© Antoine Gyori/Corbis via Getty Images

La République en marche perd la majorité absolue à l'Assemblée nationale

Des marcheurs quittent le navire.

La majorité refuse d’y voir un "cataclysme", mais le symbole est fort : des "marcheurs" et ex-"marcheurs", dont Matthieu Orphelin et Cédric Villani lancent mardi 19 mai un nouveau groupe à l’Assemblée, qui fait perdre de justesse à LREM la majorité absolue.

À deux ans de la fin du quinquennat et après "beaucoup de pressions" du gouvernement ou de cadres macronistes, ils sont finalement 17 à intégrer cette nouvelle entité baptisée "Écologie Démocratie Solidarité", en gestation depuis plusieurs mois. Sept actuels membres du groupe majoritaire sont de la partie, dont les élus de l’aile gauche Aurélien Taché, Guillaume Chiche et encore Cédric Villani (exclu du parti, mais toujours membre du groupe LREM).

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Le nouveau groupe rassemble aussi d’anciens "marcheurs" comme Matthieu Orphelin (proche de Nicolas Hulot) ou des membres du "collectif social démocrate" comme Delphine Bagarry ou Martine Wonner. Tous ont été élus en 2017 sous l’étiquette macroniste à l’exception de l’ex-ministre PS à l’Écologie Delphine Batho.

"Ni dans la majorité, ni dans l’opposition", ce nouveau groupe "indépendant", qui sera coprésidé par Matthieu Orphelin et l’ex-LREM Paula Forteza, entend contribuer à "une ambition forte de transformation sociale et écologique", écrivent dans leur déclaration politique les élus, pour qui "après le Covid-19, plus rien ne doit être comme avant".

Récusant toute "fronde", Cédric Villani a affirmé mardi 19 mai sur France Inter que "nous sommes à un moment charnière" et que ces élus entendaient mettre "des propositions fortes sur la table au moment où tout va redémarrer".

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Avec cette neuvième entité – un record au palais Bourbon sous la Ve République –, le groupe LREM, qui comptait 314 députés en 2017, tombe à 288, juste sous le seuil de la majorité absolue (289 sièges) qu’il détenait jusqu’alors à lui seul. Le groupe majoritaire peut toutefois s’appuyer sur les 46 MoDem et la dizaine d’élus Agir.

LREM pourrait récupérer rapidement la majorité absolue si la future suppléante d’Olivier Gaillard (ex-LREM, qui devrait quitter son poste de député pour devenir maire), rejoint les rangs des "marcheurs", comme annoncé par le député. Le PS avait connu le même sort que LREM, avec une majorité relative début 2015, mais sans que les "frondeurs" de l’ère Hollande ne fassent jamais sécession.

"Colmater la fuite"

Les critiques et pressions des légitimistes se sont accentuées à mesure que s’intensifiait le bruit autour de ce 9e groupe, dont la création était jugée "inéluctable" dès mars en interne. La semaine dernière, la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye y avait vu par avance "un contresens politique".

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Le numéro un de LREM, Stanislas Guerini, a aussi blâmé dimanche "un contretemps politique, parce que précisément, nous sommes en train de bâtir la ligne politique pour l’après". Des membres du gouvernement, tel Bruno Le Maire, taclent encore lundi des "grenouillages".

Plusieurs membres pressentis ne figurent pas dans la liste finale, comme Claire Pitollat ou Cécile Rilhac, qui ont jugé "pas opportun" un lancement en pleine crise sanitaire. D’autres ont hésité jusqu’au dernier moment, avant de renoncer. Des élus de la majorité travaillent aussi en interne à une initiative sur l’axe social et écologique, baptisée "En commun". Du côté du nouveau groupe, on y voit une tentative de "colmater la fuite".

Dans les rangs LREM, si certains saluent une clarification et l’apport de potentielles nouvelles idées, d’autres y voient, à l’instar de Marie-Christine Verdier-Jouclas (LREM) dans L’Express, "une défiance profonde" à l’encontre du président "et de [ses] électeurs". Ce n’est pas "un cataclysme", affirme pour autant une source parlementaire LREM qui juge la démarche "inaudible".

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Même constat d’une source gouvernementale, qui met toutefois en garde contre "des effets collatéraux" en interne, car ceux qui "ont hésité" vont "vouloir peser".

Les députés du nouveau groupe ont déjà listé leurs "15 premières priorités" : "plan de réindustrialisation pour une souveraineté et une autonomie retrouvées", rétablissement d’un système de santé "robuste" ou encore refonte de "la fiscalité du capital et du patrimoine".

Les élus de ce groupe affichent également leur engagement en faveur de l’égalité homme-femme. Ils soulignent que "jamais un groupe politique français n’a compté une telle proportion de femmes" (65 %).

Konbini news avec AFP

Par Clothilde Bru, publié le 19/05/2020