© Chesnot/Getty Images

Coronavirus : pourquoi la France limite les dépistages ?

Si on avait les capacités de dépister plus de Français, nous ne serions peut-être pas tous en quarantaine.

Nouvel ajustement samedi 22 mars dans la gestion de la crise du coronavirus. Le ministre de la Santé, Olivier Véran, annonce lors d’un point presse que la France multipliera les tests de dépistage à la sortie du confinement. C’est un changement de cap que tout le monde a noté.

Jusqu’alors, malgré les critiques, le gouvernement martelait que les tests étaient réservés aux "professionnels de santé symptomatiques, aux personnes âgées symptomatiques, aux personnes présentant des difficultés respiratoires sévères ou des comorbidités, aux personnes hospitalisées, et aux nouveaux foyers et nouveaux territoires".

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Ces tests sont-ils utiles pour lutter contre la propagation de l’épidémie ? On en doutait, à écouter le médecin urgentiste Patrick Pelloux invité sur le plateau de C à vous le 16 mars dernier : "À l’instant T zéro, être dépisté et être négatif, ça ne veut pas dire que 24 heures, 48 heures après, vous ne serez pas positif." Et d’ajouter : "Ça n’a pas beaucoup d’intérêt."

Parallèlement, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), qui fait autorité sur toutes les questions de santé publique mondiale, martèle tout l’inverse : "Nous avons un message simple à tous les pays : testez, testez, testez les gens ! Vous ne pouvez pas combattre un incendie les yeux bandés."

Une semaine après le début du confinement en France, de plus en plus de voix émergent du corps médical pour réclamer un dépistage massif. À commencer par le professeur Didier Raoult, qui dirige l’institut hospitalo-universitaire (IHU) Méditerranée Infection. "Nous avons décidé, pour tous les malades fébriles qui viennent nous consulter, de pratiquer les tests pour le diagnostic d’infection à Covid-19", a déclaré l’IHU dans un communiqué de presse, au mépris des consignes délivrées par le gouvernement.

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"Comment a été maîtrisé le sida ?"

Selon 20 minutes, le professeur Raoult et ses équipes ont déjà réalisé 20 000 à 25 000 tests. Selon la Direction générale de la Santé, citée par La Croix, on pratique actuellement en France quelque 4 000 tests par jour. Depuis le début de la crise, environ 60 000 personnes ont ainsi bénéficié d’un test de dépistage.

Et si, pourtant, c’était la clé pour lutter contre l’expansion de l’épidémie et donc sauver des vies ? À ce titre, le journal Les Échos rappelle quelques chiffres. Par exemple, en Allemagne, où on réalise 12 000 tests par jour, on comptait lundi 23 mars 13 000 cas de contaminations et 31 décès. Soit un taux de mortalité de 0,24 %, contre 2,9 % en France, où on comptabilise désormais près de 20 000 cas et 860 décès.

En réalité, on est bien plus nombreux à être porteur du virus. Et c’est bien ça le problème. Comme on ne teste pas à grande échelle, on ne sait pas.

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Dans une vidéo postée sur YouTube par l’IHU, le docteur Raoult fait une comparaison saisissante avec le sida. Et c’est vrai que l’importance de se faire dépister est sur toutes les campagnes de prévention. "Comment a été maîtrisé le sida ? Ce n’est ni par les vaccins, ni par les modèles mathématiques. C’est la charge virale et le traitement", tranche-t-il.

Il n’y a qu’à se tourner vers la Corée du Sud pour s’en rendre compte. Là-bas, l’épidémie semble avoir été maîtrisée très vite et sans confinement total comme chez son voisin la Chine. Les nouveaux cas y sont très rares, et les pertes bien inférieures aux nôtres. À ce jour, 110 décès sont à déplorer, rapporte France 24. Pour beaucoup d’observateurs, il faut mettre cette réussite sur le compte d’une politique massive de dépistage.

Quelque 300 000 tests ont été pratiqués, 60 000 par jour. La stratégie de recenser et d’isoler les patients contagieux a payé. Pourquoi donc s’entêter dans une politique de dépistage restrictive, alors que nous sommes en train d’être submergés par la vague ?

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Encore une question de manque de matériel ?

Selon plusieurs experts, nous ne sommes tout bonnement pas en mesure de tenir une politique de dépistage massif. "Aujourd’hui, nous avons la capacité de faire passer 5 000 à 8 000 tests par jour, mais pas davantage", expliquait à La Croix le président du Conseil scientifique sur le Covid-19, Jean-François Delfraissy, le 20 mars dernier.

"Nous sommes en mesure de faire des tests généralisés sur trois jours, mais pour six semaines, cela demande un système beaucoup plus complexe", précise Bruno Lina, chercheur de l’université Claude Bernard Lyon 1 au Centre international de recherche en infectiologie, et membre du comité scientifique en charge de conseiller le gouvernement, interrogé par 20 minutes.

A priori, on est en mesure de faire les tests du point de vue du personnel et des infrastructures. Ce dont on manque, c’est de réactifs, un produit qui nous vient de la Chine et des États-Unis et qui est, pour des raisons évidentes, compliqué d’acheminer ces temps-ci.

En quoi consiste le test pratiqué en France ? Un goupillon est introduit dans la narine du patient pour prélever des cellules nasales. Ensuite, ce prélèvement est analysé afin d’y détecter d’éventuels brins d’ARN – le matériel génétique du virus.

Toutefois, dans les semaines à venir, des manières plus rapides et efficaces de dépister devraient être prêtes à être utilisées. Espérons que ces nouvelles technologies arrivent chez nous avant la fin de la quarantaine.

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Par Clothilde Bru, publié le 24/03/2020