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Brésil : l’ancien président Lula pourra se présenter face à Bolsonaro en 2022

Publié le

par Pauline Ferrari

© Apaydin Alain/ABACA via Reuters Connect

Il a été blanchi de toutes ses condamnations pour corruption et retrouve ainsi ses droits politiques.

C’est une décision qui a fait l’effet d’une bombe dans l’arène politique brésilienne : Edson Fachin, juge de la Cour suprême, a estimé que le tribunal de Curitiba qui avait condamné Lula dans quatre procès n’était "pas compétent" pour juger ces affaires.

Président de 2003 à 2010, Lula avait été accusé de recevoir des pots-de-vin pour favoriser des entreprises du bâtiment dans l’octroi de marchés publics, notamment liés à la compagnie pétrolière d’État Petrobras : deux condamnations confirmées en appel. Il avait aussi été condamné en première instance dans deux affaires pour des irrégularités présumées sur des dons versés par des entreprises à l’Institut Lula.

Les condamnations de Lula à Curitiba, dans le cadre de l’opération anti-corruption "Lavage express", avaient déjà été discréditées ces derniers mois, l’impartialité des juges et des procureurs ayant été mise en doute par des échanges de messages dévoilés par le site The Intercept Brasil.

Luiz Inácio Lula da Silva, dit Lula, 75 ans, avait déjà purgé un an et demi de prison pour corruption, d’avril 2018 à novembre 2019, avant d’être libéré sur décision collégiale de la Cour suprême. Au moment où il avait été incarcéré, l’ancien chef de l’État était donné favori des sondages pour la présidentielle d’octobre 2018.

Si le procureur général brésilien dispose d’un droit de recours devant la Cour suprême réunie en séance plénière, ces affaires seront à présent jugées par un tribunal fédéral de Brasilia. En attendant, l’ex-président retrouve ses droits politiques et peut briguer un troisième mandat.

Lula, futur candidat face à Bolsonaro en 2022 ?

Les réactions ne se sont pas fait attendre : "Lula innocent", a réagi sobrement sur Twitter le Parti des travailleurs (PT), formation de gauche cofondée en 1980 par Lula, qui pour sa part est resté silencieux.

Le juge Fachin a "toujours eu un lien fort avec le PT", a dénoncé le président brésilien Jair Bolsonaro sur CNN Brasil. "Nous avons tous été surpris [par cette décision], mais en fin de compte, le brigandage de ce gouvernement [de gauche] est bien clair pour toute la société", a-t-il ajouté.

Plusieurs alliés de Bolsonaro ont critiqué l’annulation des condamnations de Lula, jugée "révoltante" par le député de droite Bibo Nunes, du Parti social-libéral (PSL). "Lula candidat ! Le Brésil a succombé, on va devoir supporter l’euphorie des antifas et des communistes", a écrit pour sa part sur Twitter Coronel Tadeu, un autre parlementaire de la même formation.

La décision de la Cour suprême a en revanche été saluée par le président argentin péroniste de gauche Alberto Fernández. "Justice a été rendue !", s’est-il exclamé sur Twitter. "Tellement heureuse ! Justice est faite pour Lula", a quant à elle tweeté Anne Hidalgo, maire de Paris.

Mais les dirigeants du Parti des travailleurs ont préféré rester prudents, craignant de nouveaux rebondissements dans le feuilleton judiciaire autour de Lula qui tient les Brésiliens en haleine depuis plus de sept ans. "Nous attendons l’analyse juridique de la décision du juge Fachin, qui a reconnu avec cinq ans de retard que Sérgio Moro n’aurait jamais dû juger Lula", a déclaré sur Twitter Gleisi Hoffmann, présidente du parti.

Sérgio Moro, figure de proue de la lutte anti-corruption au Brésil, a été à l’origine de la condamnation en première instance de Lula en juillet 2017. Il est devenu par la suite ministre de la Justice de Jair Bolsonaro, avant de démissionner avec fracas en avril 2020.

Dans un Brésil plus polarisé que jamais après deux ans de mandat du président d’extrême droite Jair Bolsonaro, la gauche rêve d’un Lula candidat à l’élection présidentielle de 2022. Dans un sondage récent, l’ancien président de gauche apparaît comme le seul capable de battre Jair Bolsonaro au prochain scrutin : 50 % des personnes interrogées se disaient prêtes à voter pour lui, contre 44 % pour le président sortant.

Konbini news avec AFP

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