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Après l’affaire de la gifle, retour sur les agressions de politiques dans l’Histoire

Publié le

par Pauline Ferrari

© PHILIPPE DESMAZES / POOL / AFP

Jeté de chaussure, agressions physiques ou tartes à la crème : Emmanuel Macron n’est pas le premier à être la cible d’incivilités.

Après la gifle reçue mardi lors d’un déplacement à Tain-l’Hermitage, Emmanuel Macron a voulu "relativiser", dénonçant des "faits isolés", commis par "des individus ultraviolents" qui ne "méritent pas", selon lui, qu’on les laisse "prendre possession du débat public". Avant le président, d’autres dirigeants français ou internationaux ont été la cible d’agressions ou d’incivilités lors de sorties publiques.

Des chaussures et des hommes

L’image avait fait le tour du monde en décembre 2008 : le président George W. Bush esquivant de justesse le jet de chaussures – injure suprême dans le monde arabe – d’un journaliste irakien en colère contre l’intervention américaine en Irak. Bush avait commenté avec humour l’incident, qui avait mis sur les dents les services de sécurité chargés de la protection rapprochée du dirigeant : "Je ne sais pas ce que le gars a dit, mais j’ai vu sa semelle."

Quasiment un an plus tard, le 2 février 2009, à l’université de Cambridge, Martin Jahnke, un étudiant allemand avait interrompu un discours du Premier ministre chinois Wen Jiabao sur le rôle de la Chine dans la mondialisation, en criant "c’est un scandale !" avant de jeter une chaussure qui avait atterri à un bon mètre de sa cible.

Œufs, farine et tartes à la crème

Déjà en 1991, bombardé de tomates, d’œufs et de peinture lors d’une visite à Halle, une ville de l’Est de l’Allemagne, le chancelier allemand Helmut Kohl s’était mis à en découdre avec les manifestants. Ses gardes du corps avaient été contraints de le ceinturer pour le protéger. En décembre 2014 à Namur, c’est le Premier ministre belge Charles Michel qui s’était fait bombarder de frites à la mayonnaise par d’anciennes militantes Femen qui voulaient ainsi montrer leur hostilité aux mesures d’austérité décrétées par le gouvernement.

En 2002, le Premier ministre Lionel Jospin, lui aussi en campagne, avait été aspergé de ketchup par deux adolescents, qu’il avait ensuite sermonnés en coulisses. Quand il était ministre de l’Économie, Emmanuel Macron avait déjà été pris pour cible en juin 2016 par des manifestants hostiles lors du Salon de l’Agriculture, qui lui avaient jeté des œufs en lui criant "casse-toi !"

En campagne pour la présidentielle en février 2012, François Hollande avait été couvert de farine par une femme alors qu’il faisait un discours en tribune, lors du rassemblement d’une association d’aide aux mal-logés.

En 2017, c’est un autre candidat, François Fillon qui avait été pris pour cible. Alors qu’il s’apprêtait à monter sur scène à Strasbourg pour un meeting, un jeune homme avait déversé un paquet de farine sur l’ancien premier ministre. "J’espère au moins que la farine était française !", avait ironisé François Fillon en début de discours.

Les tartes à la crème ont été souvent utilisées contre de nombreuses personnalités politiques. Le roi de Suède Carl XVI Gustaf avait ainsi été victime en 2001 d’un jet de tarte aux fraises, lancée à bout portant par un jeune homme de 16 ans, immédiatement jeté à terre par les gardes du corps du souverain. Un an plus tôt, le Premier ministre canadien Jean Chrétien avait lui reçu une tarte à la crème en pleine figure. Reconnu coupable d’agression, l’entarteur, un comédien de 24 ans opposé à la politique sociale du gouvernement, avait écopé de 30 jours de prison.

Quand les agressions se font physiques et verbales

Certaines agressions d’hommes politiques se voulaient bien plus violentes que des jets de nourriture. En 1962, l’attentat du Petit Clamart avait marqué l’opinion. La voiture du Général de Gaulle avait été prise dans une fusillade. Le général de Gaulle, alors président de la République, et son épouse s’en sortent indemnes alors que la voiture est touchée à plusieurs endroits. Le soir même, une chasse à l’homme est lancée pour retrouver les auteurs de la fusillade. Au bout de 15 jours, les suspects sont retrouvés avec leurs armes : Jean Bastien-Thiry, un lieutenant-colonel de l’armée française de 34 ans, partisan de l’Algérie française, était le leader du commando. Il sera le dernier condamné à mort fusillé en France.

Autre attentat en juillet 2002, où un militant d’extrême droite tente de tuer le président Jacques Chirac avec un fusil 22 long rifle, lors du traditionnel défilé présidentiel sur les Champs-Élysées. Le jeune homme se situe à une vingtaine de mètres de la voiture du président, derrière une barrière. Le tir est dévié par un spectateur. Le président Jacques Chirac n’a rien remarqué. "J’ai tout au plus entendu le bruit d’un pétard, mais sans y prêter attention" dit-il dans ses Mémoires. "Je voulais faire quelque chose d’historique", racontera Maxime Brunerie, le tireur de 25 ans. Condamné à 10 ans de réclusion criminelle, Maxime Brunerie sort de prison sept ans plus tard.

En 2011, Nicolas Sarkozy, alors président, serre des mains à des habitants de Brax, une commune du Lot-et-Garonne. Ils sont rassemblés derrière une barrière de sécurité quand le président est agrippé puis attiré contre la barrière, avant de perdre l’équilibre. Âgé de 32 ans, l’homme qui l’a agrippé est employé municipal dans la ville d’Agen. Le tribunal l’avait condamné à six mois de prison avec sursis. Il ne souhaitait pas attraper de cette manière le chef de l’État, dit-il aux juges, seulement l’interpeller, pour lui parler du conflit en Libye.

Autre gifle, mais en janvier 2017 pour Manuel Valls, ancien Premier ministre et alors candidat à la primaire de la gauche. Il est en visite dans les Côtes-d’Armor, à Lamballe. Il sort pour saluer la foule après une réunion en mairie, puis un jeune homme le gifle. Celui-ci sera condamné à trois mois de prison avec sursis.

Mais les politiques sont aussi parfois ceux qui insultent ou agressent : on se rappelle les nombreuses allusions et moqueries de Donald Trump quand il était à la tête des États-Unis, mais aussi de l’insulte de Nicolas Sarkozy au Salon de l’agriculture en 2008. Alors qu’il est au pouvoir depuis moins d’un an, dans les allées du Salon, un homme refuse de lui serrer la main. "Touche-moi pas, tu me salis", dit-il. Nicolas Sarkozy répond : "Casse-toi alors, pauvre con." En 2016, à Laval, un jeune homme de 21 ans avait lancé au ministre Emmanuel Macron la même insulte. Il avait été condamné à 250 euros avec sursis.

Konbini news avec AFP

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