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Joe Biden vs Xi Jinping : retour sur leur premier bras de fer

Publié le

par Hugo Gabillet

© Noel Celis / AFP et Alex Wong / Getty Images via AFP

Au menu : la question du climat, la situation à Hong Kong, la répression des Ouïghours…

C’est un premier échange musclé qui s’est tenu entre deux des plus grandes puissances mondiales. "Mercredi soir, j’ai passé deux heures au téléphone avec Xi Jinping", a raconté Joe Biden jeudi depuis la Maison-Blanche. Désireux de prouver sa fermeté face au géant chinois, le nouveau président américain a déclaré : "Si on ne fait rien, ils vont nous écraser."

Le successeur de Donald Trump connaissait déjà "assez bien" le chef d’État chinois pour avoir passé de longues heures en sa compagnie, à l’époque où il n’était encore que le vice-président de Barack Obama, de 2009 à 2017.

"Une compétition extrême"

Lors d’un entretien diffusé sur CBS ce dimanche, Biden prévenait déjà que la rivalité entre les deux puissances prendrait la forme d’une "compétition extrême", tout en assurant qu’il voulait éviter un "conflit" entre son pays et la Chine. Sans filtre, il a décrit son homologue asiatique comme étant "très dur. Il n’a pas, et je ne dis pas cela comme une critique, c’est juste la réalité, il n’a pas une once de démocratie en lui". Des propos qui annonçaient la couleur pour une première entrevue très attendue.

Selon le compte rendu de la Maison-Blanche, le président américain, fraîchement élu, a tout d’abord adressé ses bons vœux à son correspondant, à quelques jours du Nouvel An lunaire.

"J’ai parlé aujourd’hui avec le président Xi pour offrir ses meilleurs vœux au peuple chinois pour le Nouvel An lunaire. J’ai également partagé des préoccupations concernant les pratiques économiques de Pékin, les violations des droits de l’homme et la coercition de Taïwan. Je lui ai dit que je travaillerai avec la Chine quand cela profitera au peuple américain."

Deux nations qui jouent des coudes

Trêve de bienséance, les deux hommes politiques en sont vite venus aux questions qui fâchent, comme celles des droits humains et des différents usages commerciaux qui opposent les deux nations.

Pour commencer, Joe Biden a exprimé ses "profondes inquiétudes" concernant la situation à Hong Kong, secouée par des manifestations, où des militants pro-démocrates ont été arrêtés en janvier. Puis, Xi Jinping n’a pas pu éviter le questionnement du président américain sur les conditions de vie des Ouïghours musulmans dans la région du Xinjiang, où de rares informations arrivent à parvenir au monde. Travail forcé, viols, stérilisations, déportations, emprisonnements… Selon des experts, plus d’un million de Ouïghours sont ou ont été détenus dans des camps du Xinjiang. Joe Biden avait déjà affiché son désarroi quant aux "violations des droits humains".

À cela, la Chine a refusé le terme de "camps", mais a plutôt affirmé qu’il s’agissait de centres de formation professionnelle, destinés à fournir un emploi à la population, afin d’éloigner cette dernière de l’extrémisme religieux.

Le nouveau locataire de la Maison-Blanche a également dénoncé le rôle – de plus en plus conséquent – que se donne Pékin à l’encontre de Taïwan, notamment. En janvier, l’île a été alertée par l’intrusion inhabituelle par les airs d’avions militaires chinois.

Des points d’entente entre la Chine et les États-Unis ?

Pour autant, Joe Biden et Xi Jinping n’ont pas écarté l’hypothèse de travailler ensemble, sur la problématique du réchauffement climatique, la question du nucléaire, ou encore la lutte contre la pandémie mondiale.

Joe Biden souhaite rompre avec la politique étrangère mise en place auparavant par Donald Trump, mais il se pourrait tout de même que les activités commerciales sino-américaines s’inscrivent dans une certaine continuité, malgré les pratiques économiques "injustes" de Pékin, soulignées par le président américain. À la manière de son prédécesseur, désormais banni des réseaux sociaux, Joe Biden a d’ailleurs tweeté : "Je lui ai dit que je travaillerai avec la Chine lorsque cela sera bénéfique pour le peuple américain".

Mercredi, un haut responsable de l’administration américaine a réaffirmé que les taxes douanières sur les produits chinois – entrées en vigueur sous la présidence de Donald Trump – resteraient pour le moment en place, dans l’attente d’une analyse globale de la stratégie commerciale américaine. "Il y aura des changements dans notre politique commerciale vis-à-vis de la Chine, mais ils ne sont pas immédiats et dans l’intervalle, nous ne supprimons pas les taxes douanières" a-t-il témoigné, la Maison-Blanche souhaitant élaborer cette stratégie "en lien avec les alliés".

Jeux olympiques 2022 : une rivalité sur le terrain

Joe Biden n’avait pas l’intention d’évoquer un boycott des futurs Jeux olympiques d’hiver prévus à Pékin en 2022. C’est ce qu’a déclaré un responsable américain avant l’appel des deux dirigeants. Effectivement, début février, des élus américains ont proposé au Sénat un projet de résolution, pour demander au Comité international olympique de retirer l’organisation du rassemblement sportif à la Chine. En cause ? Les "violations flagrantes des droits de l’homme".

Xi Jinping met en garde l’Amérique

De son côté, Xi Jinping aurait déclaré que "la coopération est le seul choix correct pour les deux parties". Le président chinois a insisté sur la nécessité d’établir une cohésion mutuelle et de travailler activement ensemble contre la pandémie de Covid-19, et sur la relance économique qui s’ensuivra. Enfin, selon les médias d’État chinois, Xi Jinping aurait conseillé aux États-Unis de ne pas trop s’immiscer dans la politique chinoise, car cela relève des "affaires intérieures" de Pékin. Pour conclure, le chef d’État aurait précisé : "Les États-Unis doivent respecter les intérêts fondamentaux de la Chine, et agir avec prudence."

Konbini news avec AFP

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