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M6 maintient "la présence d’au moins un membre du gouvernement" à des dîners clandestins

Publié le

par Pauline Ferrari

© Eric Fougere – Corbis / Getty Images

Dans un communiqué, les journalistes de la chaîne évoquent une confirmation de sources en "off".

La polémique n’en finit pas de gonfler depuis quelques jours : le collectionneur d’art Pierre-Jean Chalençon, dans un reportage diffusé par M6 le 2 avril dernier, affirmait avoir dîné "avec un certain nombre de ministres" dans des dîners clandestins organisés dans les beaux quartiers parisiens.

Dans un reportage en caméra cachée, des journalistes de M6 ont enquêté sur des soirées privées se tenant dans certains quartiers huppés de la capitale, des "clubs privés" à l’entrée payante. Des menus à minimum 160 euros pour une clientèle fortunée, et des dizaines de convives, alors que les bars et restaurants sont fermés depuis des mois en raison de la crise sanitaire. Le reportage montre également des serveurs et convives sans masque, ne respectant pas les gestes barrières. "Une fois que vous passez la porte, il n’y a plus de Covid", affirme l’un des serveurs.

Suite à ce reportage, les réseaux sociaux se sont enflammés, notamment via le hashtag #OnVeutDesNoms, demandant les noms des membres du gouvernement qui seraient impliqués dans ces dîners clandestins. Le reportage montrait notamment l’intérieur du Palais Vivienne, dans lequel vit le collectionneur Pierre-Jean Chalençon, identifié par les internautes.

"Au moins un membre du gouvernement" présent aux dîners clandestins, selon M6

Celui-ci a réagi vivement au micro de BFM TV en début de semaine, accusant les équipes de M6 de l’avoir piégé. "Je n’organise pas de dîners, ni de soirées. Je n’organise rien du tout au Palais Vivienne ou ailleurs", a soutenu le collectionneur.

Face à Bruce Toussaint, Pierre-Jean Chalençon a plaidé le second degré pour justifier ses propos, démentant avoir vu des ministres, ou même l’existence de ces dîners clandestins. "Si les gens n’ont pas un peu d’humour, c’est qu’ils n’ont rien compris. C’était un énorme poisson d’avril qui a marché", a-t-il insisté.

Hier soir, la Société des journalistes (SDJ) de la chaîne M6, constituée de 68 journalistes, a réagi dans un communiqué diffusé sur Twitter. Dans celui-ci, les journalistes réfutent les accusations de "calomnies" et de "harcèlement" du collectionneur d’art. "Il dit avoir organisé une seule soirée avec une dizaine de personnes. On confirme qu’il y en avait bien une quarantaine, comme le montrent les images que nous nous sommes procurées", affirment les journalistes dans ce communiqué.

Concernant la présence de membres du gouvernement à ces dîners clandestins, niée par Pierre-Jean Chalençon, les journalistes de M6 réaffirment leurs informations. "D’autres sources (que Pierre-Jean Chalençon) nous ont confirmé en 'off' la présence d’au moins un membre du gouvernement à un de ces dîners", a déclaré la SDJ des Journaux télévisés de M6, qui assure poursuivre ses propres investigations à ce sujet. "Comme c’est toujours le cas, le travail de nos journalistes a été effectué avec rigueur et dans le parfait respect des règles déontologiques", rappelle-t-elle.

Une enquête judiciaire pour "mise en danger d’autrui" a été ouverte

La classe politique n’a pas tardé à réagir aux micros de différents médias. Tandis que certains partis de gauche et l’opposition n’ont pas manqué de souligner le caractère honteux de ces dîners : "Les pauvres et les étudiants font la queue à l’aide alimentaire mais la caste fait la fête dans ses soirées privées. Qu’ils dégagent !", a déclaré le député LFI Bastien Lachaud.

Du côté du gouvernement, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a déclaré au micro d’Europe 1 qu’à sa connaissance, "il n’y a pas de ministres" parmi les participants à ces dîners clandestins, dénonçant au passage "la rumeur qui sape les fondements de la démocratie".

Sur Franceinfo, Marlène Schiappa, ministre déléguée auprès du ministre de l’Intérieur, chargée de la Citoyenneté, a défendu le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal, cité comme ayant pu participer à des dîners clandestins. "Il y a effectivement eu une invitation et Gabriel Attal l’a refusée fermement", a-t-elle déclaré.

La justice n’a pas tardé à se saisir de l’affaire : une enquête judiciaire a été ouverte par le procureur de la République de Paris pour "mise en danger d’autrui" et "travail dissimulé".

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