(c) Clothilde Bru, Konbini news

Élections européennes : 74 % des jeunes disent qu’ils n’iront pas voter

On a passé la soirée avec des jeunes appartenant aux 26 % restants.

Vendredi 12 avril, à 18 h 20, place de la République à Paris, une dizaine de jeunes distribuent des tracts tout en apostrophant les passants. “Vous savez ce qui se passe le 26 mai ?”, lance Juliette, 23 ans, étudiante en pleine année de césure.

"Bien sûr, je vote à toutes les élections", lui répond une jeune femme en manteau gris qui repart avec un flyer bleu rappelant la date à venir des élections européennes.

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(© Clothilde Bru, Konbini news)

Juliette et ses camarades sont français, espagnol, anglais, italien et allemand. À eux seuls ils constituent une pub vivante pour l’Union européenne.

Au milieu des claquements de skate boards et des riffs de guitare qui s’échappent des enceintes posées à même le sol de la place de la République, ces jeunes venus des quatre coins du vieux continent essaient de faire entendre la voix de l’Europe.

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Ils font partie de la deuxième promotion de l’Académie Notre Europe, un lieu de formation et d’échange de connaissances sur les politiques européennes, chapeautée par l’institut Jacques Delors, un think tank europhile.

C’est leur idée que de s’être donné rendez-vous ce vendredi soir pour distribuer des tracts et essayer de prendre des photos avec un cadre Instagram. "C’est nous qui avons pris contact avec le Parlement européen, pour faire quelque chose au-delà de l’Académie, en vue des élections", explique Alice, une Italienne de 20 ans, étudiante en sciences politiques.

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"Cette fois je vote" est une campagne du Parlement européen qui cible les jeunes électeurs. Et pour cause, 73 % des 18-35 ans se sont abstenus lors du dernier scrutin en 2014. Selon un sondage Ifop réalisé pour le JDD, 74 % des 18-24 ans disent qu’ils ne voteront pas cette année.

Ce n’est pas le cas de la dizaine de jeunes que nous suivons ; tous sont des europhiles convaincus.

“Je fais partie de cette génération qui a grandi avec l’Europe, et qui en a vu les bénéfices : inter-rail, les musées gratuits quand on a moins de 26 ans partout en Europe, le fait de ne pas avoir à changer mon argent quand je pars à Berlin” nous explique Juliette qui s’interroge sur les racines de son engagement.

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"Je ne pense pas que je vais voter"

Le voyage : c’est l’argument imparable de l’étudiante pour convaincre les passants qu’elle apostrophe. Lorsqu’une jeune fille de 19 ans lui répond : '"Je ne pense pas que je vais voter pour tout te dire”, Juliette rétorque : "Mais tu as déjà pensé à faire Erasmus ?"

L’enjeu est double. "On commence par rappeler des choses simples, à savoir que l’élection c’est un seul dimanche, et que donc il ne faut pas le rater", martèle Juliette.

La prise de contact ne se passe pas toujours bien. “Les gens sont assez surpris qu’on ne soit pas un parti politique”, raconte Anne-Laure, 27 ans, assistante en production audiovisuelle. Car c’est important de le souligner : cette poignée de jeunes n’est pas encartée, elle se bat pour l’idéal européen. Tout ce qui les intéresse, c’est que les gens aillent voter, peu importe pour qui.

Pendant les 2 heures passées à battre le pavé, les réponses qu’ils recueillent varient. Certains passants sont bien informés sur le scrutin, à l’instar de Meriam, 29 ans, qui soutient le parti animaliste. Cette dernière ira voter, mais elle comprend que certains de ses concitoyens aient jeté l’éponge : “Il y a certaines choses qui ne sont pas passées comme le glyphosate. Je respecte de plus en plus les gens qui ne vont pas voter”, nous explique-t-elle.

D’autres sont simplement déçus. “On a des gens hyper motivés et parfois des gros vents”, résume Maria, 24 ans, originaire de Barcelone. Après une longue conversation avec un couple, la jeune femme affiche une mine réjouie :

“Ce n’était pas gagné. Ils pensent que leur vote n’a pas d’impact, que le Parlement européen est aux mains des lobbys. Je leur ai rappelé qu’il n’y a qu’en votant qu’on peut changer les choses. Je crois que la femme va y réfléchir, mais la conversation était très intéressante en tout cas.”

À côté des électeurs blasés, il y a celles et ceux victimes des fake news. De "Jean-Claude Juncker a inventé les paradis fiscaux" à la retraite anticipé des eurodéputés, les infox vont bon train.

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"Il n’y a pas grand-chose à faire", déplore Alexis après un échange animé avec un homme âgé d’une cinquantaine d’années. Quel est l’impact d’une action comme celle-ci ? Fadil, 26 ans, membre de l’Académie et président d’Erasmus Student Network est pragmatique : "Dans tous les tracts que l’on va distribuer, il y a bien 1 ou 2 personnes que ça va toucher… c’est déjà ça.”

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Par Clothilde Bru, publié le 15/04/2019

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