(c) Anthony WALLACE / AFP

Crise sans précédent à Hongkong : 5 questions pour tout comprendre

Face à la fronde, la cheffe de l'exécutif pro-Pékin de Hong Kong a annoncé "la mort" du projet de loi décrié.

Lundi 1er juillet, des dizaines de manifestants ont envahi le parlement hongkongais. Depuis plusieurs semaines, cette région de l’est du pays fait la une de la presse internationale. Cette fois, les manifestations jusque-là pacifiques ont pris une tournure presque sans précédent dans cette ancienne colonie britannique rétrocédée à la Chine en 1997.

Mais comment et pourquoi en est-on arrivés là ? Juliette Genevaz est chercheur Chine à l'institut de Recherche stratégique de l'école militaire (IRSEM). Elle nous aide à y voir plus clair dans ce conflit historique.

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1/ Comment la crise a-t-elle débuté ?

La crise a débuté il y a un mois environ, à la suite d’une loi proposée par Carrie Lam, la cheffe de l’exécutif de Hongkong nommée par Pékin. Elle a proposé au parlement local, le LegCo, une loi qui permettrait d’extrader des présumés coupables de Hongkong vers les pays qui les demandent. Le système judiciaire de Hongkong reste relativement libre par rapport au reste de la Chine.

Or, cette loi aurait permis à Pékin de demander les extraditions de personnes présumées coupables vers la Chine. Hongkong garde un système judiciaire et légal tout à fait différent de celui de la Chine continentale, alors même que son territoire a été rendu à la Chine en 1997. Il n’est pas soumis à l’arbitraire du parti communiste chinois.

2/ Où en est ce projet de loi ?

Le projet de loi a été mis en suspens, mais il n’a pas été complètement éliminé. C’est la raison pour laquelle le mouvement continue.

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3/ Pourquoi les manifestants ont-ils investi le Parlement lundi 1er juillet ?

C’était l’anniversaire du retour de Hongkong à la Chine (le 1er juillet 1997). Pékin organisait donc des célébrations qui ont ramené peu de monde. D’une manifestation pour célébrer la protection des droits fondamentaux hongkongais, on est passés à une remise en question totale du pouvoir de Pékin sur Hongkong.

(© Vivek Prakash/AFP)

4/ Un mois après le début de la crise, les revendications ont-elles changé ?

Le mouvement a évolué depuis début juin. La première marche était une marche des avocats hongkongais qui défilaient de manière très solennelle, habillés tout en noir. Jusqu’à lundi, tout le monde saluait le calme dans lequel les manifestations se sont déroulées.

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Petit à petit, le mouvement a grossi. Au cours du mois de juin, des familles avec des bébés ont rejoint la marche, et aussi des personnes âgées. On a ressenti la peur de la population hongkongaise d’être totalement absorbée dans l’État-parti chinois, qui devient de plus en plus autoritaire depuis que Xi Jinping a pris le pouvoir en 2012.

En 2014, il y a déjà eu des manifestations très importantes à Hongkong. C’était la "révolution des parapluies". Depuis, le rapport entre Hongkong et Pékin s’est raidi. Ça explique en partie pourquoi la population a pu aussi facilement se soulever en masse contre Pékin.

La rétrocession de 1997 doit s’accompagner de ce qu’on appelle "Un pays, deux systèmes", qui permet à Hongkong de rester économiquement et légalement différent du reste de la Chine. Xi Jinping veut faire fi de cet accord passé entre le Royaume-Uni et la Chine de Deng Xiaoping en 1997 pour absorber Hongkong et en faire une province chinoise.

5/ Quels scénarios de sortie de crise sont possibles ?

Les manifestants demandent la démission de Carrie Lam, mais elle sera forcément remplacée par quelqu’un choisi par Pékin. L’autre option, c’est que cette loi disparaisse définitivement : c’est la demande principale des manifestants. Mais pour véritablement sortir de la crise, il faudrait que Pékin réaffirme son attachement à l’accord "Un pays, deux systèmes" tel qu’il a été négocié en 1997. On doute que ça arrive.

C’est un gros défi auquel Pékin fait face aujourd’hui. C’est vraiment la première fois depuis 1989 que Pékin est face à une opposition organisée. Le spectre démographique est très large : il y a des gens très jeunes qui manifestent, qui étaient enfants en 1997.

Il y a une prise de conscience très large du danger que court Hongkong en étant totalement intégrée au système politique. Ce serait une perte totale des libertés fondamentales qui sont bafouées en Chine aujourd’hui avec les technologies de surveillance, et toutes sortes de politiques répressives menées par Xi Jinping depuis 2012.

MISE À JOUR DU 9 JUILLET : La cheffe du gouvernement pro-Pékin de Hong Kong, Carrie Lam, a annoncé "la mort" du projet de loi largement décrié sur les extraditions vers la Chine. Une annonce insuffisante pour l'opposition, qui craint que ce texte revienne dans les prochains mois.

"Carrie Lam dit que le 'projet est mort', un nouveau mensonge ridicule destiné au peuple de Hong Kong et aux médias étrangers car le texte existe toujours au Parlement jusqu'à juillet prochain", a déclaré sur Twitter Joshua Wong, figure du mouvement prodémocratie de l'automne 2014 fraîchement sorti de prison.

Les contestataires ont déjà promis de nouvelles manifestations. « Si nos revendications ne sont toujours pas entendues par Carrie Lam et son gouvernement, le Forum des droits de l’Homme civils continuera à tenir des manifestations et des rassemblements », a déclaré à la presse sa porte-parole Bonnie Leung.

 

Par Clothilde Bru, publié le 03/07/2019

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