© Julien DE ROSA / POOL / AFP

Coronavirus : pour Agnès Buzyn, les élections étaient "une mascarade"

"Je suis partie [du ministère] en sachant que les élections n’auraient pas lieu", a déclaré l'ex-ministre au Monde.

La candidate LREM à la mairie de Paris, Agnès Buzyn, estimant que les élections municipales étaient "une mascarade" au regard de l’épidémie de coronavirus, avait plaidé auprès du président de la République pour un report du premier tour, a appris l’AFP de sources concordantes.

"Je veux mettre fin à cette mascarade des élections, ça suffit", s’était emportée la candidate à l’issue du premier tour dimanche des municipales. Plus tôt dans la semaine, l’ex-ministre de la Santé avait plaidé en vain pour un report du scrutin auprès d’Emmanuel Macron.

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Dans Le Monde, qui a révélé l’information, Agnès Buzyn raconte avoir alerté le gouvernement dès janvier sur le danger du coronavirus : "Le 11 janvier, j’ai envoyé un message au président sur la situation. Le 30 janvier, j’ai averti Édouard Philippe que les élections ne pourraient sans doute pas se tenir. Je rongeais mon frein."

"J’avais peur à chaque meeting"

Elle poursuit : "Quand j’ai quitté le ministère, je pleurais parce que je savais que la vague du tsunami était devant nous. Je suis partie en sachant que les élections n’auraient pas lieu." Agnès Buzyn confie aussi que la dernière semaine de campagne "a été un cauchemar" : "J’avais peur à chaque meeting. J’ai vécu cette campagne de manière dissociée."

Interrogée mardi à l’issue du conseil des ministres, la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndaye a "salué l’engagement qu'[Agnès Buzyn] a eu en tant que ministre du gouvernement puisqu’elle a eu l’occasion elle-même, aux responsabilités, de mettre en place les premiers éléments d’organisation autour de la gestion de cette crise, avant de renoncer à ses fonctions ministérielles pour se présenter à la mairie de Paris".

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"A-t-elle su et prévenu trois mois avant ?"

Le chef de file de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon a réagi mardi sur les réseaux sociaux : "Les aveux d’Agnès Buzyn sont consternants. […] A-t-elle su et prévenu trois mois avant ? Et dans ce cas, pourquoi rien n’a-t-il été fait ?" Il a appelé la mission d’information décidée mardi matin en conférence des présidents à l’Assemblée nationale de "se saisir de ces aveux".

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Le vice-président du Rassemblement national Jordan Bardella a abondé sur Twitter : "Agnès Buzyn admet donc que le gouvernement savait que l’épidémie allait être gravissime, et qu’il a tenté de faire comme si de rien n’était ? ! Il faudra qu’ils rendent des comptes !"

"Dans 15 jours, c’est la Bérézina à Paris !"

Dimanche, la candidate LREM avait déclaré devant son entourage que le gouvernement devait "dans les 24 heures, prendre des décisions fermes" pour lutter contre l’épidémie. Interrogée par l’AFP, elle avait confié : "L’heure est grave… dans 15 jours, c’est la Bérézina à Paris !" Elle avait assuré avoir dit la même chose au président Emmanuel Macron.

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"Je verrai ce que je fais, [mais] je ne souhaite pas continuer à faire campagne dans de telles conditions", avait-elle continué. "Dans les semaines qui viennent, je ne peux être que médecin" et non candidate, avait-elle précisé, laissant entendre qu’elle pourrait reprendre cette activité très prochainement.

La candidate, médecin de formation, était en disponibilité et doit, comme tout personnel, contacter son hôpital de rattachement si elle souhaite reprendre du service.

Lundi, elle a écrit à ses militants qu’elle "arrêtait" sa campagne. "Les conditions ne sont plus réunies pour continuer une campagne électorale" et "la priorité est à la lutte contre le coronavirus".

Konbini news avec AFP

Par Astrid Van Laer, publié le 17/03/2020