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Donald Trump mis en accusation, un deuxième impeachment historique

Publié le

par Clothilde Bru

© Jabin Botsford/The Washington Post via Getty Images

Pour peut-être, tourner définitivement la page Trump.

Donald Trump est devenu le premier président des États-Unis à être mis en accusation pour la deuxième fois au Congrès, une semaine avant la fin de son mandat qui s'achève dans un climat d'extrême tension.

La Chambre des représentants, dominée par les démocrates, s'est prononcée mercredi en faveur de cet impeachment historique par 232 voix contre 197.

Le milliardaire républicain de 74 ans, qui cédera la place le 20 janvier à Joe Biden, 78 ans, est accusé d'avoir encouragé l'assaut donné le 6 janvier par ses partisans contre le Capitole – qui a fait cinq morts et ébranlé la démocratie américaine.

"Il doit partir, il est un danger évident et immédiat contre la nation que nous aimons tous", avait déclaré peu avant Nancy Pelosi, la présidente démocrate de la Chambre, l'accusant d'avoir "incité à cette insurrection, cette rébellion armée".

"Personne n'est au-dessus de la loi, pas même le président", a-t-elle commenté après le vote.

Dans une vidéo diffusée par la Maison-Blanche, Donald Trump a appelé depuis le Bureau ovale les Américains à "l'unité", sans mentionner son second infamant renvoi en procès. Et s'il ne reconnaît toujours pas la moindre responsabilité dans les violences de la semaine dernière, il a assuré que leurs auteurs ne pouvaient pas être ses "véritables partisans".

À quelques jours de son départ pour Mar-a-Lago, en Floride, où il devrait entamer sa nouvelle vie d'ex-président, Donald Trump apparaît très isolé.

"Pas d'excuse" 

Contrairement à l'acte d'impeachment dans l'affaire ukrainienne il y a plus d'un an, adopté par les seuls démocrates, dix députés républicains ont voté cette fois-ci en faveur du renvoi en procès. Parmi eux, Dan Newhouse a martelé qu'il n'y avait "pas d'excuse pour les actes du président Trump".

Ce vote marque l'ouverture formelle de la procédure de destitution contre Donald Trump, et il appartient désormais au Sénat de le juger.

Mais ce procès, qui ne s'ouvrira pas avant l'arrivée au pouvoir de Joe Biden, soulève de nombreuses questions.

"Il n'y a simplement aucune chance de pouvoir conclure son procès de manière sérieuse et équitable avant la prestation de serment du président élu", a justifié le chef de file des républicains à la chambre haute, Mitch McConnell.

Le calendrier reste donc incertain. Pour les démocrates, le risque est qu'il accapare toute l'attention et entrave l'action législative du début de mandat en monopolisant les séances.

"J'espère que le Sénat trouvera une façon de gérer ses responsabilités constitutionnelles concernant le procès en destitution, tout en conduisant les affaires urgentes de la nation", a demandé Joe Biden, citant entre autres la confirmation des membres de son cabinet, la relance de l'économie américaine, et la poursuite du plan de distribution de vaccins contre le Covid-19.

Quelques heures avant le vote et dans une ville de Washington sous haute tension, Donald Trump avait lancé un nouvel appel au calme tardif.

"PAS de violence, PAS de délits, PAS de vandalisme", a-t-il exhorté dans un communiqué alors que de nouvelles manifestations sont annoncées pour le week-end.

La capitale fédérale, placée sous très haute sécurité, était méconnaissable.

Militaires au Capitole 

Images saisissantes : des centaines de militaires réservistes ont passé la nuit à l'intérieur du Congrès, dormant encore à même le sol alors que les élus affluaient.

Nancy Pelosi a annoncé des amendes allant jusqu'à 10 000 dollars pour les parlementaires refusant les nouveaux détecteurs de métaux que plusieurs représentants républicains ont volontairement ignorés. "C'est tragique que cette initiative soit nécessaire mais la Chambre des représentants doit être et sera un endroit sûr", a-t-elle déclaré.

Des blocs de béton ont été disposés pour bloquer les principaux axes du centre-ville, d'immenses grilles métalliques entourent nombre de bâtiments fédéraux, dont la Maison-Blanche. La Garde nationale est omniprésente.

Toute la journée, les débats ont été vifs.

L'élue démocrate Ilhan Omar a qualifié Donald Trump de "tyran". "Nous ne pouvons simplement pas tourner la page sans rien faire", a-t-elle lancé.

Chez les républicains, les positions étaient plus contrastées. Des fervents soutiens du milliardaire républicain l'ont défendu bec et ongles, à l'instar de Jim Jordan qui a dénoncé "une obsession" des démocrates.

Mais d'autres ont pris clairement leurs distances.

"Le président porte une responsabilité dans l'attaque" contre le Congrès "par des émeutiers", qu'il "aurait dû dénoncer immédiatement", a reconnu le chef de file des députés républicains Kevin McCarthy, demandant une "commission d'enquête" et le vote d'une "motion de censure".

Il a toutefois estimé qu'une mise en accusation si près de la fin de son mandat serait "une erreur".

L'avenir politique de Donald Trump menacé

Mais dans son camp, peu d'élus partagent cette analyse.

Plus inquiétant pour le milliardaire et son éventuel avenir politique, Mitch McConnell a fait savoir qu'il n'excluait pas de voter sa condamnation.

"Je n'ai pas pris ma décision définitive sur mon vote, j'ai l'intention d'écouter les arguments juridiques quand ils seront présentés au Sénat", a-t-il écrit à ses collègues républicains dans une note rendue publique.

Cet habile stratège, très influent, pourrait, s'il donne un signal en faveur de la condamnation, aider le parti républicain à tourner définitivement la page Trump.

Les démocrates prendront le 20 janvier le contrôle de la chambre haute mais auront besoin du ralliement de nombreux républicains pour atteindre la majorité des deux tiers nécessaire à la condamnation. 

Malgré son assurance affichée et le soutien de certains élus très loyaux, Donald Trump est plus seul que jamais après une série de démissions dans son gouvernement et des critiques cinglantes.

Critiqué pour avoir tardé, le 6 janvier, à envoyer la Garde nationale, le Pentagone a cette fois autorisé le déploiement de 20 000 soldats pour la cérémonie d'investiture prévue le 20 janvier justement sur les marches du Capitole, siège du Congrès.

Konbini news avec AFP

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