s’engage alors à régler les amendes reçues par les femmes qui portent le niqab, pour lutter contre la loi interdisant "une tenue destinée à la dissimulation du visage dans un espace public".

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La démarche de celui qui se décrit lui-même comme le "Voltaire du niqab" ne plaît pas à tout le monde. On retiendra ce face à face avec Nadine Morano.

À l’été 2016, il revient sur le devant de la scène médiatique à la faveur de la polémique autour du burkini.

Aujourd’hui encore il continue à payer les amendes des femmes verbalisées pour leur port du niqab en France et ailleurs. "J’en suis à 318 0000 euros dans 8 pays. Je paie aussi les amendes de femmes qui refusent de porter le voile en Iran. J’en ai fait libérer 29. Je défends donc la liberté de porter le niqab ou de ne pas porter le voile", nous explique-t-il.

En 2013, il convoque la presse et renonce publiquement à sa nationalité française pour pouvoir tenter sa chance aux élections présidentielles algériennes de 2014. En effet, pour être éligible en Algérie, il faut avoir uniquement la nationalité algérienne.

En France, celui qui se décrit comme un "musulman laïque" traîne quelques casseroles, et une ou deux condamnations. Il doit notamment sa réputation de "marchand de sommeil" à une condamnation pour avoir loué deux logements indignes situés au sous-sol d’un pavillon à Choisy-le-Roi.

1,5 million de fans sur Facebook

A-t-il des chances de faire basculer l’élection d’avril ?

Si en France il est connu pour ses coups d’éclats et comme le promoteur qui paie les "amendes de niqab", en Algérie il jouit d’une tout autre image. "Là-bas je suis connu pour être un opposant irréductible à la dictature de Bouteflika et un militant anti-corruption", assure-t-il.

Rachid Nekkaz est suivi par 1,5 million d’Algériens sur Facebook, beaucoup de jeunes si on en croit le promoteur immobilier : " Aujourd’hui, j’incarne l’espoir et le changement aux yeux de la jeunesse algérienne."

Sur quel programme Rachid Nekkaz entend-il se faire élire ? "Mon programme est basé sur la lutte contre la corruption qui a miné la vie politique et économique algérienne, la mise en place d’un État de droit et le développement de l’économie en développant les investissements privés."

Seulement de nouvelles dispositions constitutionnelles introduites en 2016 pourraient bien lui barrer la route. La loi interdit notamment à toute personne ayant acquis, à un moment ou à un autre, une nationalité étrangère de se présenter.

Ce à quoi il répond : "Je suis né français et je suis né algérien. La loi écarte les personnes qui auraient 'obtenu' une autre nationalité, moi je ne l’ai jamais 'obtenu', je suis né français". Il affirme avoir déjà récolté les signatures nécessaires au dépôt de sa candidature le 3 mars prochain au Conseil constitutionnel.

En attendant, il affirme être assigné à résidence – il continue cependant à faire campagne via des lives sur Facebook. Celui d’hier soir a été visionné près de 400 000 fois.

Par Clothilde Bru, publié le 25/02/2019

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