© REUTERS/Eric Gaillard

Nice : un couvre-feu réservé aux quartiers populaires fait polémique

Dans la ville de Nice, il y a des heures de couvre-feu différentes selon les quartiers.

En cette période de confinement, tous les habitants de la ville de Nice ne sont pas logés à la même enseigne. Dans neuf quartiers (Trachel, Jean-Vigo, Notre-Dame, Saint-Charles, Bon-Voyage, Maurice-Maccario, Pasteur, Las Planas, Les Moulins), il est interdit de sortir après 20 heures.

Évidemment, le reste de la ville est aussi soumis à un couvre-feu, mais deux heures plus tard. Depuis le début du mois d’avril, un arrêté préfectoral interdit les sorties entre 22 et 5 heures du matin. Deux heures de liberté en plus, toutes relatives soient-elles, ça compte en période de confinement.

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Ce couvre-feu différencié a été instauré le 7 avril dernier par le maire Les Républicains de Nice, Christian Estrosi. Il n’a rien à voir avec l’agitation déclenchée samedi dernier par un accident de moto impliquant des policiers à Villeneuve-la-Garrenne. Antérieur à ces incidents, l’arrêté municipal, qui élargit les plages horaires de l’interdiction préfectorale, a été pris pour lutter contre la propagation du Covid-19 et a été renouvelé le 15 avril dernier.

"Avec les statistiques des PV dressés dans toute la ville, nous avons pu identifier les quartiers où nous avons aujourd’hui des regroupements plus importants que dans d’autres", avait justifié l’édile lors d’une conférence de presse relatée par Libération.

La justice valide le couvre-feu

Pour la Ligue des droits de l’homme (LDH), la mesure est "discriminatoire". "Ce sont toujours les mêmes quartiers qui reviennent. Comme par hasard, ce sont les quartiers les plus en difficulté. Avec cette stigmatisation indirecte, on est dans le symbole, dans l’acte politique. Indirectement, ça peut suggérer que les habitants de ces quartiers sont responsables de l’expansion du coronavirus", regrettait le président de la section niçoise de la LDH dans les colonnes de Libération le 19 avril dernier.

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L’organisation a donc saisi la justice. Mercredi 22 avril, le tribunal administratif a tranché en faveur de la municipalité. Dans son ordonnance de rejet, que Nice-Matin a pu se procurer, il considère que : "L’arrêté du maire de Nice pris en application de son pouvoir de police générale est d’une portée limitée dans le temps et l’espace, et impose des restrictions justifiées par les circonstances locales."

De surcroît, l’association devra verser 1 500 euros à la commune de Nice au titre des frais liés à ce litige. Cette dernière a bien entendu l’intention de faire appel. Un référé doit être déposé ce jeudi 23 avril devant le Conseil d’État, précise France Bleu. De son côté, le maire de Nice s’est félicité de cette décision sur Twitter.

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Par Clothilde Bru, publié le 23/04/2020