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Arrestations, répression, opposition en exil... que se passe-t-il au Bélarus ?

Publié le

par Hugo Coignard

© Sergei GAPON / AFP

La réélection du président biélorusse Alexandre Loukachenko dimanche dernier est très contestée.

Arrestations d’opposants, manifestations réprimées, principale opposante en exil, foules inédites dans les rues : retour sur la présidentielle au Bélarus, qui s’est achevée lundi par la victoire contestée du président sortant, et sur les derniers évènements.

Un blogueur-candidat en prison

Tout commence le 29 mai dernier. Le vidéoblogueur Sergueï Tikhanovski, entré en campagne contre le président "cafard" Loukachenko, est arrêté. L’entrepreneur de 41 ans, devenu très populaire pour ses vidéos étrillant la corruption du pouvoir, ne peut se présenter.

Son épouse Svetlana Tikhanovskaïa, 37 ans, reprend le flambeau et rassemble les 100 000 parrainages d’électeurs nécessaires, un nombre considérable dans ce pays de neuf millions d’habitants. "Notre société n’est pas prête à voter pour une femme", balaie le président sortant Loukachencko, qui dirige le Bélarus d’une main de fer depuis 1994.

Arrestations en cascade

Après le vidéoblogueur Sergueï Tikhanovski, Mikola Statkevich, figure historique de l’opposition, est incarcéré le 31 mai. Le 18 juin, c’est au tour de Viktor Babaryko, un ancien banquier qui était considéré comme le rival le plus sérieux du président. Quelque 140 personnes sont interpellées les jours suivant, lors de rassemblements de l’opposition.

Rassemblement record de l’opposition

Le 16 juillet, trois mouvements d’opposition décident de joindre leurs forces pour affronter le président Loukachenko, une première. L’équipe de Svetlana Tikhanovskaïa annonce qu’elle va travailler avec celles de Viktor Babaryko et de Valery Tsepkalo, un autre rival empêché de se présenter.

Malgré les pressions, plus de 60 000 partisans de Svetlana Tikhanovskaïa se retrouvent le 30 juillet à Minsk pour le plus grand rassemblement d’opposants depuis au moins une décennie au Bélarus. "Sveta ! Sveta !", scandent les foules. Dans les derniers jours de sa campagne, une dizaine de ses collaborateurs sont arrêtés et plusieurs autres brièvement interpellés.

Réélection avec plus de 80 % des voix

Après une nuit marquée par la répression violente de manifestations antigouvernementales, la victoire du président Alexandre Loukachenko est annoncée, avec plus de 80 % des voix. L’Allemagne émet de "sérieux doutes". L’UE réclame un décompte "exact" des votes.

Svetlana Tikhanovskaïa, officiellement créditée d’environ 10 % des suffrages, revendique la victoire et demande à Alexandre Loukachenko de "céder le pouvoir".

Répression des manifestants

Dans la nuit de lundi, des milliers de personnes ont manifesté à Minsk, la capitale, et ont tenté d’ériger des barricades dans certaines rues centrales. Scandant "Honte !", les manifestants ont fait face à d’importantes forces policières qui ont aussi répliqué à coups de pied et de matraques, selon des journalistes de l’AFP et des témoins.

Le président biélorusse, qui qualifie les manifestants de "moutons" téléguidés depuis Londres, Varsovie et Prague, a juré de "remettre le cerveau à l’endroit" à ceux qui le contestent. À l’étranger, la Commission européenne, Paris, Berlin et Londres ont condamné la répression. Varsovie a demandé un sommet de l’UE consacré au sujet. Washington s’est dit "grandement préoccupé".

Opposante en exil

Svetlana Tikhanovskaïa, rivale à la présidentielle du président Loukachenko, a fui en Lituanie ce mardi. Dans une vidéo, l’opposante a confirmé avoir pris "seule" la "décision très difficile" de partir. "Je sais que beaucoup me condamneront, beaucoup me comprendront, beaucoup me haïront", a-t-elle affirmé, les traits tirés.

"Les enfants sont ce qu’il y a de plus important dans la vie", a ajouté celle qui, pendant la campagne, avait envoyé ses deux enfants à l’étranger, craignant des pressions du pouvoir.

Konbini news avec AFP

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